LA ROUTE NORDESTINE - PART I : DE SAO LUIS A ARACATI

Publié le par matthias

 

 

23/12/2008 – SOIREE MUSICALE A OLINDA


Ok, ok, je sais que je n'ai pas encore raconté ce qui m'est arrivé depuis mon arrivée à Sao Luis il y a maintenant près de 15 jours , mais le voyage est ainsi fait : imprévus et hasards peuvent savamment boulverser le cours des choses et changer le cours des priorités. Donc je voulais raconter ma soirée d'hier soir à Olinda ! Riche en sensations et rencontres, placée sous le signe de la musique .

Je suis arrivé à l'Auberge à la nuit tombée, soit vers 18 heures .

Je décide ensuite de partir me balader dans le coeur de cette ville située à 10 km de Recife , au très riche passé colonial.

 

D'abord lecture des couvertures au kiosque du coin, comme j'essaye chaque jour , et , - toujours elle - : Carla ! Elle fait presque la Une des quotidiens régionaux du jour !!! En gros, étant plus photogénique que son présidentiel époux, et le brésilien moyen étant plus friand de futilité que de vente de sous-marins , le titre dit qu'elle vole la vedette à son mari . Un sacré gars quand même ce Nico : son ex peut bien s'être cassée avec un publicitaire , c'est quand même lui le roi du marketing : je ne suis pas certain qu'il aurait fait la couverture des journeaux brésiliens ( même par personne interposée ) si il ne s'était pas marié avec une super-model des 90's .

Puis toute la soirée je l'ai passé à déambuler successivement d'un point à un autre, traversant les rues historiques désertes , à chaque fois attiré par les sons .

D'abord je suis tombé sur une petite représentation de « Maracatu » dans le square : un petit groupe, très richement habillé ( vêtements en velours multicolores, fils d'ors et d'argents, couronnes dorés ) interprète devant un public d'une vingtaine de personnes un rite afro-brésilien, chanté et dansé , dit du couronnement du Roi du Congo et de la Reine , accompagnés de leurs vassaux . Je ne sais quand avait commencé la procession , mais tous , public et participants , me paraissaient maintenant bien fatigués , sensation accentuée par la voix éraillée du vieux chanteur . Après quelques minutes à regarder , je passe mon chemin , le plan en main à la découverte des multiples églises baroques de la petite ville ( 17 églises !) , ancien centre politique de la région jusqu'au 19ème siècle, avant d'être supplantée par sa trop proche voisine portuaire , Recife . Le toscin m'appelle !

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C'est la cloche de l'Eglise des Bénédictins qui sonnent 19 heures 30 : les portes grandes ouvertures , lumière étincellante, est attendu un groupe pour un récital de Noël . Il s'agit en fait d'un groupe de moines chantant en grégorien , au sein l'Eglise de leur monastère , très très très baroquement décorée . Lieux magnifiques . Le thème n'étant pas «  les moines chantent Disney » mais plutôt des partitions séculaires , je continue ensuite mon chemin , montant et descendant la colline sur laquelle s'est construite la cité et je trouve une rue beaucoup plus animée que les autres , qui semble être en journée une rue touristique avec des galeries d'art . Quelques bars encore un peu vide , mais au loin un attroupement le long des trottoirs : en fait une sorte soirée en pleine air, avec à vue d'oeil une bonne centaine de jeunes, 20-30 ans , un verre de bière à la main , ancrée à un bar bodega ravitaillant chacun et surtout à un DJ , maniant platines et vieux vinyles brésiliens , idéalement placé sur une terrasse surplombant le tout . Ambiance djeunes, arty et contre-culture !: en tout cas c'est ce que semble indiqué les t-shirts exposés dans la boutique d'en face .
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 La contre-culture au Brésil !!! Vaste débat … La culture actuelle pour le brésilien moyen pouvant très souvent , et aujourd'hui, se résumer à la musique, et à la littérature secondairement ( en excluant la culture du foot bien sur !) : les autres arts dits classiques ne semblent plus très innovants . Restant spectateur de la fête , je trace juste un plus loin vers des sons plus cuivrés . Chouette , c'est une  Batteria de Carnaval qui répète dans son local fenêtre ouverte : je tape l'inscruste à l'intérieur et comme d'habitude au Brésil , on m'accueille avec le sourire , et j'assiste sur ma chaise au vacarme musical et hyper-rythmé par les 3 grosses caisses , 2 tubas , 6 saxos , trompettes , trombones !!!! BOUM – BOUM- BOUM BOUM !!! j'y reste jusqu'à la fin de la répèt . En ressortant , la Bodega au DJ semble avoir doublé sa quantité de consommateurs ( on s'approche des 10 heures ) , et les bars vident tout-à-l'heure font maintenant le plein .

