UN JOUR A BRASILIA - 10/12/2008

Publié le par matthias




Réveil douloureux : le lit est une catastrophe .

En fait de lit , deux matelas mis l'un au dessus de l'autre , mais également  fatigués : c'est la grande cuvette,  j'ai senti les lattes toute la nuit, et je l'ai ressent dans ma chair au réveil ...

Bon cette fois , je savais quand même où je pouvais tomber, dans le genre cage à lapin : à Brasilia pas d'hôtel d'entrée de gamme , et l'Auberge de Jeunesse était à 10 Km du centre .

 En fait il s'agit d'une sorte de pension que certaines familles  du quartier ont mis en place dans les plus grandes pièces de leur maison,  proche du Centre : soit une suite de petites chambres modestes mais  nickels, avec cloison en contre-plaquée entre chaque chambre . Dans ma pension , il y a environ ainsi 5 chambres à la place du garage . Ca me rappelle beaucoup ma chambre de bonne de l'avenue de Ségur et ses 9 m².

Ce type de logement est prisé par les étudiants de passage pour les concours à la Capitale ou bien par les fonctionnaires en détachement de quelques jours .

A part le modeste logement et la salle de bain commune , pas d'autres prestations proposées par la « taulière »,  type petit-déj ou café , donc je me grouille de sortir de mon réduit sans fenêtre pour partir à la découverte de la fameuse Brasilia,  la Cité Futuriste des Fifties .


 Les images que j'ai en tête sont celles des bouquins d'archi sur les bâtiments les plus renommés de Niemeyer , avec photos prises sous des angles avantageux (  principe auquel je vais également m'abandonner ) , et aussi celles de « l'Homme de Rio » avec Bebel et Dorléac , que j'ai hâte de revoir à nouveau , maintenant .

Mais aujourd'hui que j'ai un peu parcouru le Brésil , je ne sais plus trop à quoi m'attendre : pauvreté et richesse confondues, laissez-aller architectural ? Je décide alors de prendre d'abord  le chemin des écoliers pour rejoindre ensuite les bâtiments emblématiques de la Place des Trois Pouvoirs et son urbanisme utopique l'environnant .

Donc quartier d'habitations de la zona sul ( sud)  puis Avenue des Nations avec les Ambassades construites par chaque pays au large du grand Lac Paranoa   . Et là le sentiment,  qui se confortera tout au long de la journée : si Brasilia est le rêve réalisé d'hommes d'envergures ,  politiques , urbanistes , géographes et archis des 50's , tous influencés par les théories de Le Corbusier , la société qui la compose me paraît également utopique en ce sens qu'elle ne semble  pas très représentative de celle composant les autres grandes villes que j'ai déjà traversé ou arpenté, le Grand Brasilia , faisant tout de même deux millions d'habitants .

En fait une société brésilienne idéale dans une ville fondée sur une utopie .

Ici,  pas grand chose n'est dégradé : il y a de l'argent à la Capitale Fédérale !

Aucun des immeubles ( 5-7 étages) n'a de système de grillages de sécurité comme ailleurs ;  une magnifique végétation tropicale encercle harmonieusement , avec plus ou moins la main de l'homme,  tous ces ensembles ; pas de sentiments diffus d'insécurité créés par la vision d'une disproportion de richesse .  Beaucoup vivent dans des immeubles identiques, pas de condominiums à vue d'oeil . Les esprits chagrins pourront  me rétorquer que ça peut aussi ressembler à La Courneuve sans les Manguiers  et les Flambloyants,  ce qui fait quand même une grosse différence !

