GEORGIE : UN DIMANCHE A KOUTAISI - PART I – 28 AOUT 2016

Publié le par matthias

Les planètes sont bien alignées , c'est le moment de se poser et de poser quelques mots sur la Géorgie que je découvre, avec l'exemple de cette journée du dimanche 28 août à Koutaïsi .

Pourquoi ?

Déjà 10 jours alors que je suis parti et je commence à cheminer sans trop de difficultés à travers ce pays, tant au sens propre qu'au figuré . Comprendre quelques codes pour manger, me déplacer .

Techniquement parlant, pour le voyageur 2.0 que je suis en train de devenir ( à mon échelle ) , la Kolga Guest House à Koutaïsi est l'endroit idéal pour écrire quelques mots : au calme, plein d'espaces extérieurs , un peu feng shui grâce à Nina et David ses proprios qui habitent sur place , des prises de courant et des canapés partout pour brancher l'ordi .

Justement , l'ordi . La différence avec les fois précédentes c'est que mon vieil ordi me sert beaucoup moins, répudié pour partie pour le jeune Iphone. Suis devenu e-polygame.

L'ordi, le même que pour le Tour d'il y a 8 ans ( mais au silicium un peu rhumatisant, d'autant que je viens en plus de casser une partie de l'écran ( soit en m'asseyant dessus soit en jetant le sac à dos de 2 mètres de haut)…ça fait maintenant comme un feuille toute noire sur un côté ; c'est joli; mais pas pratique ! ) est toujours vaillant pour ce qui est d'écrire et retoucher les photos du Reflex Canon .

L'Iphone, il fait tout le reste, et plus encore, puisque j'ai notamment décidé d'occuper un peu les réseaux durant ce voyage ( instagram, whatsApp, FB, etc – merci Kaling pour ton article instagram pour les nuls sur www.larapporteuse.com ) . Son usage possible pratiquement partout ( ici, il y a même le wifi à 2400mètres au coeur du Caucase) me fait gagner certainement pas mal de temps ( surtout par le choix des guesthouse que je fais via Booking.com, ce qui enlève une bonne dose de galère pour trouver son lit pour la nuit ) , mais j'ai la conviction qu'il m'en fait perdre également beaucoup, et surtout qu'il change la donne dans ma manière de voyager ( ça enlève beaucoup à la communication humaine , même plus le minimum d'échanges avec les auberges pour savoir si c'est dispo ou non . Booking va tout faire pour vous ) .

Pourtant tout ne dépend que de moi . De ma volonté . Le problème étant également l'aspect chronophage et superficiel de l'usage d'un smartphone de bonne qualité ( avant , avec mon vieux samsung, pas ce problème là ) . En gros , même dans un jardin botanique géorgien en bord de mer ( y a le wifi partout , je vous dit ! ), voyageur solitaire , la tentation peut être grande de savoir pourquoi le Macron de Paris-Match il porte, en marche , un maillot de bains à fleur ou à rayure , avec interview du designer ) . Et hop, je me noie dans l'autre monde que j'ai quitté 10 jours avant, avec ses burquini, ses primaires, et les positions amicales et facebookiennes des unes et des autres . Quelques grosses paires de minutes plus tard, ma pensée me dit que ce n'est vraiment pas « raisonnable » , et que , suffit , le combat pour la déconnexion doit maintenant s'achever . Je suis comme quand j'ai englouti un mac-do après une fringale, un peu vaseux , un peu « mais pourquoi j'ai fais ça » , un peu dégoûté ( dans les deux sens également ) et qu'on ne m'y reprendra jamais plus . Jusqu'à la prochaine fois .

Tout ça pour dire, que si je n'y prends pas garde , je peux passer complètement à côté d'une partie du voyage . Au lieu de continuer à observer et contempler tout ce qui m'entoure et qui se renouvèle sans cesse . Et qui est ce pourquoi je voyage .

Ma volonté de garder le cap , de poursuivre les récits tant photos qu'écris sur blog, ne doit cesser batailler ( surtout le soir ) avec cette solution de facilité de me rattacher à se/ceux que je connais, alors que dehors tout est par essence inconnu .

Le voyage 2.0 reste un dilemme, un nouveau défi , qu'il va falloir que je maitrise mieux .

Tout ce temps perdu est également au détriment des rencontres avec l'autre, qu'il soit voyageur ou local de l'étape . Cette rencontre renouvelée sans cesse qui fait l'une des richesses du voyage en backpack et dortoir .

Sauf qu'à la guesthouse , puisque tout le monde , à tout heure, a désormais le visage blafardé par son smartphone, comment faire connaissance avec mon semblant de zombie de voisin qui parait vouloir rester dans son monde à lui, monde que je ne connais pas ? En gros , c'est plus difficile qu'avant . Enfin, c'est différent . Car Tout change, tout le temps . Et ça je n'y peux pas grand chose . C'est la Vie. Je dois seulement le prendre en compte : il faut être encore plus attentif, plus réceptif à celui qui vient lancer la sempiternelle discut dans la langue de Shakespeare : de quel pays es-tu ? D'où tu viens ? Tu es arrivé quand ? Tu vas où après ? La suite, une bière ou un repas à partager, dépend du feeling . Mais si l'autre ne vient pas à toi , il faut aller à lui . Le plus difficile évidemment . Surtout en début de voyage . Ensuite, ça coule plus facile . Là , je suis dans la partie où le débit de la rivière des rencontres est bon ! ( Léa l'australienne, Johnty le Sud-Africain en voyage viticole, les deux bristish fancophones, Franck et son pote, qui m'ont pris en stop pour traverser quelques centaines de kilomètres vers Signaghi, Roland et son épouse, de Munich, avec qui j'ai partagé un repas à Telavi , …)

Donc revenons un peu à la pension de Koutaïsi, d'autant qu'on est toujours dimanche matin , un peu plus de 8 H , et que mes trois Jessica de la veille ( voir le message précédent ) ne sont pas prêtes de se lever , vu qu'elles sortaient, rutilantes et bien carrossées, quand moi j'allais en sens inverse .

