FBN - 08/04/2009 - BIENVENUE AU JAPON

Publié le par matthias

 

Comme prévu il fait un peu plus frisqué ici qu'à Papeete ou Rio . Mais j'ai tout prévu , je remise mes sandales pour mes « bateaux » en fin de vie et j'étrenne mon jean et mon blouson que je transporte depuis le départ et qui doivent bien remplir le quart de mon sac . A l'attaque des 3 semaines du Japon . Banzai !!!!!

Premiers contacts technologiques avec ce pays légendaire : le scan d'empreintes digitales à la douane de l'aéroport de Narita et les toilettes avec poste de commande façon airbus A 380 pour contrôler la variation de la température de la lunette et la direction et variation d'intensité du jet d'eau . Franchement exotique comme premier contact !

Renseignements pris auprès de l'hôtesse d'accueil du Tourist Center pour rejoindre l'hôtel de mon pote Loîc arrivé de la veille - et pour quinze jours à passer ensemble sur mes trois semaines ici - , je me retrouve en plein doute devant le panneau du réseau labyrinthique des dizaines de réseaux de transports ferroviaires de la Mégapole tokoïte de 30 millions d'habitants . Je me lance , prend un billet pour ma destination et m'installe dans un train qui se révèle très rapidement être l'omnibus local , genre RER . J'ai dû raté un épisode, et surtout le quai du Narita Express .

Entre 7 H 15 et 9 H 30, le train se rempli et se vide d'abord d'écoliers , collégiens et lycéens tous en uniforme bleu maritime, avec une sorte de costume de marin pour les petits et un uniforme militaire avec col dur et carré pour les plus grands . Les filles sont elles en jupes marines et socquettes blanches . Puis le monde scolaire laisse la place au monde du travail en col blanc : mais toujours en uniforme ! Même costume foncé un peu trop grand et large, et cravate sombre, pour les hommes , et même tailleur-pantalon ou jupe noire pour les femmes . Beaucoup font de micro-siestes affalés sur les sièges très moelleux , et certains portent un ostensible masque sur le visage , sans doute pour se protéger et protéger les autres d'éventuels microbes . Peu s'occupe en lisant ou écoutant de la musique comme dans notre Métro . Mais ici comme là-bas , on tire la tronche le matin.

Je me plonge dans la lecture de mon guide : environnement, histoire, religion , coutumes et pratiques , tout y passe .

Mon train n'étant définitivement pas exprès j'ai également le temps de bien observer mon environnement extérieur . Les quelques champs de petites parcelles de rizières laissent rapidement la place aux dizaines de kilomètres de la banlieue de Tokyo, faite de rues étroites avec rangées de maisons à deux niveaux couvertes en tuiles vernissées et laissant voir de minuscules jardins d'arbustes taillés comme des bonsaï . Sur le macadam nickel filent de petits camions de livraison et de minuscules voitures cubiques . Très peu de tours ou barres d' immeuble , sans doute à cause de la sismicité endémique de la région.

Arrivé à la gare de Nippori , le contrôleur au guichet me fait comprendre que mon billet n'est pas le bon et que je dois payer un supplément – sans doute - , mais le tout avec beaucoup de diplomatie et de politesse , et il prend un air vraiment embarrassé pour moi .

J'arrive enfin dans le quartier de Ginza où Loic doit m'attendre en bas de son hotel : là une évidence , je dois sortir ma boussole , celle qui m'a été offert pour mon anniv ! A Tokyo , très peu de noms de rue affichés ( même en idéogrammes) , et surtout pas de numéro aux immeubles ! Ce qui ne m'a pas empêché pas de tourner un peu en rond dans ce chouette quartier de tours de prestiges, dont la très acérée Tour Dentsu . Et finalement je retrouve bien Loic, en pleine forme , après être passé à côté de lui 25 minutes plus tôt …

Il a la patate , bien remonté par la nuit passée à regarder l'incroyable paysage futuriste depuis sa fenêtre panoramique au 22ème étage de son hôtel façon  lost in translation  .

Arrivé à la chambre , Scarlet était déjà repartie !


Après une douchette dans sa salle de bains high-tech, on se dirige vers le quartier d'Ikebukuro plus au nord , et l'hôtel pour les trois nuits suivantes , un peu plus dans les cordons de ma bourse de backpacker .

