LA ROUTE NORDESTINE - PART I : DE SAO LUIS A ARACATI

Publié le par matthias

 

 

23/12/2008 – SOIREE MUSICALE A OLINDA


Ok, ok, je sais que je n'ai pas encore raconté ce qui m'est arrivé depuis mon arrivée à Sao Luis il y a maintenant près de 15 jours , mais le voyage est ainsi fait : imprévus et hasards peuvent savamment boulverser le cours des choses et changer le cours des priorités. Donc je voulais raconter ma soirée d'hier soir à Olinda ! Riche en sensations et rencontres, placée sous le signe de la musique .

Je suis arrivé à l'Auberge à la nuit tombée, soit vers 18 heures .

Je décide ensuite de partir me balader dans le coeur de cette ville située à 10 km de Recife , au très riche passé colonial.

 

D'abord lecture des couvertures au kiosque du coin, comme j'essaye chaque jour , et , - toujours elle - : Carla ! Elle fait presque la Une des quotidiens régionaux du jour !!! En gros, étant plus photogénique que son présidentiel époux, et le brésilien moyen étant plus friand de futilité que de vente de sous-marins , le titre dit qu'elle vole la vedette à son mari . Un sacré gars quand même ce Nico : son ex peut bien s'être cassée avec un publicitaire , c'est quand même lui le roi du marketing : je ne suis pas certain qu'il aurait fait la couverture des journeaux brésiliens ( même par personne interposée ) si il ne s'était pas marié avec une super-model des 90's .

Puis toute la soirée je l'ai passé à déambuler successivement d'un point à un autre, traversant les rues historiques désertes , à chaque fois attiré par les sons .

D'abord je suis tombĂ© sur une petite reprĂ©sentation de « Maracatu Â» dans le square : un petit groupe, très richement habillĂ© ( vĂŞtements en velours multicolores, fils d'ors et d'argents, couronnes dorĂ©s ) interprète devant un public d'une vingtaine de personnes un rite afro-brĂ©silien, chantĂ© et dansĂ© , dit du couronnement du Roi du Congo et de la Reine , accompagnĂ©s de leurs vassaux . Je ne sais quand avait commencĂ© la procession , mais tous , public et participants , me paraissaient maintenant bien fatiguĂ©s , sensation accentuĂ©e par la voix Ă©raillĂ©e du vieux chanteur . Après quelques minutes Ă  regarder , je passe mon chemin , le plan en main Ă  la dĂ©couverte des multiples Ă©glises baroques de la petite ville ( 17 Ă©glises !) , ancien centre politique de la rĂ©gion jusqu'au 19ème siècle, avant d'ĂŞtre supplantĂ©e par sa trop proche voisine portuaire , Recife . Le toscin m'appelle !

