GEORGIE : Trajet de Tbilissi à Kutaisi

Publié le par matthiasautourdumonde

Samedi 27 août , 20heures , Hostel Kolga , Colline d'Oukmerioni , Koutaisi, Georgie.

Le crépuscule s'étend .

Comme la veille, les trois Jessica Simpson époque « sheriffaitmoipeur– lefilm » sont affalées sur le canapé du jardin .Trop blondes , trop bronzées, trop shorts en jeans, elles lèvent à peine leurs sourcils de leur écran cellulaire quand je passe devant elles.

Portant maillot et serviette de bains, la piscine à l'éclairage californien m'appelle . Et je plonge avec délice dans ses eaux tiédies par la chaleur du jour .

Mais voici comment tout a commencé .

Un peu plus d'une semaine avant , parti du Cabourg familial avec mon baluchon habituel, même si un peu plus 2.0 que l'année précédente, je débute la troisième étape de mon Grand Tour . Cette année, ce sera deux semaines et demi . Pas assez long pour reprendre la route depuis Téhéran vers l'Asie Centrale , je m'en remets donc à mon dogme initial : Tbilissi point d'arrivée/point de départ .

Puis, pourquoi pas l'Azerbadjian si la Georgie m'ennuie . Je ne sais pas pourquoi , mais Bakou , ça m'attire . Les champs de pétrole , la Caspienne . J'imagine une sorte de Dallas à sauce azérie . Ce sera donc le point d'arrivée .

Les vols internationaux vers la Georgie sont en pleine nuit , le mien ayant du retard , je retrouve l'Envoy Hostel alors que 5H du matin s'annonce avec les premières lueurs . Quasi-nuit blanche à cause des correspondances aériennes, ça commence sévère .

La « journée » du lendemain, après quelques heures à essayer de trouver un sommeil furtif, sera courte . Mais efficace . J'ai gardé ma carte du métro de l'année précédente , tout fonctionne au poil . La machine à marcher commence tranquillement tout de même : metro – mini-bus – taxi . Découverte de Mstkheta , l'ancienne capitale médiévale devenue village . Et donc sortie hors de Tbilissi . 20 bornes . C'est à côté .

Grosse chaleur . Dans les 35°C . Soleil . Lumière d'été. Odeur des figuiers .

Cathédrale, monastères, églises fondatrices : immersion directe dans la spiritualité de l'orthodoxie géorgienne . Dernière lecture normande avant le départ, la représentation du mandylion est ici partout : la Sainte-Face est adorée, embrassée, touchée par les fidèles .

De retour en soirée, je retrouve mon chemin assez facilement dans la ville que j'ai quitté il y a 11 mois . Surtout pour choisir mon resto-terrasse-vue-panoramique . Je plonge dans mon guide et tente un premier apprentissage des régions et villes géorgiennes de renoms . Le résultat demeure bien mystérieux pour le moment : Adjarie, Kartlie, Kakhétie, Imméréthie, Svanétie . Toutes régions qui ne devraient plus avoir de secret d'ici à 15 jours !

Je planifie les premiers trajets . Objectif : la plage ! Batoumi sur la Mer Noire ! Via Borjomi, une ville d'eau créée par et pour les Romanov dans des gorges couvertes de forêts, puis Akhaltsikhé et son château cosmopolite et oecuménique, refait à neuf à la mode Saakachvili, l'ancien président pro-américain . Mais le château est synonyme de cul de sac : c'est la première fois ( mais pas la dernière fois géorgienne …) que pour aller de A à B , le bus repasse par C , X ou Z . Deux points proches sur une carte ne veulent rien dire en pratique . Ce qui ajoute à l'imprévu . Et peut rallonger fortement le temps de transport imaginé initialement . Tout dépend de l'état de la route . Le petit 4X4 Lada peut passer rapidement partout, cols et vallées du Petit et Grand Caucase ne lui font pas peur . Mais pas le mini-bus . Le choix étatique a donc été fait de construire une « autoroute » traversant la plaine centrale du pays , de Tbilissi à Batoumi, et de là les routes rejoignent plus facilement chaque ville .

Batoumi , c'est l'attraction balnéaire de tout le pays , et des pays autour ( Russie, Iran , Emirats, Turquie , …) .

Y a tout à Batoumi .

Une sorte de Las Vegas ( pour ses casinos , ses hôtels géants à l'archi carton-pâtes, ses attractions ) au bord de la Mer Noire ( mer chaude , avec plage de galets) . Mais surtout le climat, ou micro-climat : c'est les Tropiques ici ! Pluie et soleil toute l'année . La végétation est luxuriante et les palmiers se portent bien .

Les soviétiques avaient bien compris le caractère unique du climat et en ont profité pour faire de multiples expériences . L'une des plus visibles est le jardin botanique à quelques kilomètres de la ville , toujours en bord de plage . En fait une montagne botanique qui tombe dans la mer . J'y ai passé quelques paires d'heures à me perdre au milieu des reproductions des forêts de l'Amérique du Nord, de l'Australie ou de l'Asie du Sud-Est . Top !

