13/03 - 25/03/09- LA BOUCLE BOUDDHISTE - PART I

Publié le par matthias

 

 

Bienvenue à Routard-Thaï-Land .

Apparemment certains n'ont pas continué leur périple à travers la Route et se sont arrêtés définitivement dans ce périmètre réduit aux alentours de la Khao San Road , Bangkok .

Mon guide a pris les traits d'une très charmante et jeune allemande, Julia, qui s'est assise à côté de moi dans le bus de transfert depuis l'aéroport . Elle revient dans la région pour quelques semaines et pour la seconde fois après son Tour du monde effectué il y a près de deux ans .

C'est la nuit , et dans les ruelles ça grouille d'une faune extra-ordinaire de thaïs ( vendeurs en tout genre , en guoguette , ou arborant une tenue non équivoque de « professionnelles (-ls, alias Ladyboys) » de l'attrape porte-feuilles bipèdes libidineux mais pas spécialement gros ni vieux comme le veut l'association de vocabulaire) , d'insectes volants ou rampants ( grillés et assaisonnés ) , et d'occidentaux vieux et cramés ou jeunes et blonds Dans cette dernière catégorie, les derniers deviendront-ils les premiers , cela semble être l'un des secrets du philtre thaï qui rend «  happy »: le problème est de savoir en combien de temps la mutation s'opère , car les « vieux » routards ne sont pas si âgés en y regardant de plus près : ils sont plutôt usés … Par quoi exactement ? J'ai bien ma petite idée, véhiculée par la lecture de  The Beach  d'Alex Garland il y a plus de 10 ans , et la vision hollywoodienne et édulcorée, du film éponyme par ce faiseur de Danny   Slumdog  Boyle , avec le post-titanesque Leo di Caprio .

Néons aveuglants multicolores, fumées et fumets , foules, « massage, massage, Sir ? » , étals de t-shirts à l'iconographie « rebelle » pour faire comme ( le Che évidemment , une Kate Moss dite « au doigt d'honneur », etc, etc), petits restos , une table-quatre tabourets à même la route, bar-canapés de rue où s'étalent , allongés, les touristes, façon romains en pleine décadence . Un véritable concentré d'une Babylone du 21ème siècle .

En tout cas, Khao San Road mérite bien sa petite réputation de routarde sulfureuse même si tout est définitivement très formaté dans ce but là , la Bête se repaissant d'elle-même . Personnellement j'hallucine ( mais sans philtre !) surtout de cette absence totale de transition avec la voisine malaisienne, auto-déclarée vouée au business et au commerce sérieux : à l'aéroport de Penang , l'hôtesse sondeuse du ministère du tourisme malaisien ne pouvait croire que je n'avais pas fait de shopping pendant mon séjour , premier choix possible dans sa liste de questions sur les centres d'intérêts du pays . Touristiquement parlant , la stratégie de miser sa politique touristique sur la construction de malls luxueux est bien aléatoire en ces temps d'économie mondialisée mais fragilisée . J'ai coché sa case multi-culturalisme ( 5ème choix) ).

 

Mon passage à Bangkok la frénétique insomniaque n'aura duré que le temps de l'effet d'un petit psychotrope pour jeunot en manque de sensation asiatique ,et je repars dès le lendemain, au matin tôt, pour l'aéroport, retrouver mon amie Virginie qui arrive , avec une forte appétissante madeleine proustienne sous la forme d'un cochonesque saucisson made by Pierre in France, et avec ses trois semaines de vacances , direction le Laos puis le Cambodge , et, selon les possibilités restantes en fin de séjour , quelques jours sur une plage à déterminer .

Vol pour Chiang Rai , tout au Nord de la Thailande , dans la région du Triangle d'Or , trans-frontalière avec le Laos et la Birmanie .


Beaucoup de transports ces derniers jours m'ont un peu abattu , et Virginie étant en plein jet-lag, on passe donc les premières heures à se reposer sous un soleil étrange . Le premier dans ce genre depuis le début de mon voyage : un parfait disque rouge sang essaye de transparaitre derrière une épaisse brume ne ressemblant pas à des nuages mais plutôt à de la fumée en altitude .

Réveil . Direction le célèbre marché nocturne de la ville , sorte d'immense foire locale et en pleine air avec radio-crochets et tremplin pop , centaines de petites échoppes et marchands . C'est très local , à 4 millions d'années-lumière de Khao San Road la formatée , et toute la région a l'air de s'être donnée rendez-vous ce soir pour faire la fête . Foule compacte . Massage de rue par des mains expertes . Les extrémités pour moi : tête et pieds .

