BUENOS AIRES : NOSTALGIE D'UN PASSE GLORIEUX SUR UN AIR DE TANGO - 25/11/2008

Publié le par matthias

Après la chaotique Sao Paulo , Buenos Aires s'annonce comme moins oppressante dès mon arrivée le 19 novembre . Et même comparativement très agréable ( même si, partout , beaucoup de bruits urbains ayant principalement pour origine le trafic automobile et surtout celui , intense, des bus, vétustes et très polluants ) . Ici c'est encore le printemps , bien qu'il fasse déjà 27-35°C selon les jours et l'heure : beaucoup d'arbres centenaires fleurissent violet , pratiquement ultra-violet vu la luminosité ambiante . Pas un seul nuage en vue ! En été pendant les vacances australes, il fait apparemment encore plus chaud et les portenos ( habitants de la ville , soit « ceux du port », la ville étant contruite le long d'un très large estuaire) fuient en masse la capitale .

L'auberge de jeunesse «Ostinatto Hostel » est super sympathique , située dans le quartier « artiste » de San Telmo : un ancien immeuble de rapport avec toit-terrasse dominant le centre-ville . Les hôtes aussi sont à la cool : principalement des backpackers du monde entier , venus pour plusieurs semaines en Argentine, ou comme moi pour quelques mois sur le continent sud-américain ou autour du monde .

 San Telmo est l'ancien quartier riche de la ville jusqu'à la seconde moitié du XIXème siècle , mais qui fut complètement abandonné par ses fortunés résidents à la suite d'épidémies de fièvre jaune décimant plus de 10 % de la population totale,  et dont le foyer persistant était ce quartier . Il fut  ensuite occupé par les classes les plus défavorisés pendant les décennies suivantes, les nouveaux immigrants,  venus par milliers d'Italie et d'Espagne . Aujourd'hui ses rues pavées et ses belles façades sont en cours de réhabilitation grâce à l'arrivée d'une classe sociale que l'on pourrait qualifier de « bobo » ( rue des antiquaires et brocanteurs, université du cinéma , multiples bars et restos pour sortir , manger et faire la fête ).

 

Visuellement San Telmo pourrait faire penser à un 7ème arrondissement avec ses hôtels particuliers et immeubles à moulures et pierre de taille sculptée qui auraiten été abandonnés puis squattés  pendant plus de 100 ans par la frange la moins aisée de la population . C'est saisissant .

Cette période de la fièvre jaune correspondant pourtant à la grande période d'enrichissement et de développement de la Capitale grâce à l'invention d'un système de conservation qui permet au pays d'exporter dans le monde entier sa célèbre viande bovine , en plus de son blé et sa laine . La majorité des monuments et bâtiments datent toujours de cette période , dans un style que l'on peut qualifier de « Belle-Epoque » qui a fait que beaucoup ont parlé à juste titre de "Paris de l'hémisphère sud" . Cette fois cette comparaison ne me semble pas du tout usurpé tant les bâtiments sont ressemblants et nombreux, avec parfois une certaine « folie » latine .

C'est vraiment avec une certaine idée de l'Europe d'alors , véhiculée par des Espagnols et des Italiens, qu'est sortie du néant Buenos Aires ( ce n'était pas une ancienne capitale coloniale comme ailleurs en Amérique du sud ) .

En fait, j'ai vraiment beaucoup aimé Buenos Aires, ce côté Paris opulent de la Belle-Epoque, très homogène au niveau de la ville entière, avec ses belles façades, ses centaines de cafés , ses immeubles à coupoles, comme si ensuite ( et jusqu'à la période de croissance des années 90 et l'arrivée de quelques tours de verre ) , il n'avait rien été créé de neuf et d'innovant dont les argentins auraient pu être fiers . La ville semble même toujours un peu vivre sur le souvenir de ce passé glorieux où elle dominait économiquement le monde, exportant également son tango et ses valeurs en général .

