CUBA - une petite mise au vert : Santiago – la Gran Piedra – 24/11/2017

Publié le par matthiasautourdumonde

Santiago de Cuba . Un nom qui me faisait rêver . Mais au final , non, plutôt bof .

La capitale du Son cubain, la musique à tous les coins de rue, tout le monde qui se mélange gaiement et bon enfant sur quelques pas de danses .

Faudra un peu repasser . Même si côté tentative de mélanges, c'est bien la course à qui tirera le petit ou le gros lot .

Les grosses villes cubaines c'est pas mon truc , ni les grosses jinteras . C'est ce que j'attire pourtant . Tel un claquos tout rond et blanc de sortie au milieu des mouches multicolores . Je n'ai pas à faire deux pas qu'on me siffle ( une sorte de monde inversé du harcèlement) . Tout le monde siffle et se fait siffler , ici . Dans le dos . Deux fois de suite . Tsssss tssss . Et forte voce si tu t'es pas retourné. TSSSSS TSSSS !

Et encore je ne raconte pas ensuite quand je croise le regard : j'ai l'impression qu'il y a marqué bingo dans celui d'en face. Et ça déboule direct . Tout étant tout de même assez gentil , malgré le côté très rentre dedans . C'est sans doute mon nouveau charme indéniable ( en plus de mon air de Yanqui à biffetons ) : à la Havane , avec ma grosse touffe d'arrivée, j'ai poussé la porte du premier boui-boui à cisailles venu . Top à l'impro, j'ai dit avec les mains au tatoué coiffeur . Eh bien , après 43 ans , c'est la Revolucion Cubano du capillaire !

Il m'a changé la raie de côté .

Enorme, n'est ce pas !!!???

Faut bien un début à tout . Tout un symbole . J'en reviens toujours pas, tous les matins . En plus ça tient bien . Faudra que je repasse le voir avant de repartir, pour un petit rafraîchissement . Le cheveu à Cuba ça l'air d'être hyper important. Et le look en général . Y a de la recherche , toujours .

Et en plus il m'a coupé mes sourcils buissonneux . Là j'ai pas eu le temps de dire halte-là l'asticot du rasoir ! , que me voilà avec ceux de l'oeil droit ratiboisé à la tondeuse . Y avait plus qu'à subir l'autre ( ça fait 5 ans pourtant que son collègue de Montigny me demandait A CHAQUE FOIS – Et avec ça , M'sieur , j'vous fais les sourcils . - NON ! Sur l'air de – Et vous reprendriez bien un peu de ma blanquette - VOLONTIERS !) . J'en ai eu une suée froide . Apparemment , les sourcils c'est un truc de coiffeur . En tout cas des cubains assurément . Moi ça me caractérise(ait) . Mais bon , c'est mon Big Bang pileux . La jeunesse cubaine elle n'aime pas trop les sourcils fournis, et les poils en général ( vu mon cas , je remarque ces trucs là ) , ce qui fait que les deux sexes se retrouvent finalement avec le même regard , très féminisé, car en partie épilé . C'est hyper bizarre chez les gars ( rassurez-vous , l'As du rasoir ne m'a pas proposé, mais pour les voisins de bacs , no problemo ) .


 

Les villes cubaines, je n'ai vu presque que cela pour l'instant . Alors la proximité de la Sierra Maestra , avec sa végétation tropicale qui domine Santiago au loin , ça m'aimante . Et puis surtout ça va me faire prendre un bon air de vert , parce que la capitale de la salsa c'est aussi celle des pots d'échappement pourraves . Bien pire qu'à la Havane . A part la salutaire rue piétonne ( celle où j'ai littéralement l'impression de rayonner tous azimuts ), le reste du centre-ville historique c'est une mine prospère à particules pas fines .


 

Je boucle mon gros sac qui va rester pendant 24 H sous la bonne garde de Mary ( la petite soixante rieuse – Mati-as , Mati-as ! ) , ma logeuse dans son paradisiaque hostal jardin , et de son gentil et jeune « collègue de bureau »  ( c'est la traduction que m'a donnée mon mini dico ) mais vu qu'il est déjà là le matin quand je me lève, et le soir , cette traduction n'est peut-être pas des plus adéquates … Et me voilà parti avec mon mini sac-à-dos bien rempli de l'essentiel, celui qui ne me quitte jamais , mon autre-moi, toute ma vie dedans pour aller plus loin .

Comme la veille au soir , la chance est avec moi .

