28/04 - 02/05 - FUN IS BUILDING : DUBAI

Publié le par matthias

 

C'est le slogan Ă  double sens de cette ville en construction .

L'autre slogan , moins officiel , pourrait être “Opening Soon” , tant on le retrouve affiché partout également , et surtout tant il reflète l'aspect de cette ville couverte de chantiers bien avancés.

Dubai mérite vraiment d'être vue, et je ne regrette pas ce dernier stop avant les Seychelles .

Peut-être d'ailleurs la ville sera plus intéressante dans sa construction qu'une fois achevée .

En tout cas c'est un défi incroyable qui se joue ici , en passe d'être gagné visiblement , et qu'importe les retards pris du fait de la mauvaise conjoncture actuelle . Les moyens sembles gigantesques et la volonté politique de l'Emir sans doute faite du même acier que ses fiers gratte-ciels : la volonté de faire de cette ville de dix mille habitants il y a un siècle , une prestigieuse Capitale économique, financière et touristique pour toute une Région s'étendant des rivages levantins à l'Asie du Sud-Est, et de Moscou jusqu'à Pretoria . Et ensuite , peut-être, au Monde entier .

Au premier matin , j'ouvre mon rideau et là , à quelques kilomètres , sous mes yeux , un véritable Manhattan au milieu du désert , écrasé de soleil . Avec l'aiguille scintillante de la Burj Dubai qui domine son monde . Mais un Manhattan en chantier et en finition , avec des dizaines de grues aux sommets de la majorité des buildings .

Ce sera le coeur financier de la ville .



Mon hĂ´tel se trouve lui dans la ville « ancienne Â» , Bur Dubai, celle des barres d'immeubles sans grâce , construits il y a quelques dizaines d'annĂ©es seulement , quand Dubai n'Ă©tait encore principalement qu'une plate-forme commerciale entre l'Inde et le Proche et Moyen-Orient . Et les quelques maisons « historiques Â» et transformĂ©es en musĂ©e de la famille de l'Emir Al Marktoum, le long de la Crique, dĂ©montre bien a contrario, qu'avant , ici , il n'y avait RIEN , Ă  part quelques pĂ©cheurs de perles .

Et puis il y eut le Pétrole, bien sûr .

Mais aujourd'hui , les puits crachent leurs dernières gouttes , contrairement Ă  ceux des voisins rĂ©gionaux . D'oĂą la volontĂ© prĂ©citĂ©e . Celle d'un pouvoir absolu et d'une vision qui peut paraĂ®tre folle , tant le nombre de projets incroyables sont encore sur le papier. Mais d'autres sont dĂ©jĂ  sortis de terre . Une vraie vision d'ensemble quand on regarde le plan « final Â» . Pour une ville qui devra accueillir des millions de touristes et hĂ©berger des millions de travailleurs venus du monde entier ( les Ă©miratis n'Ă©tant que 150.000 aujourd'hui ... ) . La première capitale issue complètement de la mondialisation .

La vitrine est pour le moment très clinquante , accentuée par le fait que le projet a débuté avec seulement quelques hôtels-phares dont le fameux Burj Arab et sa voile , et la construction de centres commerciaux toujours plus grands et plus luxueux pour les habitants de la Région . L'aspect capitale financière et destination touristique est en cours , avec les emblématiques Iles artificielles en formes de palmier ou de planisphère .


Et quand je ne voyais rien d'intĂ©ressant aux malls de Kuala Lumpur , identiques avec leur luxe banalisĂ© , ici l'impression n'est pas la mĂŞme . Peut-ĂŞtre Ă  cause de l'image mĂŞme que l'on se fait de ses riches rois du pĂ©trole, croyant que tous sont milliardaires , ce qui est loin d'ĂŞtre le cas , vu les habitations de nombre d'Ă©miratis ressemblant plus Ă  des tentes en dur qu'Ă  des villas hollywoodiennes , mais devant lesquelles trĂ´ne toutefois toujours invariablement un Ă©norme 4X4 . Et puis ici les centres commerciaux essayent de rivaliser dans l'offre de loisirs et le dĂ©cor intĂ©rieur pour attirer la clientèle . L'orientation est clairement le Las Vegas Style mis Ă  la sauce arabe : spectacle de jets d'eau musicaux , aquarium gĂ©ant , piste de ski , patinoire , reproduction de rue « italienne de la renaissance Â» avec le faux ciel bleu qui varie d'intensitĂ© au cours de la journĂ©e , la mĂŞme chose dĂ©clinĂ©e avec l'Inde , la Chine, l'Egypte antique ou la Perse , des vrais-faux souks comme lĂ -bas , … L'ensemble servant d'Ă©crin Ă  toutes les marques du Monde entier, prĂ©sentes ici , et pas seulement celle du luxe , qui sont toutefois admirablement mise en valeur la plupart du temps par une architecture grandiose au milieu de laquelle dĂ©ambulent des milliers de visiteurs , surtout en soirĂ©e .