Au programme du jour : le premier article du blog ( le précédent, donc ) , puis comme c'est le 28 août ( fête de la Vierge ici ) , et un dimanche, un tour par la Cathédrale ce matin pour la messe . Dans la continuité, jardin botanique ; retour à l'auberge pour quelques ploufs rafraichissant dans la piscine et ma lecture sur transat du Sens du Bonheur de Jiddu Khrisnamurti ; et quand la lumière est plus douce pour les photos, un tour par le quartier juif, ses synagogues, et le cimetière-panthéon des gloires locales .

Un programme qui m'a l'air faisable !

Le blog , c'est comme tout : y a des jours avec et des jours sans . Avec ces derniers , faut pas se forcer . Quand ça vient pas après quelques minutes, ça viendra pas .

Là, ce dimanche , c'est plutôt un jour avec . C'est liquide . Pas plus de 2-3 heures de suite quoiqu'il en soit , sinon le grumeaux arrivent . Et la soupe servie n'est plus très claire .

J'en profite aussi pour laver mon linge sale, comme ça je pourrai faire la jointure jusqu'à la fin du voyage.

Dans ce mode de voyage, faut surtout voyager léger . Tant dans sa tête que matériellement .

Trop habitué au confort quotidien et à la possession, la perte d'un de ses biens ( très fréquente si on ne fait pas gaffe, puisqu'il y a peu de routine au quotidien ) peut prendre des répercutions immédiates .

Mon dernier exemple : je commande un soir un super repas au resto à Mestia et juste après je m'aperçois que je n'ai plus mon calepin moleskine violet où je note tout . Ca m'a mis dans un état ! C'était dans la première partie du voyage, celle où il faut reprendre ses marques dans le mode backpacking . Où on est encore pas super à l'aise . Donc, au lieu de savourer mon repas et ma bonne bière locale , devant un panorama grandiose de vallée caucasienne, j'ai passé mon temps à refaire dans ma tête toute ma journée, où j'ai bien pu sortir le calepin de mon sac, où il a pu tomber , planifiant le début de la journée du lendemain pour refaire le chemin dans l'autre sens des fois qu'il serait poser là à m'attendre sur un petit muret de pierre . Snif snif . Et en même temps, je sens bien que tout ça n'est pas très « raisonnable » comme réflexion car ce n'est qu'un calepin, un simple carnet , que je peux réécrire mes notes , qu'il y a mon adresse email dedans à l'intention de l'âme charitable qui le trouvera , etc etc . Encore cet état de dilemme de début de voyage . Tout ça pour retrouver le calepin sous mon oreiller ! Je vois vraiment pas comment il a pu arriver là …

Donc voyager léger c'est mieux, mais voyager bien équipé quand même . Pour que, sur place, tout soit un minimum simple . Depuis le temps que je pratique le voyage en solitaire , mon sac est pratiquement toujours prêt à être fermé en quelques minutes et j'ai une caisse exprès dans ma chambre à Montigny qui réunit le principal ( 3 cadenas à code, une chaînette , le passeport, la frontale , la mini-trousse de secours, le coussin gonflable, le drap de soie, la ceinture cache-billets, les cordons d'alimentation de l'ordi et de l'appareil photo….) .

Evidemment , c'est jamais non plus sans mes sandales Source du Vieux Campeur, méga-multi-brevetées pour passer partout . Et que me font rapidement la couleur de pieds d'un clodo qui n'aurait pas vu un bain-douches depuis de 250 ans . En tout cas , ça ne part pas à la douche .

Un pantalon de toile et une paire des docksides, couvrant mes pieds objets du délit d'errance : mon costume pour passer les frontières, sans paraître un vagabond , l'habit faisant le moine .

Cette année , grande nouveauté : j'ai un nouveau sac à dos , le petit , celui porté pour la journée . J'ai abandonné, avec gros pincements au coeur, mon « éternel » sac-à-dos noir acheté au Japon , qui , malgré les multiples opérations de la dernière chance de Marie-Hélène , ma mercière de Montigny, était depuis quelques mois en coma végétatif . Le nouveau sac est allemand ( une belle trouvaille de Cologne - tandis que d'aucuns matent les belles bagnoles ou les belles montres, moi c'est les sac-à-dos !) ,et ne me fait pas mal au dos . Vaux mieux, puisqu'il est collé à moi pratiquement toute la journée .

Le gros sac, c'est toujours le même depuis quelques années . Qui tient bien le coup .

Mon linge est maintenant « propre » . Il est 11 heures , 35 °C , le soleil cogne dure . Ca devrait sécher en quelques minutes tout ça . J'en profite pour jeter aussitôt ma chemisette blanche à la poubelle, irrémédiablement plus du tout blanche après l'épisode montagnard d'Ushguli ( 10 ans d'âge , super qualité , Bernard Garbo , rue de Turenne , « c'est du coton-piqué , ça Monsieur, ça vous fera au moins 10ans , c'est top qualité ça Monsieur ! Vous voulez pas prendre quelques cravates en plus ? » ) .

Et me revoici donc , dehors , sous un soleil d'été géorgien à pas faire trainer un chien, en route pour mon programme de balade du jour .

To be continued …

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