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C'est la cloche de l'Eglise des BĂ©nĂ©dictins qui sonnent 19 heures 30 : les portes grandes ouvertures , lumière Ă©tincellante, est attendu un groupe pour un rĂ©cital de NoĂ«l . Il s'agit en fait d'un groupe de moines chantant en grĂ©gorien , au sein l'Eglise de leur monastère , très très très baroquement dĂ©corĂ©e . Lieux magnifiques . Le thème n'Ă©tant pas «  les moines chantent Disney Â» mais plutĂ´t des partitions sĂ©culaires , je continue ensuite mon chemin , montant et descendant la colline sur laquelle s'est construite la citĂ© et je trouve une rue beaucoup plus animĂ©e que les autres , qui semble ĂŞtre en journĂ©e une rue touristique avec des galeries d'art . Quelques bars encore un peu vide , mais au loin un attroupement le long des trottoirs : en fait une sorte soirĂ©e en pleine air, avec Ă  vue d'oeil une bonne centaine de jeunes, 20-30 ans , un verre de bière Ă  la main , ancrĂ©e Ă  un bar bodega ravitaillant chacun et surtout Ă  un DJ , maniant platines et vieux vinyles brĂ©siliens , idĂ©alement placĂ© sur une terrasse surplombant le tout . Ambiance djeunes, arty et contre-culture !: en tout cas c'est ce que semble indiquĂ© les t-shirts exposĂ©s dans la boutique d'en face .
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 La contre-culture au BrĂ©sil !!! Vaste dĂ©bat … La culture actuelle pour le brĂ©silien moyen pouvant très souvent , et aujourd'hui, se rĂ©sumer Ă  la musique, et Ă  la littĂ©rature secondairement ( en excluant la culture du foot bien sur !) : les autres arts dits classiques ne semblent plus très innovants . Restant spectateur de la fĂŞte , je trace juste un plus loin vers des sons plus cuivrĂ©s . Chouette , c'est une  Batteria de Carnaval qui rĂ©pète dans son local fenĂŞtre ouverte : je tape l'inscruste Ă  l'intĂ©rieur et comme d'habitude au BrĂ©sil , on m'accueille avec le sourire , et j'assiste sur ma chaise au vacarme musical et hyper-rythmĂ© par les 3 grosses caisses , 2 tubas , 6 saxos , trompettes , trombones !!!! BOUM – BOUM- BOUM BOUM !!! j'y reste jusqu'Ă  la fin de la rĂ©pèt . En ressortant , la Bodega au DJ semble avoir doublĂ© sa quantitĂ© de consommateurs ( on s'approche des 10 heures ) , et les bars vident tout-Ă -l'heure font maintenant le plein .

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Celui que je choisi Ă  une super dĂ©co : dans une vieille maison ( en fait ici tout est vieux ) le patron a installĂ© des grandes tables de diffĂ©rentes formes et hauteurs avec des chaises et fauteuils de tout horizons ( cine , dentiste , barbier , jardin …) Encore très arty-bobo . Plein d'ambiance . Je me lance après un petit verre de cachaça au miel et citron ( un seul , mais pourtant, et pour la seconde fois, j'en garde le souvenir le lendemain …) Ă  discuter avec mes voisins de table, un couple d'une quarantaine d'annĂ©e : lui , une tĂŞte de musicos, elle, look bohème-chic . Et bien, elle Ă©tait de Sao Paulo , lui il Ă©tait bien musicos !!! Et connu selon leurs dires , surtout en Europe ! ( je vĂ©rifierai sur le net ) : il s'appelle Pachico , chante et pratique la capeira , cet «  art-martial Â» brĂ©silien très impressionnant , crĂ©Ă© par les esclaves noirs , oĂą les pratiquants doivent retenir leurs coups (enfin parfois : parce que Ă  Jericoacora parfois ça a fait « aie ! Â», mais c'est une autre histoire , Ă  lire bientĂ´t …) . Ils sont très sympas et me conseillent de revenir le lendemain soir pour la veillĂ©e de NoĂ«l car apparemment c'est la fĂŞte toute la nuit . Ils me quittent roucoulant , et aussitĂ´t après j'entends Ă  la table derrière moi du français en termes peu licencieux . Je fais mine de m'intĂ©resser Ă  la conversation : en fait un jeune gars hirsute mettant pleins d'expressions françaises dans ses phrases en brĂ©silien pour ses Ă©changes avec ses amis . Un type vraiment extraordinaire de par sa fantaisie et son entrain : il pourrait ĂŞtre le cousin Ă©gyptien de CloĂ© ou de Pierre ( il a un vĂ©lo avec une selle pailletĂ©e dorĂ©e et le reste est recouvert de boutons multicolores ! Parce qu'il Ă©tait Ă©gyptien ! Du Caire . Et avait appris notre langue au lycĂ©e français : il parlait exactement comme moi et rien ne pouvait faire croire qu'il n'Ă©tait pas français . Encore un artiste marginalo-vagabond : je ne connais pas son histoire, mais elle doit ĂŞtre incroyable : il me dit avoir vĂ©cu en France, entre autre , et cela fait maintenant 5 ans qu'il reste Ă  Olinda. Son surnom ici c'est Habibi , mais il me dit s'appeler en rĂ©alitĂ© Ricardo . Habibi me fait vraiment pensĂ© Ă  certains des hĂ©ros alexandrins des romans de Lawrence Durell que m'a conseillĂ© Arnaud il y a quelque temps : polyglotte , dĂ©cadent , artiste , amateur de paradis artificiel certainement ... Avec un de ses potes, musicien Ă©galement de son Ă©tat , long et mince comme un poète romantique , et toujours en français , on discute mĂŞme du gĂ©nie de Gainsbourg ! En dĂ©finitive ils sont tous plus ou moins francophone , sinon surtout francophile .

