MON TOUR D'ISTANBUL A TBILISSI

Publié le par matthias

( ndlr : ce post , comme les autres, n'est pas encore agrémenté de photos , mais ça viendra ! Mon hébergeur de blog ayant eu la bonne idée de changer ses paramètres ).

Moi voici donc reparti sur la route de mon Grand Tour par étapes .

Mais dès cette deuxième étape qui devait me conduire d'Istanbul à Tbilissi en passant par l'Iran et traversant l'Arménie , je renonce momentanément à mon dogme du voyage effectué uniquement par voie terrestre .

Alors que le départ est alors imminent, depuis quelques jours, d'importants troubles meurtriers secouent l'Est de la Turquie , suite à un attentat attribué à Daesh contre un groupe de jeunes pro-kurdes de gauche, et la rupture de la trêve avec le PKK . Toute escalade dont mes amis turcs de France m'avaient prédit l'issue, suite à la « défaite » du parti AKP aux dernières élections .

Depuis Paris , l'Office du Tourisme de Turquie m'informe que la ligne du train que je voulais prendre entre Ankara et Tabriz en Iran ne fonctionne plus depuis quelques jours et la découverte d'une bombe sur les voies … De retour chez moi , je check les dernières actualités : le gouvernement iranien lui-même déconseille à ses ressortissants de traverser l'Est de la Turquie suite à l'assassinat d'un chauffeur de bus . Bon, la coupe est pleine , et je mets mon dogme dans ma poche pour prendre un vol direct entre Istanbul et Chiraz, une ville tout au sud de l'Iran, pour remonter ensuite vers le nord et la Géorgie, la fin du périple . Je traverserai la Turquie peut-être pour une autre fois .

Le nouveau plan est donc celui-ci : comme je viens d'avoir mon visa iranien et qu'il est en fait de 20 jours, je vais privilégier l'Iran , ce pays inconnu, entouré de toutes ces ombres depuis des décennies tel un tchador . Comme je me dis que je n'y retournerai sans doute jamais , c'est l'occasion .

Donc 3 jours sur Istanbul, un petit 3 semaines en Iran , et moins d'une semaine pour traverser l'Arménie et rejoindre Tbilissi , mon port de départ , et qui deviendra ainsi celui d'arrivée de la 3ème étape du Grand Tour ( Géorgie , Arménie , Azerbaïjian ) .

Je profite dès mon arrivée à Istanbul pour me mettre directement en train et laisser le destin faire son œuvre, quelque peu.

Je me souviens que l'année dernière , j'étais vraiment « entré » dans le voyage qu'à partir de l'arrivée en Ukraine, la traversée de l'Allemagne , de l'Autriche et de la Slovaquie n'ayant pas satisfait pleinement ma quête de difficultés, d'inconnu et d'imprévus .

Je me souviens également que le précédent court séjour à Istanbul avait été assez abrupte : le passage de frontière nocturne bulgarie/turquie pas très reposant, et la localisation à Taksim pour 48H, certes moderne et trépidante, mais pas vraiment réjouissante paradoxalement car loin des icônes stambouliotes . Ce qui m'avait permis de me poser et de mettre à jour le blog. Et puis la césure était trop forte entre l'Europe - même mâtinée d'influence ottomane ( Bulgarie) - et la Porte de l'Orient, pour recommencer une nouvelle fois à prendre ses marques .

Mais cette fois c'est la bonne . Et j'ai réservé un lit dans le quartier des guesthouses, du côté de Sultanhamet ( la Mosquée Bleue), construit en lieu et place du grand Palais des Empereurs byzantins ( c'est mon truc, ça ) .

L'arrivée du vol low-cost se fait rive asiatique ( que je n'ai encore jamais foulé après deux visites ) et j'en profite pour aller découvrir directement avec mon bagage le quartier de Kadikoy , prendre un premier thé en terrasse face la mer de Marmara, faire la traversée en bateau d'une rive à l'autre, refaire un tour sur l'hippodrome avec ses vestiges antiques, …

Les jours suivants sont consacrés à des découvertes : la mosquée de Fethiye ( sur l'emplacement symbolique de l'ancienne église byzantine des douze apôtres, reliquaire géant pour ces compagnons du Christ ), la mosquée de Soliman avec ses remplois de colonnes de marbres ( comme à Rome pour Latran) , balade sur la plus grosse des Iles aux Princes pour essayer de plonger une tête dans la grande bleue ( mais sans succès car toutes les plages sont privatisées , et même après avoir payé, la quantité d'algues vertes douteuses a réfréné mon entrain, d'autant que les super-containers croisent pas loin ) . La balade en vaut quand même la peine : une petite ambiance belle-époque façon côté normande sous la lumière et les couleurs de méditerranée . Entre quelques musées , j'ai également refait ( la première fois c'était il y a plus de 10 ans avec Soizic et Benoit) la croisière sur le Bosphore : magnifique .

L'ambiance dans Istanbul est très touristique et vraiment cosmopolite, avec une grand nombre de couples semblant venir du Golfe persique , les femmes portant le niqab qui laisse seulement deviné le regard .

Ambiance que je retrouve naturellement à l'aéroport, avant mon décollage vers Shiraz , mais là ce sont les robes longues et colorées des femmes charpentées d'Asie Centrale qui tranchent avec les habits occidentaux .

Je pense que c'est voulu , mais à côté de la porte d'embarquement , il y a un bar à whisky . On peut pas le louper . Un dernier verre avant la diète semble-t-il vouloir dire à mes compagnons du vol iranien .