Mais il y aussi derrière la vitrine .

Pour cela , habité à Bur Dubai a été un très bon choix .

Cela ne ressemble en rien Ă  ce que j'ai dĂ©crit prĂ©cĂ©demment : bienvenue Ă  Islamabad ou Bombay ! En deux patĂ©s de maisons – après avoir traversĂ© l'avenue des prostituĂ©es africaines tapinant dès le crĂ©puscule ...- , on se retrouve entourĂ© d'une masse d'Indiens, observĂ© de leur noir regard . Ca c'est un truc avec lequel j'ai toujours beaucoup de mal depuis mon voyage en Inde il y a une dizaine d'annĂ©es . Ce Regard de l'indien, quand il est en surnombre . Ce qui arrive souvent . Tous ces regards crĂ©ent comme un mur d'incomprĂ©hensions rĂ©ciproques , et ne mettent pas Ă  l'aise. Chacun son monde .

C'est principalement l'armée des travailleurs du bâtiment qui loge ici . Et tout est fait pour eux : commerces de détails , restaurants , boutiques de tuniques, … Si loin du Mall of Dubai , pourtant à quelques kms seulement .

De philippins, point, et je n'en ai croisé pratiquement aucun durant le séjour , alors qu'ils remplissent chaque semaine des Airbus entiers . Leur qualité commune d'hommes et femmes de maison ne doit pas leur permettre de beaucoup sortir de cet espace, apparemment .



Une autre image du Dubai indien : les traces de gras sur les vitres des bus !

Pour me déplacer dans la ville, qui devra faire à terme plusieurs dizaines de kilomètres de long , et en attendant l'ouverture très prochaine d'un magnifique métro aérien , j'ai opté pour le bus qui m'évite de ressembler trop rapidement à un gros poulet roti et blond . A l'intérieur, j'y suis toujours, et à chaque fois, le seul occidental . Tout est tout neuf , les stations et les bus climatisés. Mais à chaque vitre, une énorme marque de gras à l'endroit de la tête qui m'empêche de voir distinctement le paysage dehors tellement elle est étendue... C'est l'effet négatif de la gomina de tout bon indien à la mode qui lustre ses cheveux . Ca les dubaoïtes ne l'avaient pas prévu dans leur plan de la Cité Idéale du 21ème siècle . Mais ce n'est pas grave , ils embaucheront d'autres indiens pour effacer les traces capillaires de leurs frères !

Parfois je me suis laissĂ© emporter par le bus , sans savoir oĂą il allait , pour avoir le plaisir de dĂ©couvrir d'autres chantiers , d'essayer d'imaginer le rĂ©sultat futur, toujours gigantesque . Ainsi j'ai dĂ©couvert qu'en rĂ©alitĂ© plusieurs manhattan sont construits Ă  la fois , Ă  plusieurs kms les uns des autres , et chaque fois avec des architectures peu banales . Vraiment impressionnant .

Vendredi matin , c'est le week-end pour les salariĂ©s du privĂ© , et avec ma technique de laisser le bus choisir , je me retrouve le long d'une « plage Â» publique face Ă  Palm Island , Ă  cĂ´tĂ© du colossale chantier de Dubai Marina . En fait de plage , plutĂ´t un bout de dĂ©sert en bord de mer qui n'a pas encore connu les traces des engins-chenilles . S'y alignent 4X4 et grosses cylindrĂ©s des expats venus se dorer la pillule aux premières heures de la journĂ©e , installĂ©s au raz de leur bolide tout Ă  cĂ´tĂ© du rivage bleu . DrĂ´le d'impression . Je ne les envie pas vraiment . Ce sont des pionniers, et l'offre de loisirs pour les expats , Ă  l'exception de la promenade au Mall et des restos, est encore « under construction Â» ( parcs d'attraction , multiplex, aqualand , …) .

Puis un peu plus loin , domine la Voile du Burj Arab . Mon but, c'est d'y rentrer . Le seul hôtel 7 étoiles - auto-proclamé – au Monde .