Et quand la période a été moins féconde, les argentins ont semblé vouloir continuer à vivre â travers leurs héros nationaux, tous perdus dans la fleur de l'âge, se cachant ainsi la réalité d'alors (dictature des années 30, crises économiques à répétition , corruption généralisée, putschs militaires, re-dictaures ) : Carlos Gardel ( le génie du tango), Eva Peron , Fangio, Ernesto Che Guevara, Maradona ( bon ok , lui il est pas encore mort : mais il a failli mourir quand même, l'outre à cock ! ); je suis arrivé le jour de son premier entrainement en tant que sélectionneur national : couvertures de tous les journées, sauf une qui titrait sur la garde-robe de la Présidente Cristina Kirchner ! Très belle femme au demeurant : je l'ai vu lors d'un sommet mondial à la télé , son intervention, « Habla Cristina », permettant au restaurateur de couper le déprimant programme diffusé alors ( surtout avec une pièce de boeuf fort gouteuse sous le nez ) et dont certains semblent ici se délecter : un montage de scènes violentes entre accidents de voiture ou de piétons, cambriolages tournant mal, agressions sanglantes en tout genre , le tout filmé par un portable ou une caméra de surveillance; C'est dire si c'était pas du Coppola !

Après tout cela , on m'apprend que Buenos Aires est la ville la plus psychanalisée au Monde , en nombre de psy par habitants : ces derniers , de par leur immigration et leur histoire, ont des problèmes accentués d'identité et de racines .

 

François et Nathalie , mes amis de Rio, sont venus me rejoindre pour le week-end , les journées sont alors bien remplies à tracer à travers l'ensemble de la ville ; et comme à Rio , on teste les restos , haltes dans les bars et cafés d'époque entre deux balades, lieux de sorties entre endroits branchouilles ( les quais réaménagés à la londonienne , quartier de Palermo Viejo) ou traditionnels ( comme la Milonga de la Viruta : vaste salle où plusieurs centaines de personnes de tous âges dansent le tango le week-end dès 22 heures et sans doute jusqu'à l'aube , au sous-sol du centre culturel arménien ( ?!?) ; c'était vraiment chouette de voir tous ces danseurs avec leurs gestes millimétrés , le total abandon de certaines femmes suivant parfaitement les passes de leur partenaire, la sensualité des mouvements, tous ces codes qui m'ont rappelé les quelques cours que j'avais pris avant ceux de Hip-Hop Boogaloo . Je me suis seulement lancé sur la piste, avec Nathalie, à l'entracte entre deux sessions de tangos , quand ils ont passé du rock !

 Avant l'arrivée de mes amis , l'esprit de la fashion-victim me saisissant en voyant que le stéréotype de l'Argentin à cheveux longs ( type joueur de foot des années 80) est bien réel et quasi généralisé , et que ma coupe de cheveux commence à ressembler à celle de Pollux , je me hasarde donc dans un salon argentin , Temple Mondial du Cheveux Longs par excellence : l'ensemble des clients a d'ailleurs les cheveux longs dans le cou.

Cela fait maintenant depuis le mois de mars que j'essaye de me faire pousser le cheveu ! Je demande donc une coupe argentine . Ils se marrent tous dans le salon ! Et mon espagnol étant toujours proche du néant , je ressort avec les cheveux beaucoup plus courts , ressemblant plus à un américain du Nord que du Sud .

 Bon, la prochaine fois , c'est la boule à zéro , je n'attendrais pas encore 6 mois pour que cela repousse.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

benjamin 13/12/2008 10:28

Une coup à l'argentine!!! Pfffff

clotilde 29/11/2008 22:04

Ya les mêmes arbres violets Avenue Mac Mahon à Paris...Tu savais? Je prennais cette avenue matin et soir et j' avoue qu' à l'époque de floraison, je restais bouche bée...

Benoît 29/11/2008 00:28

Soizic exige une photo de la coupe !!!