Je dis au revoir Ă  la joyeuse bande et rentre me coucher vers minuit .

Dehors ça fait le plein de jeunes partout . La nuit sera longue sans doute ...

 

Ce matin à l'Auberge , j'ai discuté avec deux français faisant le Tour du Monde eux aussi : c'est la première fois depuis le début du voyage que j'en recontre . Malika et Franck sont partis dans l'autre sens que moi - d'abord Asie puis Océanie , et Amérique du Sud- , en sont à 8 mois et en ont encore pour 4 mois .

Et bien eux , ils se sont vraiment emmerdés ici hier soir : ils n'ont vu que des rues désertes ...




A COMPTER DU 11/12/2008


Seul sur le sable,

Les pieds dans l'eau


Je laisse les fans de Roch continuer , moi je m'arrête là , la route du Nordeste ayant pour objectif de compléter les paroles .

Donc en plus de ses plages, réputées , j'ai décidé initialement de suivre la côte - du Nord vers le Sud , direction Salvador de Bahia - de cette partie du Brésil afin de voir Sao Luis ( unique ville fondée par les français , comme précité ) et d'aller à Jericoacoara , spot mondial de Kite-Surf , où Rodolphe, pote d'enfance de mon Renaud, est en train de se faire construire une maison depuis maintenant quelques mois. Rodolphe m'avait fait suivre l'alléchante adresse du site web de Jeri pour les intimes, parce que c'est plus simple à écrire et à dire et que les brésiliens disent pareil !


Sao Luis, 3ème ville du pays au 19ème, a vu « heureusement Â» son centre-ville historique complĂ©tement prĂ©servĂ© de la pression immobilière du siècle suivant : Ă  la suite de l'effondrement Ă©conomique de la rĂ©gion , la ville est ensuite restĂ©e Ă  l'Ă©cart des carrefours commerciaux . Donc ici pas de buildings d'architecture mĂ©diocre Ă  la place des maisons de commerces recouvertes de carreaux d'azuleros . Sauf qu'en grande partie c'est dĂ©labrĂ©, voir ruinĂ©, mais très charmant de ce fait aussi . L'Unesco ayant mis son nez la dedans , il a classĂ© la ville au Patrimoine Mondial de l'HumanitĂ© : de grandes portions de rues ont pu ĂŞtre rĂ©habilitĂ©es . Mais y a encore du boulot, le secteur historique Ă©tant vraiment très Ă©tendu . En gros , ce qui n'a pas Ă©tĂ© restaurĂ©, et qui peut encore ĂŞtre habitĂ©, l'est par les plus pauvres de la ville, bĂ©nĂ©ficiant de plan d'aide au logement ( les plus riches sont eux partis un peu plus loin au nord, le long des plages ) . Et dans ce qui a Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©, il a Ă©tĂ© installĂ© le plus souvent des boutiques d'artisanat , des musĂ©es , des centres culturels et quelques restos . Ce qui fait que la nuit, la ville paraĂ®t fantomatique, car très peu habitĂ©e, les lampadaires illuminant les façades comme des dĂ©cors de théâtre .