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Celui que je choisi à une super déco : dans une vieille maison ( en fait ici tout est vieux ) le patron a installé des grandes tables de différentes formes et hauteurs avec des chaises et fauteuils de tout horizons ( cine , dentiste , barbier , jardin …) Encore très arty-bobo . Plein d'ambiance . Je me lance après un petit verre de cachaça au miel et citron ( un seul , mais pourtant, et pour la seconde fois, j'en garde le souvenir le lendemain …) à discuter avec mes voisins de table, un couple d'une quarantaine d'année : lui , une tête de musicos, elle, look bohème-chic . Et bien, elle était de Sao Paulo , lui il était bien musicos !!! Et connu selon leurs dires , surtout en Europe ! ( je vérifierai sur le net ) : il s'appelle Pachico , chante et pratique la capeira , cet «  art-martial » brésilien très impressionnant , créé par les esclaves noirs , où les pratiquants doivent retenir leurs coups (enfin parfois : parce que à Jericoacora parfois ça a fait « aie ! », mais c'est une autre histoire , à lire bientôt …) . Ils sont très sympas et me conseillent de revenir le lendemain soir pour la veillée de Noël car apparemment c'est la fête toute la nuit . Ils me quittent roucoulant , et aussitôt après j'entends à la table derrière moi du français en termes peu licencieux . Je fais mine de m'intéresser à la conversation : en fait un jeune gars hirsute mettant pleins d'expressions françaises dans ses phrases en brésilien pour ses échanges avec ses amis . Un type vraiment extraordinaire de par sa fantaisie et son entrain : il pourrait être le cousin égyptien de Cloé ou de Pierre ( il a un vélo avec une selle pailletée dorée et le reste est recouvert de boutons multicolores ! Parce qu'il était égyptien ! Du Caire . Et avait appris notre langue au lycée français : il parlait exactement comme moi et rien ne pouvait faire croire qu'il n'était pas français . Encore un artiste marginalo-vagabond : je ne connais pas son histoire, mais elle doit être incroyable : il me dit avoir vécu en France, entre autre , et cela fait maintenant 5 ans qu'il reste à Olinda. Son surnom ici c'est Habibi , mais il me dit s'appeler en réalité Ricardo . Habibi me fait vraiment pensé à certains des héros alexandrins des romans de Lawrence Durell que m'a conseillé Arnaud il y a quelque temps : polyglotte , décadent , artiste , amateur de paradis artificiel certainement ... Avec un de ses potes, musicien également de son état , long et mince comme un poète romantique , et toujours en français , on discute même du génie de Gainsbourg ! En définitive ils sont tous plus ou moins francophone , sinon surtout francophile .

Je dis au revoir à la joyeuse bande et rentre me coucher vers minuit .

Dehors ça fait le plein de jeunes partout . La nuit sera longue sans doute ...

 

Ce matin à l'Auberge , j'ai discuté avec deux français faisant le Tour du Monde eux aussi : c'est la première fois depuis le début du voyage que j'en recontre . Malika et Franck sont partis dans l'autre sens que moi - d'abord Asie puis Océanie , et Amérique du Sud- , en sont à 8 mois et en ont encore pour 4 mois .