Hier, j'avais quand même fini par trouver, avec difficulté, une petite casa de la musica, bien tranquille, on m'y a invité à danser seulement 3 fois ( je refuse poliment, montrant bien opportunément mon pied gauche légèrement enflé de fin de journée ) , avec un bon groupe et de bons danseurs à regarder . Comme pour le tango , ça me fascine . Mais perso, j'ai essayé, en France, et je suis et demeure nul . Un écossais solitaire me rejoint sur la chaise d'à-côté . On échange nos impressions . Comme d'hab avec les Grands-Bretons , je comprends un mot sur deux , mais j'ai bien saisi que le PSG avait mis la méga-paté au Celtic Glasgow . Retour nocturne dans les rues presque vides : c'est clairement un pays où je me sens en sécurité la nuit, malgré le cadre urbain plus proche de beyrouth 1987 que de Zurich by night .

Ce matin, donc, j'ai un tuyau pour chopper une place dans un tour en excursion à la Gran Piedra . Le sommet de Cuba , à plus de 1200 mètres au cœur de la Sierra . Banco , il y a eu un désistement, et donc une place pour moi . La veille j'avais passé une partie de la journée à essayer de négocier la balade avec des taxis roublards . Une vraie escroquerie mondiale en bande organisée, cette confrérie . Y a sans doute des exceptions ... J'ai aussi réserver une chambre dans un hôtel d'Etat au sommet .

C'est depuis les vallées encaissées de cette Sierra que Fidel est parti il y a 60 ans à la conquête révolutionnaire de son pays . C'est assez prégnant d'y être, d'autant que demain c'est le premier anniversaire de sa mort . Bon , vu qu'il est vraiment partout-partout en photos , en slogan, en affiche, dans les journeaux , Siempre vivante, Commandante Fidel .Cuba , il ne passe pas le stade de la Revolucion .

Mes petits compagnons de route du jour sont l'idiotype parfait du jeune qui voyage à cuba et que je croise maintenant depuis 15 jours : en couple, pas encore 30 ans, blondinet et blondinette sont plutôt allemand, suisse-allemand, ou hollandais . Semblant pas toujours à l'aise entre eux ( ou alors ils s'emmerdent déjà …) , c'est que peut-être la demoiselle devine qu'elle ne doit pas laisser s'éloigner à moins de 100 mètres son fiancé !

Premier arrêt , un top jardin botanique . Avec Mariah Carrey en guest-star !

Ou tout comme . Deux jeunes cubaines hyper-lookées, casquettes strassées, te la balade la Mariah à bout de smartphone ( c'est la mode, comme un peu partout en ville , même si d'habitude c'est ce bon vieux Chacal qui fait office d'ambianceur sonore individuel, même si tout le monde en profite aussi, comme ça, en passant ; au jardin, c'est Mariah qui s'y colle ) . Le silence , connaissent pas trop, ici.

Notre tour avec Maïte notre guide polyglotte continue vers les vestiges d'une plantation de café esclavagiste . Et enfin la Gran Piedra elle-même , un promontoire dominant toute la région jusqu'aux plages en dernier plan, et où je me fais traiter de radin de français ( j'ai bien compris ! Et c'est vrai ) par la vendeuse de magnets souvenirs du coin , parce que j'en prenais la photo au lieu de le lui en acheter.

M'étant définitivement éloigné de mon groupe de blanc-becs européens ( vu que moi je reste sur place , Tchao les cocos) , et alors que ça fait bien déjà une heure qu'on se balade tous ensemble de fait en même temps, et qu'elles avaient alors largement le temps de rentrer innocemment en contact avec moi, je deviens ostensiblement la proie des deux simili-mariah en repassant devant elles. TSSS TSSS ! Et Maïte qui me dit juste avant : les touristes, ils viennent à Cuba POUR se « mélanger » aux cubains, aux noirs . C'est dans le contrat ! Un tourisme dirigé, pour ça comme pour le reste ?

Le poisson du jour est farouche, et la Nature m'appelle encore plus fort .

Tout autour des chemins de muletiers courent à flanc de collines sous les fougères arborescentes, les pins ou les papayiers . Des vallées à perte de vue . Un océan de vert qui se jette au loin dans un océan de bleu . J'aime bien et je m'engage sur le premier chemin venu . Et je suis la piste . Enfin un truc calme hors sentiers battus . Car il y a quand même un bon vieux côté dirigiste soviétique pour le tourisme, ici . Pour réserver un bus ( officiel à étrangers), pour la chambre , pour les excursions ( guide obligatoire )  : passeport permisso ! Raul sait exactement où je suis, où je dors , à tout moment . Et là je parle pour le routard . Parce que pour le Tudo Includo à Varadero c'est la partition parfaite . Il sait même ce que tu bouffes .