A quelques heures de là, le passage de la frontière thaï-laotienne se fait se fait sans difficulté aucune en traversant sur une barcasse le mythique et boueux Mékong .

Et nous voilà au fameux Laos .

Pourquoi fameux ? Parce que l'un des Etats les plus pauvres sur la planète . Parce que toujours gouverné par le seul Parti Communiste , ayant officiellement abandonné faucille et marteau dans son drapeau , et « socialisme » dans son intitulé officiel. Parce que Luang Prabang , l'ancienne capitale historique . Parce que présence coloniale française . Et parce que, surtout, aucune image du pays en tête . Une petite aventure en quelque sorte .

Là aussi , aucune transition avec la riche Thaïlande, puissance régionale du coin . Sauf qu'ici c'est seulement un pointillé sur une carte qui sépare les deux pays et non quelques heures d'avion. Comparativement le paysage qui défile devant nos yeux pendant les douzes bonnes heures de bus pour rejoindre Luang Prabang n'est plus du tout le même qu'avant la traversée du Mékong . On ressent dans l'environnement même le gouffre économique existant entre les deux pays : alors que les Thaïs semblent parfaitement maitriser leur irrigation , en pleine saison sèche , par la mise en culture de multiples plantes , arbres fruitiers , la sylviculture , les laotiens vivent, eux , au milieu d'un paysage de rizières desséchées et poussièreuses , ou bien de collines pelées d'anciennes forêts nouvellement calcinées , dont les fumées sont sans doute à l'origine du soleil rouge qui continu à nous suivre . Sec , très , très sec .

Accrochés à la crête des collines en bord de route , les quelques villages que l'on traverse semblent seulement posséder comme témoignage d'un progrès récent , l'électricité , et pour certaines familles, la lucarne magique . Pour le reste , rien ne paraît avoir bougé depuis des siècles : les maisons ne sont faites qu'en matériaux végétaux, bambous et feuilles de palmier tressées, le feu de la marmite du soir reste manuel, le petit bois qui l'alimente est transporté sur la tête de vieilles allant pieds nues . Et des enfants , partout . Tous ne sont physiquement pas bien épais , mais affichent bien une joie enfantine . Quelques stands de petits commerces vendent toujours les mêmes produits aux deux bouts du village ( ce sera pareil presque partout dans le pays) : des chips Lays , des crackers thaïs, du pepsi. Parfois quelques brochettes d'animaux griffus, quand ce n'est pas une daube du meilleur ami de de l'ami de l'homme  . D'ailleurs dès que l'on veut s'approcher d'une échoppe , la vendeuse très gentille propose automatiquement le soda US , moins les brochettes . Et repart toujours dépitée par ma négation .


Luang Prabang est une petite ville bien agréable, bâtie sur une presqu'île le long du Mékong , et on se sent privilégié de pouvoir déhambuler librement , presque sans aucune pollution sonore automobile, au milieu de ses rues et ruelles couvertes de temples bouddhiques dorées , ciselées, mosaïquées, arborées, sculptées .

Mais le Tourisme a tout de même déjà commencer à faire son oeuvre : je suis loin d'être le premier découvreur de ce monde hautement bouddhiste mais communiste, où le petit commerce est encouragé par le parti unique . La vieille ville tend à ressembler à un musée à ciel ouvert ( un temple – un bonze – une guesthouse dans une villa coloniale française – un temple – trois bonzes – un resto touristique au bord du mékong- un temple – dix bonzes – un groupe de touristes qui mitraillent ) . L'autoritaire gouvernement semble vouloir prendre les devants et éviter de se retrouver dans une situation à la Thaïlandaise où rien n'est plus typiquement thaï dans les lieux très touristiques , mais où tout est créé de toutes pièces pour satisfaire l'idée que se fait le riche client du pays visité.

Une campagne de presse rappelle à tous ( touristes et laotiens ) ce qui est permis de faire, ou non : ne pas mettre ses pieds en avant ( sous la table et devant bouddha), ne pas toucher la tête des enfants , ni qu'une femme touche un bonze , ne pas essayer l'opium offert par le paysan , ne pas prendre de photo sans autorisation des photographiés...