Et bien eux , ils se sont vraiment emmerdés ici hier soir : ils n'ont vu que des rues désertes ...




A COMPTER DU 11/12/2008


Seul sur le sable,

Les pieds dans l'eau


Je laisse les fans de Roch continuer , moi je m'arrête là , la route du Nordeste ayant pour objectif de compléter les paroles .

Donc en plus de ses plages, réputées , j'ai décidé initialement de suivre la côte - du Nord vers le Sud , direction Salvador de Bahia - de cette partie du Brésil afin de voir Sao Luis ( unique ville fondée par les français , comme précité ) et d'aller à Jericoacoara , spot mondial de Kite-Surf , où Rodolphe, pote d'enfance de mon Renaud, est en train de se faire construire une maison depuis maintenant quelques mois. Rodolphe m'avait fait suivre l'alléchante adresse du site web de Jeri pour les intimes, parce que c'est plus simple à écrire et à dire et que les brésiliens disent pareil !


Sao Luis, 3ème ville du pays au 19ème, a vu « heureusement » son centre-ville historique complétement préservé de la pression immobilière du siècle suivant : à la suite de l'effondrement économique de la région , la ville est ensuite restée à l'écart des carrefours commerciaux . Donc ici pas de buildings d'architecture médiocre à la place des maisons de commerces recouvertes de carreaux d'azuleros . Sauf qu'en grande partie c'est délabré, voir ruiné, mais très charmant de ce fait aussi . L'Unesco ayant mis son nez la dedans , il a classé la ville au Patrimoine Mondial de l'Humanité : de grandes portions de rues ont pu être réhabilitées . Mais y a encore du boulot, le secteur historique étant vraiment très étendu . En gros , ce qui n'a pas été restauré, et qui peut encore être habité, l'est par les plus pauvres de la ville, bénéficiant de plan d'aide au logement ( les plus riches sont eux partis un peu plus loin au nord, le long des plages ) . Et dans ce qui a été réhabilité, il a été installé le plus souvent des boutiques d'artisanat , des musées , des centres culturels et quelques restos . Ce qui fait que la nuit, la ville paraît fantomatique, car très peu habitée, les lampadaires illuminant les façades comme des décors de théâtre .

J'y suis arrivé en pleine manif contre la destitution du gouverneur de la région, Sao Luis étant la capitale du Maranhao. Comme la plupart des neuf Etats qui composent la région du Nordeste , le Maranhao est un Etat catégorisé comme pauvre . Je ne vais pas faire un cours d'économie brésilienne avancée, mais il semble que ici , plus qu'ailleurs dans le pays , l'économie se soit concentrée entre les mains de quelques grands propriétaires terriens ( en dizaines de milliers d'hectares ) et industriels miniers . Terre propice au clientélisme . Et donc après plusieurs décennies de gouvernance par la Famille Sarney ( le père puis la fille, alternant poste de gouverneur et de sénateur , et , pour lui, même celui de président de la république , par interim), en 2006, un gouverneur d'une autre faction a été élu . Sauf que le lobby Sarney semble apparemment avoir trouvé une paille de quelques dizaines de milliers d'Euros dans un compte annexe de campagne, pour le faire destituer . En soutien , devant le palais du gouverneur c'était quelque peu l'effervence : ce qui est marrant , c'est que les discours se font parfois en chansons avec musiciens , et en dansant ( et c'est pas du «  Fillon , Fillon , si tu savais ta réforme où on se l'a met ... », c'est plus entrainant , même si les paroles sont peut-être indentiques ( …) mais je ne crois pas , ce n'est pas le genre des brésiliens ) .


Guy, le Postier de Thionville (cf  un article précédent), ainsi que les guides conseillaient de se rendre au parc national Lençois à quelques heures de Sao Luis, apparemment lieu unique au monde . Ce sera donc mon prochain stop .

