LES AVENTURES DE MILDRED ET SANTIAGO A LA RECHERCHE DE LA VISCACHE CHILIENNE CACHEE - 22/01 -06/02/2009

Publié le par matthias

Viscache : petit mammifère rongeur d'Amérique du Sud apparenté au chinchilla et recherché pour sa fourrure. On l'appelle aussi lièvre des pampas. Les viscaches  ont de longues oreilles semblables à celles des lapins et une longue queue ressemblant à celle des écureuils.

 

Après ses 15 heures de vol , je récupère Gwen en provenance du Pays du Froid et de la Grève , direction l'hôtel Bellavista,  situé au coeur du quartier homonyme ,  le plus festif de Santiago . Ce lieu , c'est un vrai rendez-vous de routards du monde entier avec une déco démente faite de tableaux accumulés aux murs   . Idéal pour faire des connaissances ( Julia la française , Meredith l'américaine  ), et super cool  . Voir trop cool : c'est l'inconvénient . La nuit dernière a été typique de ces endroits : dans mon dortoir , les occupants font des vas-et-viens tout au long de la nuit , départs et arrivée nocturnes , discussions de salon à 4 H du mat sous mon lit superposé, etc, etc .
 Récupérant de ma nuit mouvementée et Gwen de son très long vol , objectif  : la sieste . Objectif réussi après avoir fait un  arrêt pour déj au Venezia , l'un des restos préféré de Pablo Neruda dans le quartier , première étape de notre Pablo Neruda Tour , qui se cumulera avec un Chileno Gastronomia Tour !

Pablo Neruda , j'avais lu son autobiographie , J'avoue que j'ai vécu , il y a quelques mois : témoin actif du XXème siècle , c'est un très grand poète moderne , prix Nobel de Littérature , communiste chilien durant la Guerre Froide , très bon vivant , amateur de belles choses et de belles femmes , diplomate, ami de tous les grands acteurs et compagnons de route du Bloc soviétique . Un type et une vie vraiment extraordinaires ! Laquelle suit celle de son pays .



Avec Gwen , on visitera ensuite sa maison de Santiago , la Chascogna , soit « l'Ebouriffée » , en hommage à sa 3ème épouse , puis sa maison de Valparaiso , la Sebastiana. A chaque fois des lieux uniques et hypers personnalisés,  qu'il construit lui-même en prenant les bateaux comme modèles , avec une décoration intérieure flamboyante,  faite d'assemblages d'objets personnels offerts lors de ses déplacements dans les pays de l'Est , ou bien chinés dans les pays où il occupa un poste diplomatique ( Ceylan , Indonésie , France ,  …) ou dans ceux où il est soumis  à l'exil ( suivant les gouvernements en place dans son pays ) . Un vrai collectionneur . Ces lieux sont également liés à l'histoire tragique de la Démocratie dans son pays . Dès les premiers jours du Putsch Militaire du 11 septembre 1973 , au terme duquel le Général Pinochet prendra le pouvoir avec l'aide très active de la CIA - et le gardera  jusqu'en 1990 -,  des militaires détruisent et mutilent les maisons d'un des symboles du pouvoir renversé : Pablo , bien que communiste , était un des grands amis du Président Allende , socialiste , acculé au suicide . Pablo, lui ,  meurt de chagrin de voir la Démocratie ainsi annihilée ,  quelques jours plus tard seulement . 

Aujourd'hui que la Démocratie est revenue , Pinochet mort,  mais sans avoir été jugé ,  les langues se sont déliés sur lui et son régime policier . Allende a été réhabilité ( beaucoup d'affiches le représente, statue), mais le guide chilien de la Chascogna nous prévient tout de même que la Démocratie est encore fragile , et que les militaires peuvent encore revenir... Quoiqu'il en soit  , l'actuelle large coalition socialiste-centre gauche,  avec à sa tête la présidente Bachelet , va vraisemblablement perdre le pouvoir au profit d'un retour de la Droite , selon les derniers sondages .

L'économie du pays , considéré par ses voisins comme la Suisse de l'Amérique du Sud , est toujours ultra-libérale ( héritage de Pinochet, non remis en cause lors de la transition démocratique ) et la croissance est toujours là , jusqu'à maintenant : grand pays minier ( cuivre, or, argent, lithium , …) , et grand producteur et exportateur agricole et vinicole , il est aujourd'hui soumis aux fortes variations des matières premières .  Vu de Santiago , le pays présente un visage très occidental . Pas de favelas le long de la route de l'aéroport  , plutôt des hangars de sociétés exportatrices .