J'y suis arrivĂ© en pleine manif contre la destitution du gouverneur de la rĂ©gion, Sao Luis Ă©tant la capitale du Maranhao. Comme la plupart des neuf Etats qui composent la rĂ©gion du Nordeste , le Maranhao est un Etat catĂ©gorisĂ© comme pauvre . Je ne vais pas faire un cours d'Ă©conomie brĂ©silienne avancĂ©e, mais il semble que ici , plus qu'ailleurs dans le pays , l'Ă©conomie se soit concentrĂ©e entre les mains de quelques grands propriĂ©taires terriens ( en dizaines de milliers d'hectares ) et industriels miniers . Terre propice au clientĂ©lisme . Et donc après plusieurs dĂ©cennies de gouvernance par la Famille Sarney ( le père puis la fille, alternant poste de gouverneur et de sĂ©nateur , et , pour lui, mĂŞme celui de prĂ©sident de la rĂ©publique , par interim), en 2006, un gouverneur d'une autre faction a Ă©tĂ© Ă©lu . Sauf que le lobby Sarney semble apparemment avoir trouvĂ© une paille de quelques dizaines de milliers d'Euros dans un compte annexe de campagne, pour le faire destituer . En soutien , devant le palais du gouverneur c'Ă©tait quelque peu l'effervence : ce qui est marrant , c'est que les discours se font parfois en chansons avec musiciens , et en dansant ( et c'est pas du «  Fillon , Fillon , si tu savais ta rĂ©forme oĂą on se l'a met ... Â», c'est plus entrainant , mĂŞme si les paroles sont peut-ĂŞtre indentiques ( …) mais je ne crois pas , ce n'est pas le genre des brĂ©siliens ) .


Guy, le Postier de Thionville (cf  un article prĂ©cĂ©dent), ainsi que les guides conseillaient de se rendre au parc national Lençois Ă  quelques heures de Sao Luis, apparemment lieu unique au monde . Ce sera donc mon prochain stop .

Pour rejoindre la ville d'entrée au parc , Barreirinhas , on traverse des campagnes qui font bien prendre conscience qu'ici on est à dix mille lieux de Rio ! D'abord une immense plaine plantée de cocotiers, puis plus sec et sablonneux , bien que toujours vert , quelques bourgs, avec pas mal de maisons aux murs de terres et faitages de palmes , éparpillés le long de la route : c'est la fin de journée , et beaucoup sont en train de jouer sur les terrains de foot de sable, pendant que les petits enfants s'amusent dans les rivières aux eaux claires. Très carte postale et cliché tout cela !

J'arrive à la nuit à destination , et là une armada de post-ados se jettent sur tout ce qui porte un sac à dos afin de lui vendre ou de l'hébergement , ou de l'excursion , ou les deux ! Je fuis . Et me retrouve à errer dans la petite ville pour trouver mon logement . Puis un jeune gars vient me demander si je cherche un logement . J'acquiesce , et en définitive il me ramène au point de départ ! Là, l'armada est maintenant dèsoeuvrée, le rush est passé , et lui , content , il ramène son pigeon : en fait ils travaillent tous pour la même agence de voyage, Sao Paulo Tourism , qui truste la plupart des touristes avec ses pratiques musclées , mais qui est en définitive efficace et sympathique, et qui saura me trouver le chauffeur pour aller à Jeri .

La balade dans le parc Lençois est vraiment mĂ©morable . J'y rencontre la sympathique Sara et sa famille , que je retrouverai Ă©galement pour l'excursion sur le magnifique fleuve Prequiças le lendemain . Le parc est composĂ© de milliers de hautes dunes de sables blancs , avec un paysage façon sahara , mais l'originalitĂ© vient que l'eau de pluie ne s'enfiltre pas et donc Ă  la saison humide ( d'avril Ă  octobre) les dunes enserrent des milliers de lacs d'eaux douces . En dĂ©cembre c'est plutĂ´t sec , mais il reste encore quelques lacs dans lesquelles on peut se baigner . C'est vraiment unique . Le soir je retrouve Guy qui est dans la pousada en face de la mienne : il me conseille pendant l'excursion sur le fleuve de m'arrĂŞter pour la nuit Ă  CaburĂ©, village d'embouchure du fleuve avec la mer , magnifique selon lui .

