LES MOAI MAGNETIQUES 07-11/02/2009 -

Publié le par matthias

Personnellement je pensais que je ne verrais jamais l'Ile de Pâques .

Trop loin , trop compliqué, trop isolé .

Et puis non !!!

C'est la magie du « pouvoir Â» et du « vouloir Â».

Après un passage de quelques  jours sur l'Ile , celle-ci nous apparaĂ®t maintenant beaucoup moins mystĂ©rieuse Ă  Gwen et moi . Sauf qu'en contrepartie elle nous a complètement envoutĂ©..

Tout y est , littĂ©ralement,  extra-ordinaire : l'Histoire grandiose , puis catastrophique,  de sa civilisation , sa situation Ă  l'Ă©cart Ă  plus de 3000 km de tous autres lieux d'habitation,  ses fiers statues Moai, ses rites anciens remis au goĂ»t du jour , ses paysages de landes herbeuses  pouvant faire penser Ă  l'Irlande .

J'apprends une foule d'informations relatives Ă  l'Ile , en particulier historiques, dans les livres et de la part de Lionel, notre guide-hĂ´telier français , quand, il   ne perd pas le fil,  très fragile,  de ses idĂ©es .  J'ai dĂ» fortement rĂ©frĂ©ner ma manie de couper la parole Ă  tout bout de champ...

Il y a certains points qui m'ont vraiment beaucoup frappé dans l'Histoire des Pascuans .

Grandeur et DĂ©cadence d'une civilisation .

Je vais donc   mettre mon costume de Docteur M et vous les conter rapidement !

L'Ile a Ă©tĂ© colonisĂ©e par des PolynĂ©siens venus  des Marquises Ă  compter du 4ème siècle après J-C . ArrivĂ©s sur ce petit bout de terre d'une vingtaine de km de diamètre,  très pourvu en palmiers, les premiers habitants apportèrent avec eux,  sur leurs grandes pirogues capables de traverser des ocĂ©ans entiers , de quoi subvenir Ă  leur alimentation en viande . poules , chiens et rats .



Une mĂŞme civilisation complexe se crĂ©e entre les diffĂ©rents villages de l'Ile . On s'accorde aujourd'hui Ă  dire que les statues gĂ©antes, les moai, de plusieurs mètres de haut et de plusieurs centaines de tonnes parfois ,  alignĂ©es et tournant dos Ă  la mer dans ces principaux villages ,  ne reprĂ©sentent pas des dieux mais des ancĂŞtres glorieux et protecteurs . Elles pouvaient ĂŞtre dĂ©placĂ©es depuis leur unique carrière d'extraction sur plusieurs kms , vraisemblablement en les faisant pivoter très lentement sur elle-mĂŞme ou sur ces rondins de bois . Le transport pouvant durer alors des annĂ©es . Et ainsi occuper une grande majoritĂ© de personnes . 

La dĂ©couverte de l'Ile par  l'Occident a lieu seulement Ă  partir de la seconde moitiĂ© du 18ème siècle . Notre Bougainville national est Ă©galement passĂ© par lĂ  .

A cette Ă©poque les navigateurs observent qu'entre deux de leurs passages , des rangs entiers de statues sont renversĂ©s , face contre terre . C'est une pĂ©riode de guerre tribale entre les villages .Les arbres sont Ă©galement devenus extrĂŞmement rares . La population pourrait avoir subi de fortes sĂ©cheresses. Quoiqu'il en soit la civilisation des Moai est en pleine dĂ©cadence , complètement remplacĂ©e par le culte de l'Homme-Oiseau ( sorte de mĂ©diateur nommĂ© annuellement, après une compĂ©tition sportivo-mystique ,   favorisant alors un retour Ă  la paix civile), quand arrive du PĂ©rou dans les annĂ©es 1860 , des bateaux-pirates esclavagistes qui emmènent de force Ă  leur bord les trois quarts de la population , dont l'ensemble de l'Ă©lite religieuse dĂ©tentrice du savoir ancestral , en direction des carrières de gouano sur le continent .


A cette Ă©poque , Pâques Ă©tant tellement isolĂ©e et loin de tout , aucun des Ă©tats europĂ©ens en pleine quĂŞte coloniale dans le Pacifique ne s'y intĂ©resse . La France refuse mĂŞme par deux fois la demande de protectorat des  Pascuans...

Certains des pirates sont faits plus tard prisonniers en PolynĂ©sie et c'est lĂ  que l'on apprend le « kidnapping Â» des pascuans . L'EvĂŞque de Papeete fait jouer ses relations diplomatiques , ce qui permet la libĂ©ration des survivants . Quelques dizaines  . Lesquels emportent avec eux,  varioles et autres infections , terminant ainsi pratiquement complètement  l'Ă©radication de la totalitĂ© de la population . De plusieurs milliers d'habitants avant l'arrivĂ©e des pirates pĂ©ruviens , les pascuans ne sont plus qu'une centaine une dizaine d'annĂ©es plus tard !