Le premier soir , on retrouve Gisèle et Luis ,  les parents de notre amie Alexia ( papa chilien et maman française) en vacances ici pour venir voir leur fils Fabrice, établi à Santiago  . Au resto , cours de traduction expresse des principaux mets chiliens ,  et grande découverte  :  une multitude de plats de fruits de mer et de poissons , 4500 km de côtes obligent . Ce ne sera donc pas poulet et riz tous les jours ! Loin de là …

Un petit tour à Santiago et déjà direction Valparaiso , le mythique port du Pacifique , qui a vu descendre sur ses quais des centaines de milliers d'immigrants venus d'Europe tenter leur chance,  il y a plus de 100 ans , sur cette terre du Bout du Monde . A Puerto Natales , j'avais croisé des membres de la famille Peppelin ( de Savoie et du Val d'Aoste), qui venaient retrouver les descendants de leur ancêtre commun, inscrit sur les Registres du port .

Sur les nombreuses collines , dénommées cerros ,  se sont accrochées des maisons de bois recouvertes de tolles peintes multicolores, autrefois sans doute insalubres et aujourd'hui devenus très touristiques et arty ( Cerro Alegre et Conception ) .

 Aux heures les plus chaudes, le cri des mouettes me berce , dans la chambre , ouverte sur le ciel .

 On croise Gurval,  - un jeune breton qui vient de se faire braquer son sac à dos exactement à l'endroit où les guides indiquent de ne pas s'aventurer -  ainsi que Laurent , Thomas et Céline, trois cyclo-touristes savoyards,  qui viennent de remonter le Chili depuis la Patagonie, et se posent un petit peu ici avant de reprendre la dure route , en ce qui concernent les deux derniers , époux à la ville . Céline , ex-clerc de notaire à Aix les Bains , a même lesté son bagage d'un «  Morin » , avis aux connaisseurs … Moi , mon sac est moins lourd …

Touchant Valparaiso , la célèbre station balnéaire de Vina del Mar : alors là,  dans le genre plage à  sardines de la Méditerranée , on reproduit la même chose et on recommence : la cité est plutôt très bétonnée et sans grand charme , malgré quelques vestiges de belles villas début-de-siècle , construite par la haute-bourgeoisie industrielle de l'époque . De plus,  la mer est dangereuse et glaciale . Uniquement pour les amateurs de soleil , adepte des rayons UV dévastateurs de cette région du globe !

Un petit tour,  et on refile à Valparaiso déguster un bon Chorrillano chez J.Cruz , resto hyper typique de la Ville Basse, avec ses graffitis autographes tout le long des murs et des vitrines remplis de bibelots ultra-kitsch , ses chanteurs d'un âge canonique , ses familles   : énorme plat de frites , avec oignons cuisinés et oeufs , recouverts de morceaux de viande avec  jus de cuisson ! Dans la famille Grossebouffe, j'ai demandé le fils et la fille … Il ne reste plus qu'à trouver de nouveaux prénoms , à Gwen et à moi : ce sera pour bientôt …



Bus de nuit pour La Serena , un peu plus au Nord . Ville coloniale  agréable avec grande et large  plage de sable gris à portée de tongs . Particularité locale - et à des années lumières des bus urbains du Brésil-  en route pour rejoindre le port tout proche de Coquimbo,  le chauffeur du mini-bus laisse monter toutes sortes de quémandeurs : d'abord un ado prédicateur qui vend comme des petits pains bénis , à la fin de son sermon,  de l'image pieuse, puis deux ados rappeurs qui se la jouent beat-boxers, avec un certain talent.

La Serena est idéalement située pour admirer certaines des curiosités les plus emblématiques du pays : les étoiles et les pingouins .

D'abord les étoiles,  avec une nuit magique à l'Observatoire de Mamallucca : le Chili possède un ciel extrêmement pur et les toujours plus gros observatoires mondiaux s'y implantent pour rechercher et écouter à travers les galaxies tous signaux extra-terrestres et les origines de l'Univers ! Dans la tour du télescope on nous dévoile quelques mystères qui ne sont visibles , pour partie , que depuis l'Hémisphère Sud : les nuages de Magellan, une sorte de trou noir, Saturne, Orion . En quelques heures , Docteur G ( Gwen) devient astronome émérite !

Les pingouins , ils se nichent  au large de Punta Churros , avec tous les autres amis de Gwen   -  docteur es Zoologie ( elle terminera bientôt son Doctorat dans le Désert ...) - :   lions de mers ,  pélicans , mouettes ,  otaries et  dauphins . Encore une sorte de bout du monde, bien étrange, que l'on atteint en plus de 2 heures de pistes avec notre guide,  Santiago  . Diverses phénomènes naturels font qu'ici il n'y a pratiquement jamais de soleil , avec un brouillard d'altitude constant le jour . La mer est glacée , traversée par un courant , dit de Humboldt, passant de l'Alaska à l'Antarctique .