Loic, en sa qualité de futur moghul de l'industrie de la localisation géographique par téléphonie mobile, a l'air de savoir pas mal se débrouiller dans la station de métro d'arrivée qui est l'une des plus grandes au monde, avec ses multiples lignes , et je décide presque aussitôt , et inconsciemment, de lâcher un peu prise question logistique et de me laisser guider et diriger , ce qui l'étonne d'abord un peu , de même que mon nouvel absence d'effort de communication qui me fait produire un franglais de la plus belle espèce , totalement inadapté à ce pays qui a déjà beaucoup de mal avec la langue de Shakespeare ( le « Une map ? In English ou French ? », restera un grand moment ... );

Plein de monde dans les rues alentours . L'hôtel se révèle être un mastodonte de 2000 chambres , et notre chambre miraculeusement au 26ème étage , ce qui promet un beau spectacle ce soir ( déjà de jour , c'est LA ville , partout , à perte de vue ) .

Loic , cette fois en sa qualité d'épicurien de la gastronomie nipponne , semble connaître presque tous les mets que l'on trouve reproduits fidèlement en plastique dans les vitrines de la foultitude des restos, et parfois aussi leurs noms en japonais , ce qui apparaît vite comme une connaissance des plus précieuses . Donc le premier repas sera : un bol de grosses nouilles longues à la farine de froment dans son bouillon de viande ( udon) . Alentour , tous arrivent bien à reproduire le son du «slurp » quand il s'agit d'aspirer les nouilles , sans les couper avec ses dents parce que l'on commence à s'asperger tout le visage de bouillon en même temps ! Moi pas !

Puis direction le grand parc Ueno pour voir mes premiers cerisiers en fleurs . Ils commencent à défleurir sévère ( à une semaine près c'était raté) , ce qui créé une ambiance des plus Rose (  sur les branches , dans l'air et sur le sol ) . Les Tokyoïtes ont vraiment l'air d'adorer les arbres à fleurs roses , et ils prennent compulsivement des dizaines photos, avec leur mobile, des gros plans de boutons en fleurs . D'autres , traditionnellement , ont décidé de pique-niquer sous les arbres , installés sur de grandes bâches bleues , souvent par groupes homogènes ( entre collègues , lycéens , ados ) , et l'ambiance est à la fête .


Aujourd'hui 8 avril , c'est également la fête de la naissance de bouddha avec soi-disant la fête dans les temples, selon mon Guide . Ceux du parc , construits autour du lac artificiel où croisent de gros cygnes roses et blancs en plastiques bien kitsch, sont souvent fermés pour restauration , et sinon pas vraiment d'activité particulière dans ceux qui restent ouverts : la pratique ici semble consister à s'abreuver et à se laver les mains à la fontaine sacrée , puis à sonner le gong face à l'autel dans le temple , faire sa prière , puis claquer dans ses mains et déposer une obole . Et souvent acheter une amulette , un petit message sur son avenir ou un porte-amulette en tissus lui-même également porte-bonheur.

Le temps printanier est magnifique avec un beau ciel bleu sans nuage et une belle lumière , et le trek urbain continu cette fois en direction d'Asakusa et du siège de la bière Asahi , chère à Loic … Là , la bataille fait rage face à l'oeuvre réalisée par Starck sur le toit de l'immeuble : une crotte géante en or ou un nuage ?

L'intérêt porté par Loic pour sa boisson préférée le font pencher pour la seconde solution, alors que la fantaisie du designer français me font plutôt envisager la première .

On commence à se balader dans ce quartier touristique mais les magasins ferment et on décide de rentrer dans notre quartier qui semble plus nocturne .

Mais sur le chemin on croise l'Enfer nippon !

Attiré par le son que laisse passer par intervalle régulier l'ouverture des portes automatiques, et qui tranche littéralement avec le monde silencieux et aseptisé de la rue ( absence de bouchons et surtout de klaxon, moteurs silencieux , interdiction de fumer sur la voie publique et même dans les parcs, à l'exception de points de rencontres dédiés , un macadam et une signalétique nickel, des fils d'attente devant les passages cloutés même en l'absence de véhicule – ça j'ai vraiment beaucoup de mal à respecter pour le moment … - ) , on rentre donc à l'intérieur d'un Pachinko .