Pour une premier contact avec ces iraniens et à l'idée que je m'en fais par avance, je suis un peu perdu , car aucune des femmes du vol ne porte de voile : tout le monde est habillé comme à Paris, avec une petite touche too much parfois pour les femmes dans le brushing, le maquillage ou la tenue imprimée léopard . Aussi , je me dis qu'ils y a beaucoup de femmes turques finalement sur mon vol .

Mais en fait non , tous sont iraniens ! Et c'est le première fois ( et pas la dernière fois ) que je constate qu'il y a en Iran les apparences que l'on veut donner et la réalité . Les deux permutant suivant le moment, en public ou en privé .

Une fois atterri sur le sol national, toutes les femmes ont donc applati leur brushing , formé un chignon avec une pince , posé un fouloir accroché à ce chignon , et on enfilé une sorte de long gilet noir ou marron arrivant à mi-cuisse, cachant le léopard que l'on ne saurait plus voir .

Je débarque à 2 heures du mat au pays des mollahs avec le seul nom de mon hôtel pour le lendemain soir : comme je ne connaissais pas par avance le temps de traitement du passage de frontière, je n'ai pas réservé de chambre pour la première nuit. Sauf qu'à 2H30 j'ai le pied sur le macadam islamique national .

La chance est là et un gars attend, avec sur son panneau écrit le prénom « Benjamin » accolé à mon futur « Nyahesh Boutique Hôtel ». Je passe en mode opportuniste , et j'attends l'arrivée de l'attendu , et c'est un français , Benjamin donc , de Paris , mélomane et nippophone, avec qui je vais passer quelques moments de visites et de repas, ici ou là, à Shiraz , Persepolis, et puis on se recroisera par hasard à Ispahan, pour une glace de début de soirée, à l'iranienne .

Pour cette arrivée en milieu de nuit, l' hôtel est complet, même le dortoir . Avec un peu d'instance, et vu l'heure tardive , le gardien compatissant m'autorise à terminer la nuit dans la cour commune sur les tapis . Avec mon équipement multi-breveté ( masque, sac en soie, boules de cire pour les oreilles ) je me réveille à l'heure du petit-dej , le soleil étant déjà haut.

Je passe la journée à découvrir la ville, construite en pisé et briques. Et mes premières impressions sont positives : déjà le premier iranien que je rencontre, hors échange hôtelier, me dit enthousiaste « j'adore la France ! », dans le texte : un des gardiens du magnifique mausolée tout proche de l'hôtel . Mausolée qui me rappelle directement l'architecture des monuments d'Ouzbekistan et Turkmenistan . Après lecture de mon guide , rien d'étonnant à cela, puisque c'était le même territoire à une certaine époque .

Mais avec quelque chose de bien différent dans le décor : comme il s'agit d'un lieu de pèlerinage chiite, la salle du tombeau du Saint est tapissée d'une constellation de mosaïques de miroirs . On a l'impression d'être directement propulsé dans une autre dimension, un monde parallèle : personnellement c'est la première fois que je vois ça, et j'adhère immédiatement, sans connaître les tenants du pourquoi du comment . Question immersion totale, c'est très réussi.

Les pèlerins sont nombreux à vouloir toucher les grilles du tombeau, leurs prières sont de simples murmures, aucun brouhaha. Et quand c'est une petite troupe qui commence à vouloir taper la discute entre eux, surgit un gardien qui rappelle subtilement à l'ordre : avec une autorité armée d'un sourire, il présente un plumeau vert au groupe et leur dit quelques mots en leur indiquant la sortie : le plumeau symbole d'autorité en guise de matraque .

Je suis loin des cris et des pleurs de la foule vue à la télé dans les reportages, et qui,enfant, m'impressionnaient . C'est ma première constatation . La première d'une très longue série , entre ce que l'on croit être l'Iran en venant ici avec notre fatras d'a-priori d'occidental, et ce que ce pays est en fait visiblement aujourd'hui .

Je pense que ce sera surtout cela que je retiendrai de ce voyage .

Autre bonne surprise et découverte, c'est que personne ne me capte dans la rue : aucun regard étonné, interrogateur ou mauvais à mon endroit ( je m'attendais à tout en venant ici) : pas étonnant , car j'ai bien l'impression que les persans ( là à Shiraz, je suis en plein cœur de l'ancienne Perse , la région du Fars/Pars ) me ressemblent , ou le contraire . En tout cas, de nombreuses fois je me suis dit que eux ils passeraient inaperçus dans un rue de France .

Partout, c'est très très calme .

Mais ça c'est méga trompeur : car c'est vendredi ! Et vendredi , pratiquement tous les commerces sont fermés , et la circulation ( que je vais pratiquer bien souvent en taxi partagé ou non ) , assez démente les autres jours, est, là, pratiquement nulle .

Une fois passée la forte chaleur de l'après-midi, ( moi arpentant la ville en quête de ses monuments - citadelle , mosquée vakil, jardin d'hafez, jardin eram, entrecoupant le tout de quelques siestes ombragées, sur les pelouses ) , les gens commencent à sortir et à se balader . C'est un peu un mode de vie à l'espagnol : tout reprend vie après 17H .

Je suis super étonné de trouver toutes ces belles pelouses un peu partout, bien confortables .

Tranquillement assis , plusieurs jeunes sont venus me parler tout sourire ( moi toujours sur mes gardes après moins de 24H : c'est sans doute des espions du gouvernement qui m'ont suivi jusqu'ici pour me faire rembarquer à la moindre incartade ! ): mais non , ils veulent seulement savoir d'où je viens et pourquoi je suis en Iran . Bon , comme ça s'est répété chaque jour , assez rapidement , je me suis quand même dit que tous ces espions , ça faisait beaucoup tout de même .