Pour voir les laotiens citadins vivre , il faut sortir du périmètre historique et là, c'est la folie de la circulation des deux roues . Championnat de slalom pour tous , catégories une à cinq personnes sur une moto, les priorités certainement abandonnées depuis le départ de la puissance coloniale dans les années 1950. Vient le soir, et une grande partie des scooters se dirige vers la ville ancienne , tirant des carrioles bourrées de marchandises qui se révèlent être les produits et étoffes artisanales des ethnies de la région , en particulier des tissus Hmong. Le marché artisanal se révèle grandement trop surchargé quantitativement par rapport au nombre de touristes le parcourant . Trop de foulards en soie tue le foulard en soie . Mais comme souvent dans les voyages , nous savons que nous ne retrouverons pas plus loin ces objets . Virginie passe donc à l'attaque, tous radars en action !

Autour de la ville , la présence du Grand Fleuve donne facilement accès aux villages de pécheurs-cultivateurs du limon et récolteurs d'algues ( le grand truc ici : très bon ) , de distilleurs de bouteilles whisky lao ( avec serpent à l'intérieur, façon les Bronzés font du ski) , et aux grottes sacrées remplies , elles , de centaines de bouddhas . Notre batelier , de plus en plus hilare après chaque arrêt de sa barque opportunément à quai face à un petit bar du coin , semble à la fin de la journée ne plus vraiment savoir compter le nombre de bouteilles de Lao Beer consommées en quelques heures .

Avant le départ de cette bien jolie, sereine et tranquille Luang Prabang , nous nous mettons en mode réveil du bonze laotien partant à travers les rues faire l'Aumône de sa pitance du jour . C'est une tradition, très photogénique , qui perdurent dans cette ville , voyant de longues files de jeunes bonzes parcourir les rues quand vient l'Aurore aux doigts d'or et rencontrer les croyants offrant à chacun une boulette de riz gluant , avant de rentrer dans leurs temples respectifs .


Etonnant pays communiste , où la religion et les bonzes sont vraiment sacrés et n'ont apparemment pas eu à subir le sort mortel de leurs voisins cambodgiens . De ce que j'en ai saisi , le collectivisation des terres a été une véritable catastrophe ici depuis la révolution rouge de 1975 qui a fait trébucher la royauté , et le pays s'est ensuite très rapidement, et irrémédiablement, appauvri : quelles richesses peut-on partager , quand le pays n'en produit pas ? La machine arrière a donc été mise en marche vers l'option petit capitalisme , mais sans grand succès économique . Ou bien , cette pauvreté endémique des campagnes est-elle dû au trait de caractère que les voisins asiatiques prêtent aux laotiens : leur fainéantise légendaire ? Quand le Vietnamien plante et récolte le riz , le Cambodgien le regarde pousser, et le laotien l'écoute grandir , dit le dicton .

Nous , en tant que touristes , nous n'avons jamais eu à nous plaindre d'un quelconque retard de transport ou désorganisation des prestataires .D'aucuns expats français nous ont dit que nous avions eu beaucoup de chance. L'heure de la pétanque , fin d'après-midi, est pourtant sacrée . 

Les expats nous les avons croisés à Vientiane , la capitale , au Festival de la Chanson Française , installé au bord du Mékong (nouvelle chanson française , hard-rock , electro : tous des inconnus ) . Mais au sortir de la fosse, point de salut . Samedi soir , Vientiane , c'est Ville Fantôme , dès que l'on prend la première rue à gauche !

Pour arriver jusque là nous avons fait précédemment étape au célèbre village de Vang Vieng , après un petit tour de quelques heures en bus le long de collines qui rendent bien malade le laotien lambda . J'écris célèbre , car même si , personnellement, j'ai découvert l'existence de ce lieu en tournant les pages de mon guide , d'autres centaines de jeunes venus du Monde entier ( mais surtout depuis la proche frontière thaïlandaise ) semblent en avoir fait leur base de retranchement festive en attendant le renouvellement de leur visa thaï .

Alors là , c'est l'antithèse de tout ce que j'ai dit plus haut au niveau de la gestion raisonnée du tourisme , ou bien est-ce délibérément voulu pour agir comme répulsif aux autres lieux touristiques du pays : une usine à lobotomisation du routard , vouée à la sur-consommation de bières et autres substances « happy » plus illicites et surtout au visionnage télévisuelle de LA SERIE qui aliène totalement les défenses intellectuelles du Jeune après sa journée à faire du vélo ou de la chambre à air en descendent mollement le cours d'une rivière . J'ai nommé : Friends .

