FBN - 24 - 25/04/2009 - AU MILIEU DES ESPRITS SAMOURAI : KOYASAN

Publié le par matthias

 

Lors d'une de mes dernières visites au toujours excellent Salon annuel d'art contemporain de Montrouge j'avais gardé dans un coin de ma mémoire un vif souvenir de clichés oniriques prises par une jeune photographe lors de son voyage au Japon et en particulier sur sa découverte de la campagne et de la forêt japonaise .

Aujourd'hui sur place , je décide donc de faire une coupure dans la découverte de la mégalopole Kyoto-Osaka-Kobe , et de partir deux jours vers le Mont Koya , la deuxième Montagne Sacrée du Japon , après le Mont Fuji . 
 Quittant les zones ultra-urbanisées de la plaine centrale du Kansai , le train commence à monter . Serpente entre les collines boisées de pins . Puis par trop d'escarpement , il s'agit de prendre le bus me conduisant jusqu'au petit village de Koya . Et , comme souvent dans les lieux touristiques japonais , le village est rempli de français, randonneurs ! Si les japonais raffolent de la France , la réciproque semble aussi vraie  .

Koya est principalement composé d'une rue principale alignant des dizaines de monastères bouddhistes , souvent millénaires, et des boutiques de marchands du temple pour les pèlerins nationaux. Pas de resto à lanterne en papier rouge ici , la restauration, végétarienne , étant opérée au sein même des monastères , par les moines-hôteliers .

L'office de tourisme me trouve une place , et direction Mon temple qui s'avère parfait à mes yeux pour cette retraite dans la Nature . Un monument à part entière . Tout en bois . Magnifique décor sculpté de dragons furieux et de grues , couloirs patinés et portes de papier coulissantes, panneaux peints , chants des bonzes , vision du jardin zen depuis ma chambre .



Installé par le moine , d'une amabilité toujours exemplaire et parfaitement anglophone – je n'ai jamais rencontré autant de japonais parlant anglais que dans ce village perdu - , je sors ensuite découvrir le lieu arrivant rapidement au cimetière national des samourai . Moi, je ne suis pas du tout branché gothic et balade autour des tombes un soir de pleine lune , mais là cela ne ressemble en rien à ce que l'on peut voir chez nous . Aucune pesanteur .

Le site, immense et en pleine forêt , a été fondé par l'un des premiers moines japonais importateur depuis la Chine de la religion bouddhiste au 7ème siècle . Et depuis cette époque les plus grands samourai ont eu le privilège de venir reposer ici , au milieu des cèdres géants, leurs tombeaux recouverts de mousse, accrochés aux pentes. Des milliers de petits bouddhas de pierre disséminés un peu partout , portent des sortes de bavoirs écarlates ou bien sont emmitouflés de gilet et bonnet de laine, ce qui en rajoute encore dans la singularité du décor .





Souvent seul à me promener , je ressent rapidement le caractère de ce lieu unique , sa grande quiétude . Les esprits des guerriers et des kami , divinités de la Nature , m'entourent . Je m'attend à tout moment à voir débouler sur moi un quelconque animal monstrueux à la Myazaki .

Je continue vers le sanctuaire du moine fondateur, ultime destination du chemin des pèlerins . Là je retrouve quelques-uns de ceux-ci , jamais très jeunes, qui aspergent d'eau des statues de bronzes disposés le long d'un cours d'eau , avant d'entrer dans le sanctuaire . Des chants, mille fois répétés, résonnent .

Le temple le plus magnétique restera pour moi celui où sont réunies plus de 15.000 lanternes, accrochées et étagées, diffusant une lumière chaude, et devant rester éternellement éclairées . Seul encore une fois , j'avance dans une sorte de labyrinthe aux passages étroits , entouré de toutes ces lumières se reflétant à l'infini dans le parquet et le plafond de bois vernis . En apesanteur .

Ce pays est vraiment formidable à tout point de vue pour savoir créer des ambiances uniques .

Je m'échappe ensuite de cette autre dimension et commence ma randonnée à travers les forêts des collines entourant Koya, sur le chemin jalonné de bornes pour les pèlerins et de petits autels aux sommets . Cette fois , le parcours n'est pas balisé spécialement pour les détenteurs de canne en bois , comme souvent au Japon : c'est la Nature , la vraie , pas trop remodelée, avec de magnifiques points de vue où la brume d'humidité joue au loin les contrastes au coeur des vallées sombres .

Je reviens à mon monastère à la nuit pour le repas de 18 H , servi par le bonze . Une bonne dizaine de mets végétariens , à la consistance , au goût et à la composition souvent inconnus ! Toujours grandiose la gastronomie nippone, et son souvenir sera certainement le premier que je remporterai de ce pays .

Je ne sais pas trop comment je dois manger les plats , assis par terre , si je peux les déplacer de leurs plateaux, dans quel sens commencer ? L'impair n'est pas très grave , le moine ayant disparu .

Puis soirée TV : pratiquement que des jeux rigolos sur toutes les chaînes en prime-time . Visuellement ça ressemble à du Ruquier, mâtiné d'épreuves façon Juste Prix !

Au matin , le moine me réveille pour assister aux chants . La psalmodie des prières bouddhistes est une vraie hypnose , interrompue par le gong régulier . De plus pour ne rien gâcher à l'affaire , elle a lieu au milieu d'un magnifique décor historique de statues sacrés et de peintures zen .


Petit-déj végé , et je quitte à regret ce monastère magique et ces moines si serviables, pour continuer ma randonnée , mais cette fois sous la pluie !

Rapidement complétement trempé, je visite d'autres temples vers l'entrée du village sacré puis emprunte le chemin des pèlerins en sens inverse – mais avec ce temps je ne rencontre personne à l'exception d'une colombienne égarée - en direction de la station de train en contre-bas , à quelques kms .

Et partout , jusqu'au bout, ces arbres géants , ces collines escarpées, ces forêts qui paraissent sans fin , mais qui en ont que l'air , la Ville n'étant jamais très loin .


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Daniel 03/08/2009 18:59

Bonjour Matthias

Je viens sur ton site après lecture de Globe Trotter N°126 pensant y trouver une adresse Email ou un lien pour te contacter ??

Souhaite parler du Laos en vue d'un voyage en octobre.

Daniel