Merr-ci ! Merr-ci ! Pratique pour clore la conversation ou remercier , c'est le même mot ici que chez nous .

J'ai même eu droit à un sondage par une charmante doctorante sur l'évolution des motifs des tapis persans au goût du touriste étranger !

Pour le contact avec les commerçants, après le léger brin d'étonnement du premier abord , arrive un grand sourire, et la phrase de savoir d'où l'on vient . Agréable !

Le soir à l'hôtel, premier vrai plat iranien : du riz , très long , très aéré , mélangé avec des herbes et de la viande, savamment épicé , mais pas fort . Miam . Benjamin, que j'ai retrouvé , reste dans les valeurs sûres : kebab ( autre grande spécialité national : la brochette de viande grillée au BBQ que l'on mange avec des galettes de pain sans levain et de l'oignon ) . On échange sur nos vies respectives . Le toit de l'hôtel est réservé à un bar ( sans alcool ! ) où semble se retrouver la jeunesse joyeuse du coin, garçons et filles mélangés, tous habillés à l'occidental, avec un voile léger cachant une partie des cheveux pour ces demoiselles . J'ai décidément de bonnes vibes avec ce pays, et mes a-priori sont battus en brèche dès le premier jour, même si je n'ai encore pas beaucoup bougé de périmètre . Peut-être qu'ailleurs des gars à grosse barbe noire m'attendent avec des yeux injectés de sang sous leur mono-sourcil froncé .

La nuit est un peu plus compliquée : par 3 fois , dans le dortoir de 8, mais nous ne sommes que 2, je me suis fait réveiller par ce que j'ai pris pour un gardien, traversant la chambrée ( non fermée ) avec le faisceau de lampe torche balayant les lieux . Pas super top .

Le lendemain ,direct le plat de résistance de mon voyage pour l'Iran : la visite organisée à Persepolis !

Organisé par l'hôtel , on se retrouve à une petite dizaine, de toutes nationalités, mais les français en force . Et de fait , tout le monde se parlait en français : Benjamin donc, un couple de français , Pierre un ingénieur flamand, Carmen une allemande de Koblenz, et puis Amir-André et son cousin iranien . On a eu la chance de les rencontrer à ce moment-là ces deux-là, car Amir-André, qui est interne en médecine à Strasbourg, est né en France de parents iraniens. Et il essaye de venir voir sa famille restée ici tous les 2 ans . On a donc pu lui poser déjà pas mal de questions sur la société iranienne, qu'il traduisait ensuite à son cousin nous répondant . Bien sympa .

Les ruines du Palais de Darius valent le coup !

Incendié par Alexandre le Grand, le site se compose des restes d'un immense palais construit sans muraille sur un tertre, au 4ème siècle avant JC . La visite est beaucoup trop rapide pour moi ( 2H sur place …) et il m'aurait bien fallu rester au moins une heure de plus, seul et sans guide, pour m'imprégner de ces lieux exceptionnels, qui sont d'un premier abord très ruinés . Mais je fais avec le guide, et coure pendant le temps laissé de libre d'un bout à l'autre du site pour immortaliser par l'image ces très beaux vestiges .

Puis direction la nécropole des rois achéménides ( ceux d'avant la conquête d'Alexandre) , avec sous chaque tombeau des bas-reliefs laissés par les rois sassanides zoroastriens un peu plus tard (souverains bien souvent vainqueurs des légionnaires romains, puis des troupes byzantines, jusqu'à ce qu'ils soient balayés par la conquête arabe des premiers temps de l'Islam et qu'eux-même se réfugient à la Cour de l'Empereur Tang de Chine : moi ça me fascine tous ces liens historiques et ces chaînons manquants dans mes connaissances historiques, qui se reconstituent en quelques heures de lectures de mon guide et par le fait d'être venu jusqu'ici) . Je deviens rapidement un crac de toutes ces périodes antiques non-enseignées chez nous car Amir-André a avec lui un gros bouquin en français qui va devenir ma référence : « Guide culturel de l'Iran » de David Ringgenberg . Un historien suisse , un peu plus âgé que moi, marié à une iranienne. Une compilation de tout ce qu'il y a à voir en Iran . Et une description exhaustive de la société iranienne d'hier à aujourd'hui, dans tous ses aspects socio-culturels . D'une érudition encyclopédique mais d'une grande facilité de lecture . Ma bible , quoi . Un bouquin que l'on ne trouve qu'en Iran. En tout cas, pas à Paris . J'avais bien cherché des guides français avant de partir . Et, comme TOUS les voyageurs ici , je suis parti avec THE Lonely Planet « Iran » édition 2012 , en english .

Autre point fort de la journée après la nécropole des tombeaux des Rois des Rois, ceux des Darius , Xersès et Artaxersès , à Parsagades se trouve celui de Cyrus le Grand, le fondateur de la dynastie achéménide, le premier empereur universel ( son royaume va de l'Inde à l'Egypte et la Grèce, et de l'Arménie au Yémen : vaste ) .

Repas organisé dans une famille : une nouvelle fois je me suis régalé . Notamment une préparation onctueuse à base d'aubergine . Mmmm .

De retour à Chiraz , un nouveau petit tour par le mausolée que j'aime beaucoup, cette fois plus totalement libre mais accompagné dès l'entrée d'un chaperon, special guest étranger , qui m'apprend plein de choses dans son anglais parfait . Puis le bazar et les bains vakil .