Pour rejoindre la ville d'entrée au parc , Barreirinhas , on traverse des campagnes qui font bien prendre conscience qu'ici on est à dix mille lieux de Rio ! D'abord une immense plaine plantée de cocotiers, puis plus sec et sablonneux , bien que toujours vert , quelques bourgs, avec pas mal de maisons aux murs de terres et faitages de palmes , éparpillés le long de la route : c'est la fin de journée , et beaucoup sont en train de jouer sur les terrains de foot de sable, pendant que les petits enfants s'amusent dans les rivières aux eaux claires. Très carte postale et cliché tout cela !

J'arrive à la nuit à destination , et là une armada de post-ados se jettent sur tout ce qui porte un sac à dos afin de lui vendre ou de l'hébergement , ou de l'excursion , ou les deux ! Je fuis . Et me retrouve à errer dans la petite ville pour trouver mon logement . Puis un jeune gars vient me demander si je cherche un logement . J'acquiesce , et en définitive il me ramène au point de départ ! Là, l'armada est maintenant dèsoeuvrée, le rush est passé , et lui , content , il ramène son pigeon : en fait ils travaillent tous pour la même agence de voyage, Sao Paulo Tourism , qui truste la plupart des touristes avec ses pratiques musclées , mais qui est en définitive efficace et sympathique, et qui saura me trouver le chauffeur pour aller à Jeri .

La balade dans le parc Lençois est vraiment mémorable . J'y rencontre la sympathique Sara et sa famille , que je retrouverai également pour l'excursion sur le magnifique fleuve Prequiças le lendemain . Le parc est composé de milliers de hautes dunes de sables blancs , avec un paysage façon sahara , mais l'originalité vient que l'eau de pluie ne s'enfiltre pas et donc à la saison humide ( d'avril à octobre) les dunes enserrent des milliers de lacs d'eaux douces . En décembre c'est plutôt sec , mais il reste encore quelques lacs dans lesquelles on peut se baigner . C'est vraiment unique . Le soir je retrouve Guy qui est dans la pousada en face de la mienne : il me conseille pendant l'excursion sur le fleuve de m'arrêter pour la nuit à Caburé, village d'embouchure du fleuve avec la mer , magnifique selon lui .

La mangrove le long du fleuve est également impressionnante et parfois ceinturée des dunes qui tombent directement dans le fleuve . A Caburé , en dehors des quelques restos pour les excursionnistes à la journée , il n'y a que des baraques de pêcheurs en bois , et trois pousadas . Une fois le bateau reparti , j'ai l'impression d'être le seul touriste ici , d'autant que je suis le seul aux repas … Je choisi un bungalow face à l'Océan, l'aubergiste me prévient qu'il y a du vent . Pas grave , je ne reste qu'une nuit . Je me balade le long de la mer très chahutée, trouve quelques dunes et surtout des ânes portant la croix de Saint-André comme j'en avais un quand j'étais petit . Ici c'est un peu le paradis des ânes : il n'y a personne qui vient leur mettre un truc sur le dos et parfois en troupeaux nombreux , ils me regardent vraiment avec l'air de s'interroger sur ma présence, d'un air , genre, c'est moi l'âne . Et c'est un peu ce que je me suis dit le lendemain après une nuit de tempête pendant laquelle le vent hurlé en sifflant dans le bungalow , et après avoir errer le matin pendant au moins une heure à travers une lande sablonneuse avant de voir au loin quelques dunes . Et en plus j'ai failli resté coincé dans ce trou perdu une journée de plus , mais heureusement il restait une place sur le bateau du retour .Bon , Caburé,  c'était plutôt chiant : les conseils des autres , il faut parfois les mesurer à la lumière de ses propres goûts .


