CUBA - GIBARA : UNA GUAPA CULITO-DE-SAC 19/11 - 22/11/2017

Publié le par matthiasautourdumonde

J'y suis maintenant .

Avant il m'a fallu franchir quelques étapes obligées ( le premier contact frontal avec le voyageur esseulé, le premier article du blog, comme un premier jet salvateur, que de tout cela il en sortira quelque chose, les premières habitudes prises et copiées sur les locaux, et avancer quoiqu'il arrive ) .

A chaque fois j'oublie et à chaque fois c'est finalement la même chose . Et ça me rassure pour la suite, celle d'après mon retour . Je n'ai pas perdu la main .

Les doutes du début ont été balayés définitivement au bout d'une dizaine de jours, la mue s'est produite encore une fois .

Et j'ai récupéré ma nouvelle peau d'indestructible qui me permet d'avoir le sentiment de pouvoir maintenant continuer sans lassitude la route indéfiniment ( même si sa finalité est toujours connue d'avance ), tout en échangeant chaque jour avec d'autres, rencontrés au hasard pour quelques minutes ou quelques heures . Tout peut arriver et rien ne peut plus m'arriver . Je vie chaque moment .

Et pour le coup, en voyageant à deux, comme avec Tiphaine en Birmanie en début d'année par exemple, formidable trip !, je ne ressens pas ces problématiques . Et quelque part , je ne fais sans doute pas tout à fait le même type de voyage, n'en attendant pas la même chose .


 

Après quelques jours à La Havane, je suis parti plein Est : Trinidad, Sancti Spiritus, Cayo Coco, Moron, Camaguey, Holguin, et maintenant ...

Je vous plante le décor .

Une magnifique baie , à côté de laquelle Christophe Colomb a touché terre pour la première fois à Cuba .

Une petite ville historique au charme cubain débordant, assoupie au bord de l'Océan, où il n'y a presque rien d'autre à faire que de se laisser porter au grès des rues et des sons . Un concentré 100% de pulpe de Cuba.

Gibara .

Ca pète de couleurs de partout sous la lumière crue ou voilée des orages . Colonnades et palmiers, saveurs tropicales .

Dans le ciel, une suite de ballets quotidiens et hypnotiques de grands choucas suivant les courants ascensionnelle pour finir en rase-motte au dessus des eaux écumantes et d'escadrilles de pigeons de colombophiles .

Pas de bus possible pour venir ici ( les viazul, ceux affrétés pour les touristes . Ceux pour les cubains , on n'a officiellement pas droit de les prendre … ) . Taxi collectivo depuis Holguin avec les cubains dans la vieille gimbarde immortelle .

Après une petite dizaine de jours , il me faut toujours un joli petit cul-de-sac . Pour quelques jours  .

Pour écrire 2-3 trucs , prendre définitivement le pouls local .

Question logement ( après d'autres essais ), j'ai trouvé la vraie perle rare du coin : une superbe chambre de casa particular ( chez l'habitant ), aux teintes bleues et ocres, avec terrasses vue sur mer , que Jean-Marie, français marié à une cubaine, vient d'ouvrir au bord du malecon local . Ca s'appelle Casa Miramar . Bien nommée ! Avec la french touch en plus pour plein de détails . Une casa 5* .

En plus des conseils et réflexions de Jean-Marie, hier j'ai pu bien profité de ceux de mon guide cubain, diplômé d'anglais et de spéléologie, presque trentenaire, deux petits enfants, pour en comprendre encore un plus sur ce pays unique . Tous les pays le sont , mais celui-là plus encore .

J'ai pris un guide pour visiter une vaste grotte tout à côté , et pour faire un truc extra que je n'avais encore jamais pratiqué : nager avec la frontale, seul dans les boyaux aux eaux translucides d'un lac souterrain . Et avec ambiance reggaeton pour ne rien gâcher ( à ma demande ; sinon c'est comme dans les catas à Paris , c'est le silence absolu , aucun autre ristou qui traîne et pas de fumi non plus , spéciale dédicace à la Cheucle Family, et à Alice et Julien qui m'ont briefé sur Cuba ) .

C'est la seconde fois que je visite un pays sous embargo US en peu de temps , après l'Iran il y a deux ans .

Bon là c'est du lourd, du très lourd .

Une île, sans autre frontière que la mer qui l'entoure, à quelques encablures de la première puissance consommatrice mondiale . Deux systèmes économiques aux antipodes depuis bientôt 60 ans .

Je soupçonne le gouvernement cubain de maintenir un statu-quo pour la propre survie de son système. Toujours, encore et partout : la révolution. Pas encore pzsau stade suivant . Et puis quoi de meilleur ennemi que celui de l'extérieur pour une bonne cohésion nationale . Et dans ce rôle là le Donald T. colle parfaitement aux mesures du costard .

J'ai l'impression d'être dans le prequel d'un mad-max jovial sous les tropiques : partout des bagnoles mutantes déglinguées ( sauf celles des promène-touristes de la Havane ), rafistolées avec des fils pendouillant de partout , des vélos augmentés, le manque criant d'essence .

Mais alors, Cuba , serait-il le laboratoire, malgré lui, de l'avenir de la planète ?

Celui d'après le Grand Black-Out Numérique et de l'effondrement de espèces ?

Un pays à la consommation  limitée et bridée par l'Etat .