Derniers moments à la Serena , avec une soirée typique sur la Place d'Armes , où , comme nous , les habitants errent après diner , sans grand but,  au milieu des bateleurs : un marriachi « mexicain », des clowns ( beaucoup de succès ) , des breakers , des chorégraphies d'enfants , des vendeurs de trucs chinois qui clignotent frénétiquement dans la nuit .

Après quelques heures à la plage, on reprend le bus de nuit , mais cette fois, on se la joue Grand Luxe ! Pour les 18 heures jusqu'à San Pedro de Atacama, Gwen demande le Top du Top : le Bus Premium : soit un siège qui se transforme complètement en lit , pareil à ceux de la Classe Affaires des avions que tout le monde lorgne en sortant de l'appareil avec une certaine pointe de jalousie après avoir passé la nuit serré et rangé comme un maquereau dans sa boite alu,  en Classe Eco .

On nous sert du Thé dénommé Mildred , et on nous passe deux fois de suite  le même film ( …) . Ça s'appelle Gol ( soit Goal en français) , l'histoire de l'ascension d'un joueur de foot , dénommé Santiago,  depuis la banlieue de Los Angeles jusqu'à la 1er division anglaise . Un peu neu-neu , le gars , quand même , pas gaté par le scénar : «  Héééé Santiaaaaaagooooooo ! , tu sais pas jouer sous la pluie de chez nous parce que chez toi il y a que tu soleil ? Ah , Ah , Ah !!! » . Et surtout on nous gave d'épisodes de « Buffy contre les Vampires » , vraisemblablement en doublage pirate tellement les voix sont ridicules , et d'épisodes de caméras cachés , dont tous les transporteurs locaux semblent unanimement friands pour leurs passagers ( dans tous les bus chiliens et les vols intérieurs j'ai eu droit à ces caméras cachés plus ou moins drôles , produites au Québec ) .

Je ne sais pas si c'est le Thé Mildred , ou un épisode trop complexe de Buffy  qui est mal passé , comme celui où une Pom-Pom girl voit ses pompons mystérieusement s'auto-consummés, ou bien  le passage , très triste,  où un méchant joueur écrase la Ventoline de Santiaaaaagooooooo !, ou tout simplement les 18 H de bus pour monter jusqu'à 2400 mètres d'altitude,  mais,  ce matin ,  Gwen est pas trop dans son assiette de cookies . Ou bien elle est complétement dedans … Après avoir déposé nos bagages à l'Hotel , et fait une pose au stand d'empanadas ( chaussons fourrés à toute sorte de trucs locaux ) , le temps que j'aille commander notre repas , elle me raconte , la joue collée de miettes  laissées sur la table par l'empanadas du client précédent , qu'elle vient de  faire un micro-malaise et donc ne se sent vraiment pas bien !



Docteur G , médecin spécialiste , rend son auto-diagnostic après s'être auto-consulté : insolation au soleil de la veille , quand j'ai voulu la faire marcher sous le cagniard de 16 H pendant 3 malheureux kilomètres … La pôve cocotte est toute blanchasse et a l'oeil droit tout gonflé : «  mais si Matthias j'ai l'oeil énorme, regarde ! - Mais  non , non , moi je vois rien , ça va passer ... »  . Moi , c'est le Docteur Couet ...

Direction la chambre , sous la très grosse chaleur sèche de San Pedro . On y arrive quand même sans nouveau malaise , et hop au lit, repos jusqu'à demain  ! Moi je pars repérer les lieux et les multiples excursions à prévoir pour les jours suivants quand ça ira mieux .  Et dès le lendemain , ça va , ouf ! Donc on enchaine les must-see du coin , vendus par le bien- nommé … ? Santiaaaaaaagoooooooo ! A croire qu'ils s'appellent tous comme cela . On se rebaptiste donc Mildred et Santiago Grossebouffe !

On adore tout ce que l'on voit : immensités minérales et silencieuses de l'Altiplano Chilien et Bolivien, salar du désert de l'Atacama , geysers au milieu du givre du petit matin ,  les très bien nommées vallées de la Mort et de la Lune, les lacs immenses aux eaux d'un bleu profond dans lesquelles se reflètent un ciel tout également bleu et sans fin . D'autres lacs,  tout aussi verts ou rouges que leurs voisins sont azurés . La faune ne s'en laisse pas compter non plus parmi toutes ces merveilles : diverses familles de flamands roses avancent nonchalamment au milieu des eaux,  miroirs de leur fantastique environnement;  des vigognes s'élancent , graciles , à notre approche; de paisibles lamas à l'épaisse laine paissent tranquillement le long des ruisseaux d'eau douce des quelques vallées fertiles . Un zorro , le renard des plateaux,  arborant un pelage bien noir , est aperçu par Gwen . Mais pas de belles petites viscaches à l'horizon : bien maligne , elle sort principalement  la nuit , mais nada ,  et c'est pas faute de s'être levé  trois fois pour 4 ou 6 Heures du mat ...