Au bourg, l'agence de tourisme m'a trouvé un chauffeur pour m'amener demain à Jericoacoara en 4X4 . Avec Dudu , le chauffeur , on part à 6 heures du mat . D'abord 3 heures de quatre roues motrices pour rejoindre la ville de Tutoia , à travers la vraie cambrousse et des pistes de sable. Quelques habitations par-ci par-là . Les habitants semblent pas mal métissés indiens-blancs , ou indiens-noirs. Enormément de petits enfants . De l'agriculture de subsistance : un cochon , du manioc , des cocotiers . Ca m'a toujours étonné de voir que l'être humain est allé s'installer et , surtout,  est resté dans des endroits aussi reculés et peu faciles d'accès . On s'arrête pour un café bien sucré dans un bourg , l'autre client présent et le patron ont l'air d'avoir la cachaça qui coule de leur yeux tellement ils en sont imbibés . Arrivé sur la route et après avoir passé le fleuve Parnaiba , là , la végétation change complètement : c'est sec et parfois c'est vraiment la sécheresse, tous les arbustes sont crevés . Paysage désolé . On prend Marco Tulio au passage . Puis route vers Jeri en suivant d'abord par la piste la route qu'ils sont en train de construire en surplomb , puis en longeant la mer . Onze heures de 4X4 : moulu le gars !

Dudu m'emmène faire le tour des pousadas de ses amis et j'en choisi une pour routard dans une petite cour arborée .

Petite sieste sur le lit : je me réveille à 2 heures du mat ! Réveillé à la fois par la faim – j'ai rien mangé depuis le midi – et surtout par la musique de la boîte à Forro qui a l'air d'être dans ma chambre . L'heure tardive ça tombe bien , les nuits de Jeri , avec sa clientèle internationalo-brésilienne , sont très réputées , et commencent tard .  En sortant dans la rue , je tombe comme extraordinaire sur Marco Tulio qui me dit et me montre que , non , ce n'est pas encore l'heure du forro ( dont il est friand ) , car pas un chat dans la boîte . Je pousse à travers les trois principales rues sabloneuses du village jusqu'à Planet Jeri que m'a conseillé Rodolphe par mail quelques jours plus tôt : là c'est la fiesta, bar en plein air ,musique live rock brésilien, clientèle de trentenaires européens ( italiens surtout, puis allemands et scandinaves, peu de francophones ) . Quand je reviens vers 3 H du mat à l'auberge , les danseurs sont en train d'arriver à la boîte à Forro . Moi je suis cassé, et me recouche .

A la table du petit déj , specimen typique de Jeri en même temps que moi : homme , jeune , blond , sportif, et plutôt peu ouvert à la discussion ( avec écouteur sur les oreilles : bonjour l'ambiance ) . A Jeri , en fait j'ai pratiquement rencontré personne à part les brésiliennes, toujours avenantes envers les étrangers, qui ont fait avec moi l'excursion au lac de Tatajuba aux eaux bleues laiteuses : ici les amis de Brice de Nice viennent du monde entier pour faire du sport entre potes et sont donc peu enclins à rencontrer des voyageurs extérieurs à leur groupe. Par exemple à midi , le village est désert , ils sont tous partis un peu plus loin en buggy , faire du Kite-Surf, du Wind-Surf ou du Suf tout simplement , sans rien devant . Ca farte un max à Jeri !!!!


Donc je passe mes journées à me balader , un jour à gauche , un autre à droite : et il y a de quoi faire ! Les paysages sont vraiment magnifiques et plutôt variés . J'ai un peu de mal à me poser , donc le soir je suis encore crevé . Sur la plage après le traditionnel couché du soleil en haut de la dune de Jeri , des démonstrations de capoeira vraiment très très physiques . Puis petit resto sympa avec musique live .