Dans la soirée, je prends mon courage à deux mains , et organise mon départ hors de cette ville où je suis à l'aise. Que va-t-il bien alors m'arriver ?

Eh bien rien . Ou si , que du bien .

Comme à chaque fois, c'est le même schéma : le taxi pour la gare routière ( à plusieurs kilomètres du centre le plus souvent ) est super sympa et content de trimbaler un français ; sur place chacun y va de son aide pour m'orienter et trouver le bon bus ( je ne capte rien des chiffres ni de l'alphabet) ; un bus méga confort , façon fauteuil de classe affaires ; bouteilles d'eau et repas servis à bord : et le tout pour moins de 8 € et plus de 6 heures de trajet . Dans le premier bus pris , je me suis retrouvé à côté d'un pilote de chasse , qui m'a montré le plan de sa base aérienne sur une carte de son smartphone . Je commence sur les chapeaux de roue ma carrière en espionnite .

Les paysages se suivent dans leur désolation désertique , minéral et sèche .

Et j'arrive assez tardivement au Motel Bates . Ville de Kerman . Le motel de Psychose ! Avec Norman Bates à la réception à 23 H . Brrrr . Tout est déglingué, cassé . La moquette tachée de partout . Les draps troués et usés. Des traînées de traces suspectes ( je me rappelle aussi Hostel le fameux film vu l'année dernière à Bucarest …) . Les couloirs d'accès aux chambres ( pas un bruit nulle part …) sont lugubres . Bon, je ne suis pas fine bouche ordinairement , mais là , je décide de partir à la première heure, une fois le jour revenu , parce que pour le moment , je ne sais même pas où se situe l'hôtel , mais certainement pas en centre-ville vu le peu d'activités alentour . Choisi à défaut d'un autre, complet . Cet autre qui me voit arriver assez tôt le lendemain : une bonne petite pension avec des familles venant du baloutchistan, ambiance très colorée. Ouf . Libéré . Délivré .

Là je me rend compte que je ne vais jamais être aussi proche du monde indien avant quelques étapes du Grand Tour . Le Pakistan n'est plus qu'à quelques centaines de kilomètres . Des détails comme ça : tuniques pour beaucoup, position accroupie sur les talons en station assise, samossas au petit-dej . Et comme partout - mais ça ne me change pas depuis Istanbul - ce truc de civilisation : les toilettes « à la turque » et leur petit tuyau de jet d'eau pour faire tout bien avec .

Désormais aguerri aux transports ( entre taxi partagé , taxi privatisé, bus locaux ou longues distances) , je vais faire un tour à Mahan , à une heure plus vers l'est , où parait-il il y a un mausolée photogénique . Et puis voir si je peux ensuite pousser jusqu'à Bam , l'ancienne attraction touristique du pays , avec sa vaste forteresse en pisé , totalement détruite par un tremblement de terre qui a fait 30000 victimes en 2003, et reconstruite depuis . Sauf que je trouve en fait peu d'infos sur la question .

Cherchant ma pitance , je déambule dans la petite ville et je tombe sur Farhat ( ou il me tombe dessus ), un jeune de 29 ans apprenant le français épisodiquement , tout en gardant la boutique d'électroménager de son père . Une rencontre géniale . On a passé l'après-midi ensemble à discuter de beaucoup de sujets, sérieux ou non . Ses potes l'appellent le lézard fou . Son enthousiasme était un peu dingue . Son français, parfait, était littéraire, avec beaucoup de mots techniques . Et en même temps, il connaissait un vocabulaire hyper-vulgaire, que des voyageurs lui avaient appris, et lui, bien retenu . Qu'il employait tout haut et à bon escient . Evidemment personne alentour ne comprenait. On s'est bien marré . Avec son grand cahier où il note tous les nouveaux mots qu'il ne connaît pas , on est parti visiter ( enfin moi surtout , parce que lui à 15H, il cherchait l'ombre partout où elle pouvait être …) la forteresse de Rayen ( « un mini Bam »), puis, sur sa moto, les célèbres jardins de Mahan . De ces jardins construits il y a plusieurs siècles en plein milieu désertique avec leurs bassins d'eau se déversant en cascade , je n'ai pas trop vu grand chose , continuant à discuter autour d'un thé .

La soirée approchant et moi devant retourner sur Kerman avant la nuit, mon hôte essaye par tous moyens de trouver des excuses pour me garder plus longtemps, comme souvent par la suite de mes rencontres iraniennes, . Il faut insister gentiment plusieurs fois pour devoir partir . Un truc civilisationnel également .

Les jours s'enchaînent ensuite , avec quotidiennement leurs lots de majestueuses mosquées émaillées, de bazars voûtés où l'on trouve de tout, de rencontres éphémères, de parcs bienvenus, de distributeurs publics d'eau fraîche partout où que l'on soit ( offrir de l'eau dans la culture persane étant la première marque de l'hospitalité), de jus de fruits frais ( melon vert ou dattes au miel , pas mal ) , de trafic bruyant, peu civil et chaotique , de grandes artères commerçantes et arborées cachant à l'arrière un dédale de ruelles d'habitations aux murs aveugles.