La mangrove le long du fleuve est Ă©galement impressionnante et parfois ceinturĂ©e des dunes qui tombent directement dans le fleuve . A CaburĂ© , en dehors des quelques restos pour les excursionnistes Ă  la journĂ©e , il n'y a que des baraques de pĂŞcheurs en bois , et trois pousadas . Une fois le bateau reparti , j'ai l'impression d'ĂŞtre le seul touriste ici , d'autant que je suis le seul aux repas … Je choisi un bungalow face Ă  l'OcĂ©an, l'aubergiste me prĂ©vient qu'il y a du vent . Pas grave , je ne reste qu'une nuit . Je me balade le long de la mer très chahutĂ©e, trouve quelques dunes et surtout des ânes portant la croix de Saint-AndrĂ© comme j'en avais un quand j'Ă©tais petit . Ici c'est un peu le paradis des ânes : il n'y a personne qui vient leur mettre un truc sur le dos et parfois en troupeaux nombreux , ils me regardent vraiment avec l'air de s'interroger sur ma prĂ©sence, d'un air , genre, c'est moi l'âne . Et c'est un peu ce que je me suis dit le lendemain après une nuit de tempĂŞte pendant laquelle le vent hurlĂ© en sifflant dans le bungalow , et après avoir errer le matin pendant au moins une heure Ă  travers une lande sablonneuse avant de voir au loin quelques dunes . Et en plus j'ai failli restĂ© coincĂ© dans ce trou perdu une journĂ©e de plus , mais heureusement il restait une place sur le bateau du retour .Bon , CaburĂ©,  c'Ă©tait plutĂ´t chiant : les conseils des autres , il faut parfois les mesurer Ă  la lumière de ses propres goĂ»ts .


Au bourg, l'agence de tourisme m'a trouvĂ© un chauffeur pour m'amener demain Ă  Jericoacoara en 4X4 . Avec Dudu , le chauffeur , on part Ă  6 heures du mat . D'abord 3 heures de quatre roues motrices pour rejoindre la ville de Tutoia , Ă  travers la vraie cambrousse et des pistes de sable. Quelques habitations par-ci par-lĂ  . Les habitants semblent pas mal mĂ©tissĂ©s indiens-blancs , ou indiens-noirs. EnormĂ©ment de petits enfants . De l'agriculture de subsistance : un cochon , du manioc , des cocotiers . Ca m'a toujours Ă©tonnĂ© de voir que l'ĂŞtre humain est allĂ© s'installer et , surtout,  est restĂ© dans des endroits aussi reculĂ©s et peu faciles d'accès . On s'arrĂŞte pour un cafĂ© bien sucrĂ© dans un bourg , l'autre client prĂ©sent et le patron ont l'air d'avoir la cachaça qui coule de leur yeux tellement ils en sont imbibĂ©s . ArrivĂ© sur la route et après avoir passĂ© le fleuve Parnaiba , lĂ  , la vĂ©gĂ©tation change complètement : c'est sec et parfois c'est vraiment la sĂ©cheresse, tous les arbustes sont crevĂ©s . Paysage dĂ©solĂ© . On prend Marco Tulio au passage . Puis route vers Jeri en suivant d'abord par la piste la route qu'ils sont en train de construire en surplomb , puis en longeant la mer . Onze heures de 4X4 : moulu le gars !

Dudu m'emmène faire le tour des pousadas de ses amis et j'en choisi une pour routard dans une petite cour arborée .