Leur civilisation est dĂ©finitivement morte , et les missionnaires protestants anglo-saxons qui Ă©vangĂ©lisent tout le Pacifique Ă  cette mĂŞme Ă©poque ne trouvent aucune rĂ©sistance Ă  l'adoption du culte chrĂ©tien,  quand ils dĂ©barquent .

Mais le malheur des pascuans n'est pas fini !

Le Chili finit par revendiquer l'Ile vers 1888 mais ne l'occupe pas et prĂ©fère la concĂ©der Ă  une entreprise d'Ă©levage de moutons britanniques . Lesquels broutent sur  l'ensemble des terres,  et la population est,  elle, vĂ©ritablement parquĂ©e dans un seul village . Aucune libertĂ© pour sortir du village sans l'autorisation du gouverneur . A la fin de la concession , ce sont les militaires chiliens qui prennent la relève jusque dans les annĂ©es 1960 , date Ă  laquelle les pascuans ont alors  seulement le droit de circuler librement et d'exploiter les ressources agricoles de leur Ă®le !

Aujourd'hui la population est d'environ 4000 personnes dont  les Âľ de natifs .

Quand on pense que sans la venue hasardeuse de ces navires esclavagistes,  Ă  une Ă©poque oĂą la France et la Grande-Bretagne avaient dĂ©jĂ  aboli l'esclavage,  la culture et les traditions de l'Ile de Pâques seraient connus de tous , cela fait relativiser de la force et fragilitĂ© relative des Civilisations humaines .

Et il n'y aurait alors plus aucun mystère .


 

Avec Gwen , on arrive en pleine fĂŞte du Tapati. Le grand Ă©vĂ©nement annuel . Pendant une quinzaine de jours , les pascuans essayent de faire revivre certaines de leurs coutumes , de les transmettre aux gĂ©nĂ©rations suivantes et de les faire partager avec les touristes : descente de montagne sur tronc de bananiers, triatlon  dans un cratère de volcan, concours de natte tressĂ©e , concours de chant et de danse, lancĂ© de javelot avec pierre taillĂ©e, etc  . Les villageois sont divisĂ©s en deux Ă©quipes soutenant chacune une jeune Miss .

On loge un peu Ă  l'Ă©cart du village , chez Lionel et son Ă©pouse pascuane Tita , avec une super vue sur la mer au loin : c'est bien tranquille .

On fait la rencontre de Malau et Serge , puis MĂ©lanie , dès le premier soir . Lionel faisant guide en Français dans le texte , il truste chez lui pas mal de frenchies qui dĂ©barquent . Bon, avec  Lionel et Tita , c'est pas la franche rigolade ; perso , Gwen y arrive mieux que moi : je ne sais pas  par quel bout les prendre , tellement ils « relancent Â» peu . Tita , qui est quand mĂŞme native de l'Ile , ne nous apprend strictement d'elle mĂŞme rien du tout : drĂ´les d'hĂ´teliers  ! La maison est un peu loin du Village , mais toute proche d'une belle rangĂ©e de moai , dont un coiffĂ© d'un  « chapeau rouge Â», plutĂ´t rare . Mais d'ailleurs qu'est-ce que la raretĂ© sur l'Ile de Pâques , me dira-t-on ? En tout cas moi je fais «  Nage avec les Moai Â» : super impression privilĂ©gière de pouvoir nager dans le Pacifique ,  avec comme toile de fond les dos des moai plusieurs mètres au dessus .

L'Ile de Pâques , destination de tour-du-mondistes par excellence . Durant ces quelques jours on rencontre plusieurs couples de français,   tous vraiment super sympas , qui font Ă©galement un petit tour de la Planète . Malau et Serge venait seulement de commencer leur simili-voyage de noces , bien partis sur le thème de l'humour  et la bonne humeur communicative Ă  tout crin . Puis rencontre avec Sophie et Arnaud , super cool eux aussi et sans date de retour prĂ©cise ,  lors de notre dernier jour guidĂ© par Lionel – le lendemain jour de mon dĂ©part  en soirĂ©e ,   on louera un petit 4X4 , pour se faire notre propre best-of de nos coins prĂ©fĂ©rĂ©s de l'Ile;  auto magnifiquement conduite par Gwen , retrouvant ainsi tous ses rĂ©flexes de conductrice accompagnĂ©e dans le Finistère Centre  - , avec passage Ă   la mythologique et magnifique plage du nord de l'Ile et Ă  la non-moins Ă©vocatrice et extra-ordinaire carrière des moai ,  laissĂ©s en plan par  dizaines , soit sur le lieu d'extraction soit Ă  quelques mètres de lĂ  . Hyper envoutant ( je l'ai dĂ©jĂ  dit , je crois ) . C'est vraiment très difficile de dĂ©crire ses sensations devant ce mĂ©lange de beautĂ© brut et d'Ă©trangetĂ© : ces lieux , cette Ile, sont uniques au Monde , tout un chacun le sais depuis son enfance . Sauf , que quand on vient ici , on ne sais pas trop ce que l'on va trouver , et les premières heures , après l'accueil avec les colliers de fleurs , la traversĂ©e du petit village ouvert sur le Monde , la petitesse apparente de l'Ile , on pourrait croire et avoir peur d'ĂŞtre déçu,  en dĂ©finitive . Trop d'attente tuerait l'Ile ?