A Yazd, je croise François , prof d'anglais , que je vais recroiser plus tard à Ispahan , pour quelques échanges . Mais surtout je rencontre Tiago et Fernanda de Sao Paulo ( voir le post précédent ) les deux tourdumondistes brésiliens ( leur blog : mondayfeelings.com ) : après un thé à l'abri de la chaleur ( il fait dans les 40°C), on visite le Temple Zoroastrien au sein duquel le feu brûle depuis plusieurs des siècles , puis direction les collines des Tours du Silence en périphérie pour le sunset , là-même où les zoroastriens exposaient leurs morts au soleil. Il resterait apparemment encore quelques dizaines de milliers de pratiquants de cette religion qui était dominante juste avant l'arrivée de l'islam dans le pays. On termine la soirée en assistant à la fameuse séance de zurkaneh : la suite et ses péripéties je l'ai déjà raconté .

A Ispahan , toujours plus au nord puisque c'est ma route , je découvre un nouvel aspect de l'Iran , plus moderne ( le chantier du métro est en cours ; depuis quelques années …) , plus touristique aussi ( des lieux parfaitement aménagés pour plaire aux touristes ( un tour en calèche sur la Grande Place, une glace au safran et pistache à déguster dans le jardin intérieur de l'Hôtel Abbassi parmi la bourgoisie locale, beaucoup de souvenirs d'artisanat de qualité à pouvoir ramener ; on se croirait parfois soudain au temps des 1001 nuits ) , plus urbain ( avec ses coffee-shop du quartier arménien de Jolfa ) . Mon auberge Amir Kadir est cheap et donc j'y retrouve un grand nombre des backpackers qui tournent dans le coin . Notamment Cédric, un jeune ingénieur agronome , qui est parti sans date de retour , et qui circule en auto-stop uniquement, depuis Paris ( pas de pb en Iran , et comme l'auto-stop se termine souvent en invitation à rester dormir , c'est tout bénéf pour lui) , et Sarah ( qui a vécu à Auroville près de Pondicherry en Inde ) et Léon , son petit garçon de 6 ans , ici pour les vacances ( le hasard veux qu'on va se retrouver également dans le même dortoir à Kashan puis à Téhéran) .

A la nuit, sous les arches du pont Qapu , je vais passer un petit moment avec Clémence et son copain , tous deux de Niort, qui ont appris des rudiments de farsi ( le persan ) avant leur départ : super efficace , ils arrivent à tchatcher avec tous ceux qui s'approchent d'eux . Ca donne envie d'apprendre également ! Après "échange de fruits contre carte postale de Paris", une petite fille nous entonne un « let it go » de la Reine des Neiges . Ailleurs sous les arches , des groupes éphémères de chanteurs se forment pour quelques minutes devant une assistance compacte .

Sur l'autre célèbre pont de la ville , je vais également croiser Reza Mohammad, la cinquantaine joviale, qui parle beaucoup et qui va pas mal me faire parler aussi . Là, et rétrospectivement, j'ai eu un doute sur la qualité de simple badaud du bonhomme qui veut échanger avec des jeunes étrangers dans un rapport d'échanges tout aussi sain et naif . Un discours très anti-régime ( que je n'ai jamais relayé ), où il m'a énuméré tous ses problèmes de suspicion quand il rentre de voyages, les groupes d'opposition en exil , non unis , les grandes qualités de Farah Dibah l'impératrice, le traître assassinat de Chapur Bakthiar à Paris ( avec ma culture Paris-Match , j'étais en terrain connu , peut-être trop …) . Il m'a écrit un poème de son cru en français sur mon carnet (« fenêtres »), et, à un moment, sous prétexte de me faire découvrir de la musique persane ( il était m'a-t-il dit l'organisateur d'une conférence, avec journalistes internationaux, sur la musique persane qui avait lieu le lendemain ) , il s'est emparé de mon mobile et par de multiples intervention via bluetooth et autres applications, j'ai reçu clips et mp3 musicaux . Lui , m'indiquant qu'il en profitait pour télécharger des mises à jours d'appli , interdites en Iran . Il avait dans ses poches d'autres boîtiers numériques et filaires . Trés étonné de la lenteur du process ( pas étonnant, n'étant pas du tout branché nouvelle appli ni geek , je sais mon smartphone pas du tout mis à jour ), il me balade ensuite dans le quartier, et , soudain, après avoir été ailé par un conducteur dont j'ai compris qu'il cherchait son chemin , il m'a demandé mon adresse mail , et m'a adressé sur le champs un email me souhaitant « Bonne chance » et il est parti durechef vers la voiture du gars… me laissant planté là à commencer à cogiter à cet email . De Judas ? « Bonne chance » pour quoi, que j'ai lui est demandé , mais il était déjà trop loin pour que j'entende sa réponse . Bon là , c'était finalement pas aussi cool que d'habitude cette rencontre , et jusqu'à mon passage de frontière ( nickel) j'y ai repensé .

Bus V.I.P., comme d'habitude - mais pourquoi se priver ? - je trace ma route jusqu'à Kashan , connue pour ses anciennes et magnifiques maisons de riches commerçants ( et c'est vrai que je n'en avais pas vu jusqu'ici) . Abbas , mon taxi se dirigeant vers ma très chouette guesthouse installée dans l'une de ces maison, me propose de m'emmener également vers le village d'Abyaneh , dans une vallée fertile. Il a un livre d'Or avec les super-appréciations de tous les touristes qu'il a emmené là-bas et ailleurs .