Pour quitter Jeri et rejoindre la métropole de Fortaleza c'est plus simple que pour y arriver dans cette direction là , bien que … J'expérimente un nouveau moyen de transport , pour moi : la jardinière ! On part de Jeri vers 22 heures 30 dans cet sorte de camion militaire ouvert à tous vents qui écrase les dunes sur son passage : quand même 90 minutes pour faire 15 bornes environ … Puis bus de nuit , le pire que j'ai eu jusque là : le siège ne s'incline pas et les genoux rentrent dans le siège d'en face . Mais , je dors quand même ! Et à 5 H du mat arrivée à Fortaleza . Voulant éviter la ville , je reste à la Rodoviaria , la gare routière , et je prend le premier bus pour Canoa Quebreda , la plage la plus connue de l'Etat , le Ceara , à quelques heures . Mais là-bas les hôtels se révèlent peu abordables alors que la petite cité balnéaire ne m'enchante guère : bien qu'il y ait ses falaises rouges le long de la plage, ce qui est fait sa particularité , celle-ci n'a plus de sable fin : celui qui reste est battu par la mer . Les vacanciers ( parce que maintenant ça y est, tous les brésiliens , et l'hémisphère sud en général, sont en vacances , et ça change pas mal les choses ) aiment s'entasser alignés dans des chaises de plages , sous parasol, avec à portée de main une noix de coco à siroter ( coco verde ) ou , surtout , une bière glacée ( skol, bohemia ou antartica), et de l'autre main un coxinha ou un kibe bien fris à grignoter . Ce schéma peut être reproduit dans toutes les villes balnéaires familiales . Un peu plus loin , il n'y a souvent personne , mais aussi plus rien à boire ni à manger …

Donc je décide de retourner à Aracati , la petite ville proche de Canoa pour prendre un nouveau billet pour le bus de nuit : les cocotiers m'appellent, au loin les plages de l'Etat de Natal . J'en ai marre des plages minérales ! Je dépose mon sac à la gare routière et reviens ensuite passer la journée à la plage . Le bus étant à minuit et le garde-volumes fermant ses portes à 22 heures , je suis de retour à la gare routière d'Aracati . C'est samedi,  donc beaucoup de monde dans les restos et les bars de rue . Au resto , et pour faire passer le temps ( 2 heures 30 quand même avant le bus ), j'étire le repas en peaufinant mon apprentissage des telenovelas les plus regardés du pays, celle de TV globo . En réalité , on ne peut louper , à un moment donné ou un autre d'un voyage au Brésil,  de regarder quelques minutes,  ou quelques heures si on est accroché,  ces programmes ( parfois la vision des images suffit à comprendre la trame ) : partout , dans chaque chaumière, au resto , au bar , un poste est allumé à l'heure fatidique . Donc ce soir c'est d'abord « Tres Irmas » qui se passe dans une région de surf la telenovela pour les jeunes , puis le journal télévisé national , puis « O Favorita » LA telenovela par excellence , celle qui fait un en-cars en première page des journeaux du lendemain quand il s'est passé un truc vraiment dingue, comme l'autre jour, quand l'horrible Flora a fait littérallement mourir de peur son ennemi ( avec sa robe maculée de faux sang?) , puis Zorra , un émission à sketchs avec des comiques , où il n'était question à toutes les phrases que de Natal ,Natal , Natal ( noêl ) !!!!!! D'habitude à la même heure , en semaine , il y a Pantanal, autre telenovela , qui se passe dans ladite région de marais, à l'ouest du pays . Depuis quelques années les programmateurs ont décidés de faire raconter des histoires qui se passent dans des coins du pays afin de développer le tourisme local , après le succès d'une série où le parc lençois était au générique . Mais la telenovela la plus pure c'est quand même O Favorita : que des plans serrés des visages , roulements d'yeux et nez rouges qui coulent pour les filles de rigueur ( à force de pleurer de joie, de rage ou de tristesse surtout), l'action doit être racontée dans les dialogues,  qui sont constants , je présume. Arrive minuit passé à discuter avec un jeune hollandais , rencontré quelques minutes avant à la gare : il donne ici des cours d'anglais , mais je le comprend vraiment mal à cause de son accent : c'est chouette , les petits brésiliens ils causeront l'anglais avec l'accent hollandais ! Super utile !!!

Je m'endors direct dans le bus .

 


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