Petite sieste sur le lit : je me rĂ©veille Ă  2 heures du mat ! RĂ©veillĂ© Ă  la fois par la faim – j'ai rien mangĂ© depuis le midi – et surtout par la musique de la boĂ®te Ă  Forro qui a l'air d'ĂŞtre dans ma chambre . L'heure tardive ça tombe bien , les nuits de Jeri , avec sa clientèle internationalo-brĂ©silienne , sont très rĂ©putĂ©es , et commencent tard .  En sortant dans la rue , je tombe comme extraordinaire sur Marco Tulio qui me dit et me montre que , non , ce n'est pas encore l'heure du forro ( dont il est friand ) , car pas un chat dans la boĂ®te . Je pousse Ă  travers les trois principales rues sabloneuses du village jusqu'Ă  Planet Jeri que m'a conseillĂ© Rodolphe par mail quelques jours plus tĂ´t : lĂ  c'est la fiesta, bar en plein air ,musique live rock brĂ©silien, clientèle de trentenaires europĂ©ens ( italiens surtout, puis allemands et scandinaves, peu de francophones ) . Quand je reviens vers 3 H du mat Ă  l'auberge , les danseurs sont en train d'arriver Ă  la boĂ®te Ă  Forro . Moi je suis cassĂ©, et me recouche .

A la table du petit dĂ©j , specimen typique de Jeri en mĂŞme temps que moi : homme , jeune , blond , sportif, et plutĂ´t peu ouvert Ă  la discussion ( avec Ă©couteur sur les oreilles : bonjour l'ambiance ) . A Jeri , en fait j'ai pratiquement rencontrĂ© personne Ă  part les brĂ©siliennes, toujours avenantes envers les Ă©trangers, qui ont fait avec moi l'excursion au lac de Tatajuba aux eaux bleues laiteuses : ici les amis de Brice de Nice viennent du monde entier pour faire du sport entre potes et sont donc peu enclins Ă  rencontrer des voyageurs extĂ©rieurs Ă  leur groupe. Par exemple Ă  midi , le village est dĂ©sert , ils sont tous partis un peu plus loin en buggy , faire du Kite-Surf, du Wind-Surf ou du Suf tout simplement , sans rien devant . Ca farte un max Ă  Jeri !!!!


Donc je passe mes journées à me balader , un jour à gauche , un autre à droite : et il y a de quoi faire ! Les paysages sont vraiment magnifiques et plutôt variés . J'ai un peu de mal à me poser , donc le soir je suis encore crevé . Sur la plage après le traditionnel couché du soleil en haut de la dune de Jeri , des démonstrations de capoeira vraiment très très physiques . Puis petit resto sympa avec musique live .

Pour quitter Jeri et rejoindre la mĂ©tropole de Fortaleza c'est plus simple que pour y arriver dans cette direction lĂ  , bien que … J'expĂ©rimente un nouveau moyen de transport , pour moi : la jardinière ! On part de Jeri vers 22 heures 30 dans cet sorte de camion militaire ouvert Ă  tous vents qui Ă©crase les dunes sur son passage : quand mĂŞme 90 minutes pour faire 15 bornes environ … Puis bus de nuit , le pire que j'ai eu jusque lĂ  : le siège ne s'incline pas et les genoux rentrent dans le siège d'en face . Mais , je dors quand mĂŞme ! Et Ă  5 H du mat arrivĂ©e Ă  Fortaleza . Voulant Ă©viter la ville , je reste Ă  la Rodoviaria , la gare routière , et je prend le premier bus pour Canoa Quebreda , la plage la plus connue de l'Etat , le Ceara , Ă  quelques heures . Mais lĂ -bas les hĂ´tels se rĂ©vèlent peu abordables alors que la petite citĂ© balnĂ©aire ne m'enchante guère : bien qu'il y ait ses falaises rouges le long de la plage, ce qui est fait sa particularitĂ© , celle-ci n'a plus de sable fin : celui qui reste est battu par la mer . Les vacanciers ( parce que maintenant ça y est, tous les brĂ©siliens , et l'hĂ©misphère sud en gĂ©nĂ©ral, sont en vacances , et ça change pas mal les choses ) aiment s'entasser alignĂ©s dans des chaises de plages , sous parasol, avec Ă  portĂ©e de main une noix de coco Ă  siroter ( coco verde ) ou , surtout , une bière glacĂ©e ( skol, bohemia ou antartica), et de l'autre main un coxinha ou un kibe bien fris Ă  grignoter . Ce schĂ©ma peut ĂŞtre reproduit dans toutes les villes balnĂ©aires familiales . Un peu plus loin , il n'y a souvent personne , mais aussi plus rien Ă  boire ni Ă  manger …