Pour une bonne cure de digital detox, je conseille un petit tour par Cuba !!! Le portable et la wifi c'est seulement pour téléphoner en facetime et en public sur les places dédiées . Ailleurs, personne n'a la tête assujettie à son écran, et le portable n'est pas le nouveau prolongement naturel d'un greffon de main . Perso, j'ai essayé au début de faire un simple résa de chambre en ligne: ça m'a pris une heure , et ça n'a pas fonctionné ! Depuis je me sers de ma carte de connection uniquement pour échanger avec la famille et les amis, pour poster sur le blog et alimenter mon instagram . Aucun contact avec le mouvement du monde , sinon cela .

Le pays de l'obsolescence déprogrammée . Celui où tu roules toujours dans l'habitacle ( reste plus grand chose d'autre) d'une auto construite au temps des premiers tubes d'Elvis .

Une mise en application dirigé et avant la lettre des théories de Pierre Rabhi ? La sobriété heureuse imposée par l'Etat, matinée d'un anarchisme à tendance individualiste pour le quotidien à la manière de la colonie d'Aiglemont : ici chacun à sa tâche sans recherche du profit, le « paradis » des petits métiers d'autrefois , si cher à JP Pernaud (...) : la couturière sur sa machine Singer mécanique, le taxi-cochet, le pousseur de sac de ciment avec sa charrette en fer à flanc de bitume, la ramassage des ordures hippomobile, le réparateur de tube cathodique . Ca fait rêver n'est ce pas ? J'ai ici souvent eu l'impression de vivre en vrai l'anticipation post-apocalyptique de mes romans d'ado , Ravage et Malevil . Parce que ce n'est pas comme si le pays était en voie de développement : il a été développé visiblement, dans le passé. Voir très développé il y a plus de 100 ans . Mais très inégal . Et puis , l'Histoire lui a fait prendre une autre direction.

Sobre assurément. Mais y a t il le choix ? Pour ce qui est d'être heureux , mon guide spéléo me l'a bien confirmé . Ils sont heureux , de nature. Mais bon ils aimeraient bien gagné plus , d'autant que l'afflux exponentiel de touristes commencerait à provoquer des ressentiments entre privilégiés qui ont accès à la manne, et les autres . Presque tout est contrôlé par l'Etat, et presque tous travaillent pour lui . Pratiquement pas d'initiatives privées sauf quelques nouvelles professions ouvertes par Raul, qui a commencé à dégraisser le Mamouth .

Une grille de salaires fixes , et un circuit de direction complètement pyramidale. Un système qui doit être d'une complexité bureaucratique extraordinaire : tout ce que tu payes, partout, dans les magasins ou commerces va dans les caisses de l'Etat . Et c'est lui qui décide ce qu'il y à vendre par des productions nationales ou des achats fait à l'extérieur non soumis à l'embargo . C'est pour cela que toute la journée , on retrouve les cubains le nez collé aux vitres des boutiques pour voir les arrivages du moment ( des pâtes du Guatemala ou un cocotte Dayton, en très grande quantité , …) : un sorte de Lidl géant à l'échelle d'un pays entier.

Et pour se payer tout ça, une presque égalité des traitements : mon guide gagne 16 euros par mois de salaire ( ce que je lui ai donné ( 6 euros) va à l'Etat, il doit le déposer tous les soirs à son supérieur) , et un avocat 30 euros . Vous avez bien lu , je ne me suis pas trompé d'un zéro , ou de deux … Unidos il y a marqué partout sur les murs . Unis sur le plancher des salaires . Et vu que la poële en téflon made in Italy coûte 17 euros , on se débrouille comme on peut . L'argent de l'immigration cubaine est la bienvenue pour mettre du beurre dans la viandas du quotidien ( presque tout le monde a un membre de sa famille à l'étranger qui lui envoit de l'argent ) . Pour les produits du quotidien, il y a un carnet de rationnement qui y donne droit gratuitement . Santé et éducation gratuite . D'aucuns m'ont dit qu'ils ne veulent pas tout changer , ils veulent seulement que le salaire soit un peu plus important , pour un vrai travail . «  A Cuba, on fait semblant de travailler car l'Etat fait semblant de nous payer » .

Pour calmer le jeu et maintenir le pouvoir d'achat des plus faibles pour les fruits et légumes ou quelques sandwich ( pour ceux qui n'ont pas besoin de la poële en teflon , vu qu'ils utilisent la même casserole en fonte depuis 80 ans, et qu'ils prennent une sorte de camion-benne pour se déplacer sur longues distances, en plus de bus normaux mais bondés ) , deux monnaies différentes sont en place : pesos en moneda nacional, et le cuc la monnaie convertible . Un cuc ça fait environ un euro . . Moi je suis censé payer seulement en cuc , qui est 24 fois supérieur au pesos ( resto, chambre, bus, magasins) . Vingt-quatre fois !!! Et donc ne pas acheter les produits bon marché des cubains . Sauf que moi j'aime bien le casse-dalle au cochon de lait grillé à 10 pesos ou le petit verre de jus de canne à 2 . Donc du pesos , c'est le premier truc que j'ai essayé de chopper . Les deux monnaies , j'avais eu ça avant . Et en pratique de voyageur individuel , Cuba ce n'est pas vraiment bon marché .


 

Pourtant, tout ce système, en circuit fermé de fait, continue de fonctionner malgré l'embargo et la fin du troc soviétique depuis près de 20 ans : ton sucre contre mon pétrole . Et j'ai pu en constater souvent aussi l'efficacité : par exemple suite à la dévastation du Cayo Coco par Irma, et compte tenu de l'ouverture de la saison touristique ( priorité nationale) , le paquet était mis pour reconstruire et effacer les stigmates du désastre . C'était un ballet continu de bennes à déblais sur la route d'accès constuite directement sur la mer .


 

Publié dans CUBA 2017

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