Pas en ce qui me concerne en tout cas . 

Et mĂŞme si on connait maintenant,  avec les dernières recherches archĂ©ologiques , les grandes lignes de l'Histoire locale,  levant le voile sur beaucoup de ses mystères, il n'en demeure pas moins , que l'aspect «  esthĂ©tique Â» ,  simplement artistique, de ces statues et  la beautĂ© naturelle des   lieux oĂą on les trouve – quelle ait Ă©tĂ© redressĂ©es ou laissĂ©es par terre – est renversant . Boom  , je suis tombĂ©!

Tous les endroits oĂą l'on croise les moai – bord de falaise , plaine herbeuse , plage paradisiaque, roches ciselĂ©es, ...-  me magnĂ©tise et je ressent toujours pas mal de difficultĂ©s Ă  devoir les quitter , Ă  chaque fois . Ainsi aimantĂ© , chaque visage me semble revivre derrière la pierre , avec son expression propre . Je capture ces tĂŞtes sous toutes les coutures : de face , profil , d'en bas , de derrière , photos de groupe ou portrait : c'est compulsif .

De manière gĂ©nĂ©rale , je pense que le grand succès de ces statues , dans notre monde actuel vivant en accĂ©lĂ©rĂ©, tient Ă  leur simplicitĂ© visuelle , Ă  ces corps « troncs Â» assez riches pour  devenir Ă©vocateurs de dizaines de choses diffĂ©rentes pour chacun . Telle une icĂ´ne paĂŻenne ancestrale .


 

Direction Papeete ,  de mĂŞme peuplement polynĂ©sien que le peuple pascuan ,  je repars comme convenu de l'Ile avant Gwen, laquelle est quand mĂŞme un peu dĂ©confite de rester ainsi seule . Mais bon , je la laisse entre les mains de mamies et papys made in France  . En effet la moyenne d'âge est tombĂ©e de 30 ans dans la nuit ! Deux couples cheveux blancs sont maintenant arrivĂ©s chez Lionel .  Sauf que les  mamies ne disent pas merci et se rĂ©vèleront par la suite,  pour les deux derniers repas du soir de Gwen,  ĂŞtre des mamies flingueuses . D'abord et surtout entre elles , avec quelques dommages collatĂ©raux pour Gwen . Mais elle s'en sortira indemne, car c'est une championne du Monde  !

 

Je tiens Ă  prĂ©ciser que ce texte  n'a Ă©tĂ© vraiment pas simple Ă  rĂ©diger , d'oĂą certainement un manque de fluiditĂ© Ă  la lecture …

RĂ©daction par morceaux .

 

En fait , les Ă©tapes s'accĂ©lèrent maintenant,  et je commence vĂ©ritablement Ă  zapper les pays, comme prĂ©vu dans mon  programme . 

Mais comme je suis tout accaparĂ© Ă  m'imprĂ©gner Ă  fond , dès les premiers instants d'arrivĂ©e , de chacun de ces territoires , de leur histoire passĂ©e et prĂ©sente, de leurs habitants, par mes lectures et mes rencontres avec les locaux , le temps file et la masse d'informations que j'obtiens un jour s'ajoute Ă  celle,  toujours nouvelle,  du lendemain . Et c'est d'autant plus difficile ensuite quant le pays a changĂ© , « d' y revenir Â» .

Et si la météo pouvait m'aider : mais non , il fait toujours beau !!!! ou presque .

Je ne vais quand mĂŞme pas bouder un lagon ultra-bleu ou une belle balade au Royal Garden qui me tend  les bras . 

Je termine ce texte alors que cela fait déjà plusieurs jours que je suis à Sydney la magnifique Anglo-Saxonne , et que je viens de passer une bonne dizaine de jours mythiques sur trois Iles Polynésiennes .

 Et dans trois jours je serais Ă  Singapour , accueilli par les parents de Morgane , puis quelques jours Ă  Kuala Lumpur pour taper la bise Ă  Sarah, et enfin direction Bangkok en Thailande oĂą Virginie me rejoint pour 3 semaines depuis la Froide France , afin de dĂ©couvrir Laos puis Cambodge . Vaste et très rĂ©jouissant programme , n'est-ce pas ?  Et c'est pas fini ...

 

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Gisele 02/03/2009 16:44

Merci de me rajeunir de deux ans !!! moi je n'ai pas eu la chance d'assister à la fête, mais les MOAIS étaient bien présents ...
Continue Ă  bien profiter de ton merveilleux voyage ....