Il est 14H , un soleil de plomb , le bazar est fermé pour la sieste, pas grand chose à faire , et me voici à peine arrivé, qu'après avoir jeté mon sac dans la chambrée après ces 4 heures de bus , je suis déjà reparti, mais cette fois en voiture, toutes fenêtres ouvertes, à travers le désert . Pouvant alors bien apprécier le beau paysage sec et montagneux . Les trajets en bus sont mega-confortables , mais ne permettent pas voir l'environnement : entre l'hyper-luminosité et les 40°C à l'extérieur, pour 20°C dans l'habitacle comme c'est affiché, tous les rideaux sont tirés pour le bien-être de chacun .

Sur la route, on longe notamment une installation nucléaire me précise Abbas … Ma carrière se précise, elle aussi... Au milieu de nulle part , elle est entourée de batteries anti-aériennes sur un large périmètre . Avec le sourire, je lui dit que ça ne m'intéresse pas , ce qui est vrai .

Le village est effectivement très mignon et ancien, en terre rouge, tout en espaliers et escaliers, au milieu de la verdure, dominé par les murailles de deux forteresses. Je crapahute . Les locaux croisés sont tous très âgés, et portent leurs tenues traditionnelles bien colorées . C'est tout de même un peu touristique . J'y goûte, pour la première fois , à une sorte de feuille de pâte de fruits ( raison ou abricot) , un peu amer, qui, accommodée de manière variée, va se retrouver également en Arménie et maintenant en Georgie où je termine d'écrire ( j'en rapporte une plaque : y en aura pour tout le monde …!) .

De retour à Kashan, je dîner avec Maurice et son pôte , deux allemands de Hambourg , et on se fait interviewer par le journaliste du journal touristique du coin .

Contrairement à Ispahan ou Chiraz, la vie sociale à Kashan me paraît beaucoup plus traditionnaliste , et pratiquement toutes les femmes du bazar porte le tchador noire pour sortir . Pas vu de ces simples foulards qui cachent peu ces cheveux , dont la valeur mystique et évocatoire dans la civilisation persane serait, selon mon guide, sans pareille à la nôtre en occident. Je prends bien conscience que la société iranienne est divisée, et tous ne veulent pas aller naturellement dans la même direction . Personne ne vient non plus discuter avec moi, même si les bazaris sont toujours souriants à ma demande d'autorisation de photographier leur étal . Ici, au lieu de dire « Bailé, bailé » pour « oui » , on peut aussi acquiescer en hochant la tête d'un mouvement de balancier rapide vers la gauche . Un tic que j'ai pris aussi sans le vouloir , à force de le voir .

Continuant sur ma lancée traditionaliste , sur le chemin de Téhéran , je fais un stop à Qom , la rivale religieuse et pieuse de la Capitale, la ville de Khomeiny, attiré par le Dôme tout en or massif vu sur les posters un peu partout .

Là , des milliers de pèlerins chiites venus de tout l'Iran et des pays alentours, se recueillent sur la tombe de Fatima, la sœur du 8ème Imam, Reza, dont le tombeau est lui à Mashad , plus à l'Est, vers le Turkménistan . Ce dernier verrait défiler sous sa coupole plus de 20 millions de pèlerins par an !

A Qom , presque aucun backpacker ne s'y arrête, par manque de curiosité religieuse . Moi j'aime bien voir ça, les lieux chargés de religiosité.

Seules les photos sont désignés comme interdites sur le sanctuaire, ce qui n'empêche personne de sortir son smartphone pour immortaliser en mode selfie sa visite . Selon le Lonely Planet, l'intérieur du tombeau est interdit aux non-musulmans, pour une fois . Mais sur place , pas de consignes écrites de ce type , même si je tiens l'information pour vrai . Ma curiosité fait le reste ( je suis quand même devant l'un des deux tombeaux les plus saints de cet Iran chiite que l'on m'a décrit depuis pratiquement que je suis né comme le lieu le plus intégriste de la Terre ) : je me « déguise » en iranien de base . Pas difficile : j'ai déjà pratiquement le look au quotidien avec spartiates aux pieds, ma chemisette , mon petit bide, ma pilosité, mon teint . Reste seulement à mettre des chaussettes dans les spartiates et le tour est joué, les gardiens ne me regardent même pas .

A l'intérieur du mausolée , une nouvelle fois cette grande piété aperçue à Chiraz , dans le bourdonnement des prières chuchotées autour des grilles du tombeau. Ce n'est pas très grand, et les gens sont plutôt serrés . Tous les âges sont là comme d'habitude , on vient en famille, mais hommes et femmes séparés sous le dôme . L'exiguïté des lieux ( compte tenu de la foule ) et le fait de ne pas non plus vraiment me sentir complètement à ma place au milieu de ce torrent de prières, je quitte ce petit monde , pour retrouver le vaste bazar de babioles et de kitcheries qui ceinture le sanctuaire .

J'ai remarqué que cette religion , le chiisme , fait beaucoup appel à l'imaginaire du cliquant , à ce qui brille, à la fioriture dans son decorum , et l'on retrouve ce même goût très souvent dans les objets du bazar .

J'arrive à Téhéran dans la nuit ( 4 terminaux de bus, plusieurs lignes de métros, 50 km de diamètres, 12 millions d'habitants …) et la chance est avec moi une nouvelle fois car je croise dans le bus deux jeunes lobbystes de Bruxelles ( un portugais et un autrichien) qui connaissent déjà le coin et m'emmènent directement au métro . J'ai réservé sur les conseils de Sarah dans une toute nouvelle guesthouse des quartiers nord, ceux de la population la plus aisée,le sevenhostel . Une heure pour rejoindre les lieux ! Et ça roulait ! Une circulation infernale et hyper-polluante .