Les premiers cubains que je croise sur le sentier – des travailleurs agricoles qui reviennent de la vallée – sont d'ailleurs assez étonnés puis rigolards de me trouver là . Après une petite rando accompagnée de colibris, c'est le temps pour moi aussi de remonter, vers mon hôtel d'altitude , Villa Gran Piedra, qui ressemble plus à un ensemble de villas . Un bon kiff : je dispose d'une vraie maison avec large baie vitrée et balcon du même acabit, et même mon lit (!) en surplomb sur les vallées . Avec la frondaison des pins, c'est plus la plénitude japonaise que j'y retrouve de suite .

La déco de la maison est du même acabit, on fait dans le minimalisme . Un minimalisme d'Etat début 80's de très bonne facture qui par un retour des choses colle très bien à notre époque sur cette colline : déclinaison de teintes marrons, meubles anguleux, céramiques vernissées. Avec un touche d'éclectisme pour les rideaux en toiles de Jouy avec ses bergers et ses moulins .

Et puis ce que je pressentais , arrive .

Dès 17h30 et le couché du soleil, PLUS UN BRUIT, même lointain . Sauf celui de la nature qui s'endort ou s'éveille . Lecture sur le balcon . Un moment zen .

Au repas du soir, on joue également dans le minimalisme culinaire cubain, mais là il serait temps maintenant de commencer à adapter la recette ! Assiette de gros haricots conservés plein de flotte, puis côtes de porc ( ça va ) . Et the best of the best , the dessert : une tranche carré de fromage ( type gouda ) nappée de coulis de goyave . C'est surprenant, basique comme dirait Orelsan, mais pas mauvais.

Pas de TV dans la chambre, alors quand le silence est assourdissant et avant de m'atteler à mon clavier , musica !

Ma play-list du voyage est réduite . Deux heures de pod-cast d'un épisode de Certains l'aiment Fip avec les musiques des films de Soderberg, diffusé pour la sortie de Logan Lucky . Si je ne l'ai pas écouté 20 fois , je l'ai écouté 30 fois depuis mon départ ( bus , attente, sous la douche, réveil matinal) ( en Birmanie avec Tiphaine , on avait usé comme cela le spécial La la Land ) . Et, toujours en B.O., celle de Capitaine Future par Yuji Ohno qui me ramène instantanément 35 ans en arrière . On peut vivre sa vie à vouloir revivre son enfance .

Ce qui est marrant, avec ces seuls morceaux, c'est que même à Cuba j'y trouve plein de signes ( mon côté Truman Show ) : par exemple , mon podcast de fin de journée me sert pour la 15ème fois le drink de la scène caliente entre J-Lo et Clowney dans Out of Sight ( j'ai dû déjà dire que c'était l'un de mes films préférés dans un vieux post ) , et paf dans le mille, quelques minutes plus tard ma TV ( que je n'ai pas eu souvent ) , au Sol Cayo Coco, diffuse le film ! Suis resté scotché par ce doigt du destin .

Et avant-hier, je tombe à l'heure des enfants sur un épisode de Lupin III . Non doublé ( comme tout ce qui est diffusé ici venant de l'étranger) mais toujours sous-titré espagnol ( si je n'ai pas fait de progrès en japonais cette fois-ci, j'ai pu voir comme ça La Môme Cotillard, beaucoup plus efficace pour mon niveau de cubain du quotidien ) . Avec Lupin III , on fait dans le subversif, pas très communiste cette ode à la ridiculisation des autorités officielles, ou alors le directeur des programmes ne les regardent pas lui-même . Et toujours, en générique de fin , la très suave et jazzy musique signée Yuji Ohno .


 

Au soleil levant , c'est toujours le Japon à Cuba que je retrouve avec ses nuages qui s'étirent à l'infini, et ses contrastes de dégradés bleutés sur les vallées de conifères .

Le Routard n'en fait pas tout un foin de l'endroit, de cet hôtel, moi si ! Et la tentation de l'érémitisme est forte : rester une journée de plus ?

Bon ma cabane au bord du Loing sera là pour ça .

Alors , je redescend dans le chaudron cubain .


 

 

Publié dans CUBA 2017

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