De plus la population semble avoir un certain pouvoir d'achat , mis en action par l'urbanisme même de la cité : il n'y a pas de centre-ville en tant que tel , donc beaucoup se retrouvent dans les énormes centres commerciaux  type Mall US . Et là ça consomme à fond !!! En milieu de semaine et en pleine journée , les magasins sont pleins et les bras chargés de sacs . Certes c'est bientôt Noêl (  « Feliz Natal » on ne peut le louper nul part !), mais quand même , rien ne me paraît morose dans le comportement de cette population . D'ailleurs ce matin tous les grands quotidiens à tirages nationaux titrés sur : « plus de 6,8% de croissance au 3ème trimestre , mais avant la crise mondiale » .  Des chiffres à la chinoise . Dopés par la conso . C'est pas notre 1,5% de croissance nationale d'avant crise … Sur ce,  les journalistes semblent craindre,  tout comme le gouvernement,  le crash violent de leur économie . Moi , de ce que j'en ai vu à Brasilia ,  c'est que ça consomme toujours sans complexe .

J'arrive donc enfin au quartier des ministères et des trois pouvoirs , la peau un peu cramoisi par le soleil trompeur bien que zénithal : la ville étant construite sur une très vaste plateau à plus de 1000m, il n'y a pas la chaleur torride habituelle, mais le soleil est bien là,  lui .

C'est l'heure du déj , et je prend la file composée uniquement de jeunes filles badgées,  devant un stand ambulant de salade de fruits . En fait c'est pas si light que cela ( c'est brésilien quoi !) : avec l'ananas , la fraise , la mangue , la pastèque , et la banane , le vendeur rajoute , du sucre , du lait concentré sucré, du muesli et un sirop dense . Ca m'a fait mon repas .

La promenade au milieu des bâtiments de Niemeyer et consorts est bien sympa et fidèle à mon imaginaire question mise en scène . C'est vrai que les bâtiments ne sont pas immenses , mais l'ensemble est vraiment très harmonieux et s'inscrit bien dans le cadre tropical.

Autre rencontre sympathique en ma qualité de touriste : je suis tombé sur  une délégation d'Indiens d'Amazonie coiffés de leurs plus belles parures de plumes pour venir manifester devant la Cour Suprême Fédérale . Très docu-reportage  tout cela , et d'ailleurs pas mal de journalistes et photographes professionnels autour d'eux .

La journée étant maintenant bien avancée, voici venu l'heure de l'Apéro .

Et me baladant encore une fois au milieu des vertes allées du quartier d'habitation , je tombe complètement par hasard sur  LE bistrot cool de sortie de boulot, référencé comme tel dans mon guide  : le Brasilia Bar ( adresse : zona sul , quadra 506, bloco A , n° 15  -  l'urbaniste Carlos Costa n'a pas fait dans la plus grande simplicité question numérotation de la ville , planifiée sous la forme d'un Colibri les ailes déployées ! ). Avec sa terrasse à l'angle d'un quadra , entouré d'arbres tropicaux, serveurs noeuds-pap empressés ,  population très happy few et cols blancs,   carrelage à motifs façon trottoir de Copacabana , l'endroit parfait pour une nouvelle aventure culinaire,  façon amuse-gueule : le premier a été parfait : une boulette de viande farcie avec un peu de fromage fondu . Très bon,  très « frais » .

L'autre se révèle terrible!!!!

 Un plateau de petits bouts de gras frits  , appelé torresmo . J'avais choisi par hasard, comme le premier met ,  car le nom me faisait penser à « tourisme »,  donc j'allais pouvoir m'en souvenir , parmi les dizaines de noms de trucs à grignoter dans la rue qui existent au Brésil.
 Là pas de problème , je vais m'en souvenir , mais pour ne plus avoir à tomber dessus . C'est encore plus gras que des gratons . Je sens physiquement  mon coeur s'enrober de graisse à chaque bouchée, que j'essaye d'éponger avec une bonne Bohemia , bière locale fameuse.

Puis , un peu vaseux , retour à la pension , où là , c'est la guerre des Chaînes: chacun des pensionnaires regarde dans sa chambre son programme préféré , qui n'est pas toujours celui de son voisin ,  et comme les « murs » sont peu épais, c'est la cacophonie audiovisuelle .

Moi , ma télé , elle n'a plus son bouton pour baisser le son , donc,  déontologiquement , je ne participe pas à la sarabande .

Demain matin décollage pour Sao Luis et les plages du Nordeste .

 


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