Ici aussi les taxis peuvent prendre les voies de Bus . Mais en sens contraire !!! C'est-à-dire que quand le bus arrive à toute blinde en face il faut se rabattre rapidement dans la file du bouchon des voitures , à force klaxons ! Mon taxi ne semble pas voir très clair en plus … il est âgé , et on tourne pas mal dans le quartier d'arrivée pour l'adresse de l'hostel ( en Iran beaucoup de personnes âgés travaillent encore, certainement pour subsister) .

Jalal, et surtout Adel , les deux chics types tenant le Sevenhostel , sont une super source de conseils et d'aides pour appréhender cette capitale, qui n'a pas la facilité d'accès des autres villes visitées jusqu'ici . Musée archéologique ( bof +), palais officiel des derniers rois ( pas trop mal, mais je commence à saturer aussi de visites ) . Remporte la palme , et de très loin , le musée des bijoux : je n'avais encore jamais vu ça ! Une telle quantité de richesses , accumulées par les souverains persans pendant des siècles, et maintenant réunies dans une même vaste salle blindée au sous-sol de la banque nationale ! Certainement plusieurs dizaines de kilos de diamants taillés ( le plus gros fait 182 carats! ), d'émeraudes, de rubis, d'or , de pierres de toutes sortes et couleurs , serties dans des sabres, des couronnes, des globes terrestres, des trônes, des diadèmes... Pfffff . Ca brille, ça éclabousse ! On se croirait au cœur d'une aventure de chasse au trésor avec Donald et ses neveux, dans Picsou Magazine . Comme le dit mon guide : la caution financière de l'Etat iranien. A n'en pas douté .

Je me pose un peu au café de la maison des artistes , dans le parc ferdowsi, et effectivement j'y croise une foule de jeunes , cools et occidentalisés dans tous leurs aspects .

Prenant l'exemple de tout bon Téhérani qui en a les moyens , je décide de prendre rapidement le large vers la fraîcheur et la nature , et pars après le petit-dej vers Masoleh, pour un voyage à étapes et multi-transports, pour arriver à la nuit . Bruine au rendez-vous : je sors pour la première fois du voyage mon pull de coton . J'y reste 3 nuits dans une sorte petit studio avec de minces matelas superposés à même les tapis ( voir post précédent ). Et j'y retrouve la facilité des rencontres avec les iraniens, qui sont également là pour les vacances ou le week-end .

Sur ma route vers la frontière pour l'Armenistan ( comme on appelle ici l'Arménie), encore deux étapes, Ardabil puis Tabriz, à travers rizières, collines boisés, cultures de kiwi, sous un ciel chargé, les rives de la mer caspienne d'un côté . Puis , d'un seul coup ça monte, ça monte, on passe des cols verdoyants et squattés par les familles en pique-nique, et me revoilà dans une vaste plaine, sèche, avec Tabriz à l'horizon .

Depuis le début du parcours iranien, j'ai traversé beaucoup des lieux les plus remarquables du pays, pour un circuit classique . Aussi , le manque de lieux attractifs se fait sentir dans ces dernières grandes villes là . A Tabriz, de l'ancienne capitale il reste une mosquée ancienne très endommagée et restaurée, mais surtout le bazar , le plus grand du pays , avec ses 30 km d'allées à coupoles, de caravansarails : j'ai usé mes semelles sur un certain nombre .

C'est maintenant le départ , je ferme le sac, bien chargé .

Mer-ci l'Iran , mer-ci les iraniens, et peut-être à une prochaine !

Le trajet pour Erevan la capitale arménienne démarre à la nuit , pour une durée de 16H . Et pourtant ce n'est qu'à 400 km .

Venant de Téhéran, je choppe le bus directement sur le bord de l'autoroute (...) avec quelques autres qui attendent pour faire embarquer des marchandises en soutes .

Le passage de frontière est assez laborieux : 3H de formalités et d'attente au total entre 3heures du mat et 6H . No man's land à pied, sur plus d'1 km . Un garde barrière arménien qui me salue d'un tonitruant « Charles Aznavour » ! Et je fais directement dans le cliché .

Les 16 heures s'expliquent d'un coup : pratiquement dès après la frontière ( avant je dormais) , ce n'est plus que montées et descentes sur une route accidentée surplombée de montagnes boisées .

L'Arménie , c'est une forteresse naturelle .

Et 2 Heures avant la capitale, d'un seul coup, le plaine, sèche, avec le mont Ararat , ENORME, en toile de fond ( mais en Turquie …) . C'est assez émouvant de se retrouver là , dans ces paysages .

La transition entre deux mondes ( Iran et Arménie) est tout de suite assez nette .

Notamment dans les tenues féminines , où je prends le virage à 180 °, avec sortie de piste immédiat : ici , en soirée, beaucoup des jeunes femmes se promènent sur leurs talons aiguilles en robes très courtes et ultra-moulantes . Et un goût pour le too-much assumé . Que l'on retrouve côté masculin au volant d'une très grosse cylindrée allemande ou japonaise ( je pense que eux ne connaissent même pas Peugeot …) : bien longtemps que je n'ai vu une telle concentration de porsche cayenne, de hummer et grosses mercos noires dans un si petit périmètre .

C'est drôle , car les arméniens, ethniquement hyper-homogènes sur leur territoire, se ressemblent en fait beaucoup entre eux , et me rappellent donc nos André Manoukian , Devedjian, Alain Terzian ou Aznavour nationaux , dans leur faciès . La coupe de cheveux en moins : ici c'est soit la boule courte , soit une coupe avec les cheveux ramenés devant plus long et coupé droit sur le front .