Donc je dĂ©cide de retourner Ă  Aracati , la petite ville proche de Canoa pour prendre un nouveau billet pour le bus de nuit : les cocotiers m'appellent, au loin les plages de l'Etat de Natal . J'en ai marre des plages minĂ©rales ! Je dĂ©pose mon sac Ă  la gare routière et reviens ensuite passer la journĂ©e Ă  la plage . Le bus Ă©tant Ă  minuit et le garde-volumes fermant ses portes Ă  22 heures , je suis de retour Ă  la gare routière d'Aracati . C'est samedi,  donc beaucoup de monde dans les restos et les bars de rue . Au resto , et pour faire passer le temps ( 2 heures 30 quand mĂŞme avant le bus ), j'Ă©tire le repas en peaufinant mon apprentissage des telenovelas les plus regardĂ©s du pays, celle de TV globo . En rĂ©alitĂ© , on ne peut louper , Ă  un moment donnĂ© ou un autre d'un voyage au BrĂ©sil,  de regarder quelques minutes,  ou quelques heures si on est accrochĂ©,  ces programmes ( parfois la vision des images suffit Ă  comprendre la trame ) : partout , dans chaque chaumière, au resto , au bar , un poste est allumĂ© Ă  l'heure fatidique . Donc ce soir c'est d'abord « Tres Irmas Â» qui se passe dans une rĂ©gion de surf la telenovela pour les jeunes , puis le journal tĂ©lĂ©visĂ© national , puis « O Favorita Â» LA telenovela par excellence , celle qui fait un en-cars en première page des journeaux du lendemain quand il s'est passĂ© un truc vraiment dingue, comme l'autre jour, quand l'horrible Flora a fait littĂ©rallement mourir de peur son ennemi ( avec sa robe maculĂ©e de faux sang?) , puis Zorra , un Ă©mission Ă  sketchs avec des comiques , oĂą il n'Ă©tait question Ă  toutes les phrases que de Natal ,Natal , Natal ( noĂŞl ) !!!!!! D'habitude Ă  la mĂŞme heure , en semaine , il y a Pantanal, autre telenovela , qui se passe dans ladite rĂ©gion de marais, Ă  l'ouest du pays . Depuis quelques annĂ©es les programmateurs ont dĂ©cidĂ©s de faire raconter des histoires qui se passent dans des coins du pays afin de dĂ©velopper le tourisme local , après le succès d'une sĂ©rie oĂą le parc lençois Ă©tait au gĂ©nĂ©rique . Mais la telenovela la plus pure c'est quand mĂŞme O Favorita : que des plans serrĂ©s des visages , roulements d'yeux et nez rouges qui coulent pour les filles de rigueur ( Ă  force de pleurer de joie, de rage ou de tristesse surtout), l'action doit ĂŞtre racontĂ©e dans les dialogues,  qui sont constants , je prĂ©sume. Arrive minuit passĂ© Ă  discuter avec un jeune hollandais , rencontrĂ© quelques minutes avant Ă  la gare : il donne ici des cours d'anglais , mais je le comprend vraiment mal Ă  cause de son accent : c'est chouette , les petits brĂ©siliens ils causeront l'anglais avec l'accent hollandais ! Super utile !!!

Je m'endors direct dans le bus .

 


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