Plantons le décor : une très longue et large rue unique ponctuée de guesthouses nouvellement bétonnées dans le style kitscho-romain et de bars avec grands coussins fatigués idéalement placés face à LA TELE ! Et sur les coussins nous trouvons des dizaines de jeunes , TOUS , hypnotisés par l'épisode en cours de la célèbre série avec Ross, Joey, Chandler, Phoebe, Monica , et Rachel . Mais le grand truc ici , véritablement démoniaque , c'est que plus des trois quarts des bars-resto-canapés passent la même série !!!! Le vice n'a pas été poussé à mettre en même temps le même épisode … Donc du petit-déj au couvre-feu ( existant dans tout le Laos à partir de 23 H 00), c'est la Magicienne Jennifer Aniston qui prend possession des esprits des braves routards . Chaque jour . Cette moderne Circé a un pouvoir gigantesque sur mes Compagnons de route , en attente de retrouver leur Ithaque thaï .


Et en dehors Zombie-Friends-City , quoi donc ? Une magnifique campagne à découvrir en vélo , avec ses rizières d'où surgissent , verticaux et massifs, de petits monts karsiques avec leur végétation accrochée à leurs parois abrupts , façon estampes chinoises , et cachant l'entrée d'immenses grottes vouées à bouddha, et plus loin dans l'obscurité , à la spéléologie . Des espaces souterrains pouvant contenir des villes . Génial pour y déambuler à deux avec une seule lampe de poche . Très bon pour l'adrénaline , le côté , au retour , du «  tu crois que c'était par là ? Je ne reconnais rien ! Mais si , il fallait rester toujours à gauche . Eh !!! Attention au trou !!! » .

Virginie , se vouant désormais toute entière au Dieu-Sport - et oui les filles ! - , trépigne d'impatience en vue de la prochaine étape : rejoindre Vientiane en kayak .

En réalité quelques kilomètres sur la très belle et tranquille rivière Nam Lik , avec une seul passage difficile . La pression monte à l'approche de la descente du rapide , et la demi-douzaine d'autres kayaks s'est pour la plupart renversée . Je sens Vivi quelque peu fébrile et je fais le mec désinvolte pour la rassurer . Et c'est parti : devant , Virginie fait de vrais bons en l'air sur le siège de notre kayak bi-place , lors de la traversée . Mais nous n'avons pas chaviré ! Cette fois , la satanée maudite clope de la Demoiselle est presque méritée .

Après la capitale , c'est la direction du Sud et le bus de nuit , ultraclimatisé à la Brésilienne . Les « 4000 îles » sont en ligne de mire avant le passage au Cambodge . Derrière ce nom onirique , se cache des centaines d'Iles limoneuses posées au milieu du Mékong , dont certaines font plusieurs km². Nous faisons route, depuis Vientiane, avec la sympathique Selma , égypto-allemande habitant Dubaï .

Très calme et reposante , l'île de Don Khone: d'ailleurs on dort beaucoup le premier jour, après la nuit polaire du bus . Puis à nouveau de la bicyclette , dont Virginie est devenu une vraie mordue , traversant les calmes villages au bord de l'eau , les minis-chutes d'eau , les vestiges de la présence française avec épaves de locomotive, de voies ferrées , école éventrée, ancien magasin général, l'endroit sur le fleuve étant hautement stratégique à une autre époque , révolue.

 

Beaucoup de transports au Laos sur des routes médiocres , nauséeuses, ou bien collectionneuses de nids de poule façon trous de bombes après le passage de B 52 dans la région , nous en fait préférer l'avion pour parvenir aux portes cambodgiennes de la Grandiose et Mythique Angkor .

 

 

 

La rédaction de cet article a correspondu avec l'annonce de la disparition de mon amie Marina . Elle croyait beaucoup au pouvoir et à la force de l'Ecrit et c'est pourquoi je lui dédie mon blog .

 

Je suis triste . Je pense à Vincent et aux deux petits .

 

Je me sens démuni devant ce drame : je ne peux soutenir correctement Vincent à cause de mon itinérance .

 

C'est la première fois qu'une amie de ma génération disparaît .

 

Je me pose pas mal de questions , qui peuvent pour partie se résumer ainsi :

 

Quelle direction donner à sa vie , quand on en a encore la possibilité, et que son intellect commande le corps, et non l'inverse ?

 

Avec mon voyage , j'avais décidé que, de mon seul vouloir, dépendrait le sens que je voulais y donner , pendant six mois .

Je pense maintenant également au temps du Retour .

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Gisele Perez 09/04/2009 08:56

C'est un véritable plaisir de redécouvrir avec toi des endroits que j'ai visité, je me replonge ainsi quelques années en arrière ...
Bravo pour ton talent de reporter !!!