Sinon , et en dehors des micro-robes, les femmes plus âgés me rappellent celles des pays de l'Est . Fatiguées...

Le centre-ville est actuellement toujours atteint d'une constructivite aigüe : il est apparent qu'un grand nombre de quartiers avec hauts immeubles de standing ont pris la place d'immeubles soviétiques . Ce qui confère à l'ensemble un côté plutôt cossu .

Mon auberge « Envoy » est au top de la qualité de tout ce que j'ai pratiqué jusqu'ici, et dans un quartier qui bouge pas mal .

D'ailleurs l'ensemble de la ville offre pas mal de prestations variés ( ça change de l'Iran quand même ! ), entre tous ses bars , restos de cuisines du monde entier , ces dizaines de terrasses, son musée d'art contemporain en plein air .

Pour la soirée, je suis attiré par une musique venant du sous-sol , d'une taverne traditionnelle arménienne : entre deux toasts, ça chante sous les airs mélancoliques de la clarinette, ça danse les mains en l'air , avec sur ma table , une sorte d'omelette aux herbes, du cœur de veau en BBQ, une soupe aux tomates et langue de bœuf . Et une bière pression locale . Ca faisait 3 semaines sans alcool .

L'auberge propose des tours, clés en mains : ça va me reposer un peu pour une fois cette logistique que je n'ai pas à organiser. D'autant que l'efficacité du système de transport me paraît beaucoup plus aléatoire ici qu'en Iran ( mini-van circulant vers toutes directions écrites en alphabet arménien partant quand ils sont pleins...) , et l'état très médiocre des routes sans commune mesure . Il m'est bien confirmé que les sites touristiques ( églises , monastères , lieux saints , très anciens , tous datés du haut moyen-âge ) ont pu aussi arriver jusqu'à nous car difficiles d'accès .

Ces lieux sont chargés d'un passé très fort . Et c'est qui revient finalementconstamment : les arméniens regardent beaucoup vers leur passé , riche de son histoire , de ses monuments majestueux, de ses croix sacrées, et de ses drames ( ironie de la langue française , dram est également le nom de leur monnaie ) .

Un tour par le Lac Sevan , l'une des anciennes rivieras de l'URSS pour les camarades méritants, avec ses sanatoriums . Je retrouve alors Carmen , l'allemande du tour à Persepolis, qui est également de la partie ! Elle a passé plus de temps, elle, à faire des treks dans les montagnes d'Arménie , que de visiter l'Iran dans tous les sens comme moi, mais on debrief de nos expériences et nous en concluons que les Iraniens sont définitivement d'un accueil et d'une gentillesse comme il n'en existe nulle part ailleurs . Voir parfois trop gentil . La nostalgie a déjà opéré chez elle, et elle commence pour moi, c'est certain .

On sent encore le poids de la période soviétique dans une foule de détails du quotidien . Ce qui n'est pas sans être « exotique » pour le voyageur étranger . Mais encore tout emprunt de mes presque 3 semaines en Iran , j'ai encore un peu de mal à trouver « le truc » pour capter cela en photo , en dehors des parcs pour enfants à l'abandon . Et puis , comme je l'ai expliqué précédemment , la visite du musée du génocide m'a un peu mis KO .

Je pars donc vers Tbilissi ( mon vol de retour sur Paris via Istanbul est dans un plus de 2 jours) par le tour organisé par Envoy ( monastères classés à l'Unesco au passage , et savoureux lunch composé de diverses salades de légumes marinés ou non ) . J'y trouve l'auberge jumelle à celle d'Erevan, mais avec un roof-top dominant la vieille-ville, vanté par les commentaires sur TripAdvisor.

Même difficultés géographiques que précédemment après la sortie de l'Iran : avant l'arrivée à la frontière géorgienne, de nombreux cols et des montagnes boisées à passer, d'anciennes énormes industries avec hauts-fourneaux laissées à l'abandon, alors qu'en définitive la plus grande partie de l'Arménie est occupée par des plateaux pour troupeaux . Les deux autres pays frontaliers ont leur frontière fermée pour cause « d'incompatibilité » : Turquie et Azerbadjian . C'est quand même bien enclavé l'Arménie, sans doute trop pour se développer tranquillement .

La frontière passée ( sans encombre en moins de 30 minutes) avec notre mini-bus de touristes , le changement de décor est immédiat : déjà le poste frontière , tout neuf, est hyper design . Et les routes, sans défauts majeurs, traversent des plaines céréalières dominées au loin par quelques massifs . Pas la même ambiance . Pas le même niveau de vie apparemment .

Ce n'est plus seulement le choix imposé entre avoir une vieille lada pourrie et un 4x4 bmw pour se déplacer . Le marché auto est plus dans la norme de chez nous .

Avec Tbilissi , c'est une nouvelle étape de passer : je me croirais arriver directement à Edimbourg ! Ce soir , c'est soir de match , Géorgie/Ecosse , et des centaines de quilts sont visibles sur les terrasses des bars, et la bière locale coule à flot.

Trés belle ville que Tbilissi, qui m'a l'air également bien festive ! Même sans écossais, qui ont perdus .

Un excellent point de départ , et de retour pour une prochaine étape .

Un mix entre ultra-contemporain et passé historique. Ca tombe bien : comme un concentré de ce que je viens de voir depuis un mois , le ville garde la trace de son histoire tumultueuse et de ces occupants précédents ( persans , turcs, russes, soviétiques, …) , et met savamment en valeur ses monuments .

Une destination touristique d'avenir !

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