En conclusion : ici tout est MA-GNI-FI-QUE !

Et cette suffocation devant tant de beauté de la Nature est pleinement accentuée par une vrai suffocation naturelle ,  physique cette fois. Avec des cols andins à plus de 5000 mètres ,  l'oxygène est rare et les maux de tête peuvent être récurrents : c'est le mal de Puna , qui peut être fatal pour certains,  nous raconte le guide , qui s'appelle ? Santiago ? Non , car il est bolivien , donc ce sera Filemon ! De plus , Filemon il sait,  comme Docteur G  mécanicienne , à quoi servent les pièces de son moteur de 4X4: c'est bien utile quand après avoir calé ,  il faut le démonter pour laver les pièces à plus de 4800 mètres, parce que la combustion n'arrive plus à se faire et que le soleil est au zénith ...

Le mal de Puna  peut provoquer le délire du sommet , et donc pas la peine d' imiter Carl Lewis pour aller chercher des secours à plus de 5000 mètres,  ou bien on n'est plus là pour témoigner de son record . Je surveille alors Gwen du coin de l'oeil... Mais elle est bien sage ! Sauf que c'est moi,  pendant la nuit suivante,  qui commence à psychoter avec une sensation de manque d'oxygène .  Mais tout rentre ensuite dans l'ordre après un petit tour au clair de lune sous la vertigineuse voie lactée .

A San Pedro de Atacama , on a la chance également d'assister au défilé des habitants en l'honneur de Notre Dame de la Candelaria : une sorte de carnaval andino-chrétien, au cours duquel différentes processions composées d'indiens de tous  âges, circulent à travers le village , accompagnées chacune de sa fanfare , en direction de l'église . La figure de la Vierge est très présente et honorée ici, rappelant ainsi le culte  ancestral de Pachamama, la déesse Terre , adorée avant l'arrivée des conquistadors . La fête est vraiment très importante pour les communautés locales, c'est l'Evêque lui-même qui le dit ,  célébrant la messe au milieu de dizaines d'indiens avec costumes de plumes multicolores, de masques de dragons, et autres  tuniques d'ours ( sous lesquelles les pauvres participants semblent fondre littéralement ). Au sortir de la petite église, les différents groupes réalisent chacun, au son de la grosse caisse et des trompettes ,  une chorégraphie lancinante à la limite de la transe tellement elle est répétitive et paraît sans fin tout le long de la journée .  Encore une référence au chamanisme des indiens  nous apprend la petite virée au musée local , rempli de tablettes et de pipes à substances hallucinogènes … Substances qu'avaient sans doute prisées notre guide avant le départ à 4 Heures du mat pour les Geysers del Tatio, quand , après nous avoir patiemment expliqué que cette balade au milieu de ces cocottes minutes terrestres peut s'avérer fatale si la croute de roche est trop fragile ( en gros,  le touriste est métamorphosé en poulet bouilli en quelques secondes ) , il nous demande de rejoindre à pieds le mini-bus et le petit-déj ( la carotte), en devant passer , en pleine nuit,  à travers les fumeroles et les cônes fumants et glougloutants de la terre en fusion. Séquence frisson  !!! En plus à – 5 °C !!!

 

Je quitte la région , en me disant que , c'est certain , je reviendrai pour mieux admirer la Bolivie et les pays voisins,  une prochaine fois . Les Incas et les mystérieuses cités andines attendront , car un autre mythe est maintenant à portée : la prodigieuse Ile de Pâques !

PS : le docteur G me demande de préciser à l'intention de sa famille et de ses amis que ce texte a été évidemment préparé en commun avec le docteur M !!!

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Commenter cet article

benjamin 14/02/2009 09:11

Un pingouin, docteur G, des étoiles....
Ouhaaaaaa

Arnaud et Val 12/02/2009 22:07

He Gros Loup ! Ca gaze la bas loin de nous ? Tu nous appelles quand sur Skype ? A bientot

Gisele et Luis 11/02/2009 18:45

Cela nous rapelle notre voyage et nous donne envie d'y retourner ...

Delphine R 11/02/2009 15:16

Hello Mathias, Contente de voir que ce tour du monde se passe bien, à bientôt, D.