Un truc de fou !

D'un seul coup le Japon - et les Japonais – présente un tout autre visage : ambiance enfumée de tripot, tout le monde clope ( hommes et femmes ) affalé et concentré sur des fauteuils faisant face à Leur machine . Une certaine névrose peut se lire sur les visages . La machine fait tomber des centaines de petites billes de métals dans un vacarme de folie augmenté par la musique assourdissante et des commentaires au micro . Certains joueurs ont des pyramides de bassines pleines de billes à leur pieds . On ne comprend vraiment rien au jeu et on ressort rapidement tellement l'ambiance est oppressante pour les nerfs .


Petite sieste méritée avant de ressortir diner .

Mais au réveil , avec le jetlag , je suis un peu dans le gaz , et ne sais plus vraiment où je suis , confondant pendant quelques secondes Loic avec Virginie …

C'est certain que ce nouveau monde me bouleverse , habitué jusque là à une autre Asie , beaucoup moins policée mais d'un certain côté moins originale et plus uniforme .

Un truc de détail étonnant par exemple , c'est la lecture des cartes pour se repérer . Déjà rendons louange à la signalétique des villes : on a remarqué que dès que l'on commence à se dire , «  mais où sommes nous ? » , eh bien une carte apparaît sous nos yeux après un tour d'horizon . Mais il faut savoir la lire : unique au Monde je pense , aucune carte n'est orienté suivant le nord ou les autres points cardinaux . Mais elle est intuitive . Mon sens de l'orientation ne sert à rien ( et me contrarie plutôt qu'autre chose) , car la carte est toujours imprimée dans la direction face à soi . Je ne sais pas si je m'explique très bien , mais finalement c'est vraiment ingénieux ,  après une certaine adaptation , très utile , surtout dans cette ville , où même les Japonais se promènent tous avec un plan imprimé sur le net pour trouver leur destination finale .

Sur le chemin du resto, on entre cette fois dans une salle de jeux vidéos : il est 22 heures et les salles sont pleines de mecs en costard-cravate et alliance dorée au doigt . Sympa la vie de couple ici ! Leurs maniements des machines sont presque magiques , et on découvre les toutes dernières technologies de jeux dont un incroyable jeu de stratégie militaire où le joueur déplace ses armées en faisant glisser très rapidement de multiples cartes magnétiques sur le plateau devant lui , l'écran en hauteur reproduisant les images des combats . Visuellement impressionnant .

 

Enfin on trouve notre pitance du soir : des sashimi ( tranches de poissons cru) . Quelques places de dispo dans le micro-resto . Les rudiments d'anglais du serveur nous sauve la mise pour la commande . Il me propose un poisson de l'aquarium derrière le maître-sashimi . Très bien , au moins ce sera bien frais ! Tac, tac , tac , mon poisson est découpé , et on est m'apporte mon plat . Les tranches sont disposées à côté de ce qui reste du poisson soit la tête , l'arrête centrale et la queue retenu par un petit baton . Et là , la tête du poisson se met à bouger et semble vouloir me parler !!!

Les yeux de bubulle me regarde et sa bouche s'ouvre et se ferme , alors que son corps est à côté de lui en attendant d'être déguster… Forte impression ! Bienvenu au Japon !

J'ai vraiment l'impression d'être l'Hannibal Lecter du sashimi, et au bout de deux-trois minutes, les stimuli ne semblent plus actifs … Vraiment un grand moment .

Comme prévu pour clore en beauté cette fantastique première journée à Tokyo , le spectacle nocturne depuis notre chambre sur les tours de Shinjuku, clignotantes de rouge au loin, vaut à lui seul le voyage .


Tout est donc bien en place , mes références sont là, et d'ors et déjà je sais que je ne serais pas déçu : les élèves avec leur vestes marines et les filles en chaussettes blanches , les pâtes que l'on aspire depuis son bol , les vieux taximen avec leurs gants blancs et leur sièges recouverts de dentelles dans leur berline sombre, les petits immeubles de quartier, l'imagerie des jeux vidéos , les cerisiers en fleurs , les trains plein de nippons en costumes noirs , les fils électriques qui courent partout, les petits camions et les petites autos, le poisson cru, le territoire urbain qui n'en finit jamais , les lampes de papier , etc, etc...

 

 

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