La plage à galets ayant ses limites , la suite c'est direction le Grand Caucase , au nord du pays . Précisément la région de la Svanétie , avec ses célèbres tours médiévales . L'une des images carte-postale du pays . Enfin celle que j'avais en tête avant de venir ici .

Avant de grimper, traversée des vertes plaines de l'Iméréthie, avec ses belles et vastes maisons à loggia , plantées au milieu des vergers . La Nature est généreuse en Géorgie .

Je vais essayer de m'enfoncer au plus profond des vallées , avant la barrière naturelle des sommets enneigés à plus de 4500 mètres .

L'année précédente j'avais vu les photos de Tiago et Fernanda , le couple de brésiliens rencontré à Yazd en Iran , et ça m'avait bien fait envie .

D'abord un nuit à Mestia , qui semble accueillir tous les backpackers du monde entier façon San Pedro de l'Atacama ou Tayrona Park . Et en majorité des israéliens . Puis Ushguli à 2-3 heures de 4X4 de là .

Les paysages tout du long sont grandioses, le mot n'est pas galvaudé . Parmi les plus beaux que j'ai jamais vu . Et puis les tours , c'est très photogénique dans un tel cadre . Un paradis pour les randonneurs , les vrais, ceux qui partent avec leur tente .

Ushguli, c'est le Village le Plus Haut d'Europe , dixit la brochure . Encore faut-il que l'Europe s'arrête bien ici … même si la bannière bleu étoilée se retrouve un peu partout .

En tout cas , c'est bien rural , veaux , vaches, cochons en liberté , non surveillée .

Pas vraiment de centre , mais des hameaux couverts de tours , et distants les uns des autres de quelques centaines de mètres . Et un monastère au sommet , avec pour toile de fond les glaciers .

Moi la montagne , la vraie , je ne connais pas trop . Je ne ski pas . La dernière fois que je suis parti en rando , c'était avec Loic dans les Pyrénées , et je me suis cassé la figure sur une plaque de glace au Col de Roland . Pas un bon souvenir .

La Montagne , çà glisse !

Ici, le glacier semble proche , c'est donc ma destination dès le bagage jeté à la pension de famille .

Mais semble proche n'est pas proche . Les distances sont écrasés par le massif montagneux en face de moi . Après 3 heures de marche rapide, je ne suis toujours pas sur le glacier . Mais j'ai les jambes bien raides et le souffle court . Et il faut rentrer avant la nuit .

Mon idée c'est de me décontracter les guiboles dans l'eau de la rivière . Celle qui descend direct du glacier . Et là , nouvelle découverte . La Montagne , c'est froid !

En pratique, mon expérience dure seulement quelques secondes : la jambe se refroidit vite , puis sensation d'engourdissement rapide . Hop, on sort les jambes de l'eau .

Là, j'ai pensé aux morts du Titanic, à la dernière scène commune de Leo et Kate …

Du Paquebot de la White Star , mes pensées passent directement à Hannibal le Carthaginois qui aurait passé les alpes avec ses éléphants . Là , d'un coup je ne vois pas comment il a pu . Et surtout je comprend pourquoi des pays , des nations, se sont développés respectivement dernière chaque chaine montagneuse, barrière de défense naturelle .

La Montagne , ça glisse et ça mouille aussi . Et parfois en même temps . C'est l'expérience du lendemain , quand, après 3 heures de montée à travers forêts et prairies recouvertes de fleurs, ayant perdu la trace du chemin vers un vert sommet, je me suis dit que le plus court était de redescendre par le riant ruisseau qui dévale en cascade la colline . Bon , là , dès la première pierre , ça n'a pas fait un pli je me suis retrouvé le cul mouillé . Aussi , après quelques acrobaties et éraflures , j'ai pu retrouver mon chemin qui m'a amené en retour au village . En passant par les deux tours qui sont plantés , là-bas , tout là-haut, tu vois …!

La nuit n'a pas été calme . Orageuse . Des sons et des éclairs de fin du monde . J'ai pensé à tous ces petits jeunes sous leurs tentes .

Après la courte nuit , c'est l'heure de sortir de la vallée pas si perdue . Mais cette fois , le trajet m'a paru beaucoup beaucoup plus pénible , surtout du fait des chauffeurs . Entre celui qui nous secoue comme de la laitue dans les crevasses , et le second , sur la partie du trajet bétonné , qui double sur la ligne blanche 10 fois , 100 fois , 1000 fois, dans des virages à épingle, je ne sais lequel détient la palme .

Le fait est que , parti à 9H de l'Edelweiss hostel guesthouse, j'arrive à 19H à la pension Kolga de Kutaisi . Je fais le trajet sur les premiers tronçons en partie avec Léa , une jeune et très jolie australienne qui voyage en solitaire également .

A la pension Kolga, je m'y sens très bien tout de suite . Il y a tout ce qu'il faut : bonne literie, wifi, plug et lumière individuelle à côté du lit, partie communes avec canapés , hamac, piscine, le tout pratiquement neuf et de bon goût . Un sorte que grand airbnb, car les hôteliers, qui ont pas mal baroudé, habitent sur place . Et je décide de m'y poser quelques jours, pour circuler en ville et dans la région ( le site religieux de Guélati , magnifique ) , et pour écrire le présent compte-rendu .

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