L'hĂ´tel paraĂ®t ĂŞtre une vĂ©ritable forteresse ainsi placĂ© au milieu de la mer et reliĂ© uniquement par un pont . Ca ne va pas ĂŞtre simple … En face et de chaque cĂ´tĂ© se sont dĂ©veloppĂ©s d'autres hĂ´tels grand-luxe, le Al Qasr et le Jumeirah Hotel . J'opte pour le premier qui possède des galeries commerçantes nĂ©o-souk , lieux de promenade privilĂ©giĂ© des expats . Mais lĂ  , je vois bien rapidement que toutes les entrĂ©es annexes Ă  l'hĂ´tel Al Qasr sont bien gardĂ©es pour empĂŞcher les touristes « Ă©garĂ©s Â» de venir profiter de ses services et de sa magnifique plage . Et bien , ce n'est pas grâve , j'entre par la grande porte du Palace tel Felix Krull ! CasquettĂ© et lunettĂ© ,l'air sĂ©vère , je rĂ©pond au salut du portier , et après un rapide coup de radar , part m'installer dans le salon du Hall , pour me faire oubliĂ© . Et comme le hĂ©ros de Thomas Mann , j'observe les flux et les qualitĂ©s des clients , lookĂ©s select . Pratiquement tous se dirigent vers la mĂŞme direction , et après avoir refusĂ© une première fois une consommation proposĂ©e par l'hĂ´tesse du hall je dois partir et prend la sens du flux . Qui arrive directement devant le gargantuesque buffet installĂ© en contre-bas le long des beaux canaux encerclant l'hĂ´tel en extĂ©rieur. C'est l'heure du lunch et belles femmes sur talons hauts-perchĂ©s et « maris Â» rondouillards se pressent – sous plus de 30°C - autour de l'agneau Ă  la broche ou des crevettes grillĂ©es. Attention , moi , je ne suis pas lĂ  non plus pour passer par la case commissariat avant la case retour Ă  mon hĂ´tel . Donc pas de gaffe, pas de commande . D'autant que je ne connais pas le système de numĂ©rotation des chambres , qui pourrait me permettre de faire illusion quelques minutes auprès du concierge et autres serveurs , avant de m'Ă©clipser . Je dis cela , mais j'ai rapidement oubliĂ© mon principe , une fois installĂ© sur un hyper-moelleux transat au bord de l'eau . Il fait très chaud , le serveur a l'air d'une gentillesse extrĂŞme , mes sens sont ramollis par la chaleur : j'ai commandĂ© un verre d'eau !!!! Hop la Prison dubaĂŻote ! Non , non , non , mais je dois fuir, c'est certain . Qu'Ă  cela ne tienne, je suis maintenant dans le Saint des Saint, et tous les Palaces communiquent ensemble par la plage . Dans le mĂŞme Monde , on peut se mĂ©langer . Donc , bronzĂ©, en tongs et maillot – mais avec un incongru trop gros sac Ă  dos qui me suis partout - , j'avance vers la plage du Jumeirah HĂ´tel oĂą personne ne me connaĂ®t encore . Pour rentrer dans l'aqualand exclusif qui paraĂ®t bondĂ© , il faut le numĂ©ro de chambre . Je passe, choppe une serviette de plage au passage ( mon pareo Brazil Flag ferait vraiment tâche ) , et m'installe sur un transat , en refusant cette fois toutes les propositions du serveur , mĂŞme de l'eau . Et je peux enfin me poser quelques instants en Ă©coutant les nouveaux morceaux installĂ©s sur mon baladeur et qui devront me tenir jusqu'au Retour . Dans de telles conditions de confort, Ă©couter Britney est un vrai plaisir et dans son dernier album , rien Ă  jeter ( Ă  part un ou deux tracks ) !


J'avais acheté cinq albums à un pirate sur la Khao San Road de Bangkok qui constituent donc ma play-list de fin de voyage , avec le America Brasil de Seu Jorge fourni par François à Rio . Ce dernier est vraiment une pure merveille de mélodie et de rythme , je ne m'en lasse jamais , et il me donne toujours envie , en plus de tout le reste , de prendre des cours de portugais brésilien une fois en France . Les autres galettes sont le dernier album de John Legend ( alors là , grosse déception , il s'est noyé dans la marmite de soupe le pauvre John , et en plus ça fait des grumeaux ; et au contraire du Britney , seulement une ou deux chansons à sauver du désastre ), le dernier T.I. ( j'ai un peu de mal , il rape pas mal , mais c'est très produit et formaté maison de disque , peu original , à l'exception du dernier morceau avec le featuring du toujours génial Justin – Spéciale dédicace à Claire ! ) , le dernier Kanye West ( un vrai Dieu de la musique, ce type ! Et qui sais se renouveler, lui . Je me le met en boucle , et je découvre toujours des nouvelles facettes . Rien à jeter), et , pour changer un peu de la production US , l'album d'Amy Mac Donald ( clairement très bon avec son folk énergique , écouté en boucle également) .

Donc une petite après-midi sympathique à la plage de Dubaï aux pieds de la Burj Arab , laquelle me restera inaccessible , le système de navette en voiturette risquant de faire découvrir ma couverture .

Et je ressort par la grande porte , mais celle du Jumeirah cette fois , et direction la Burj Dubai et ses 800 mètres de verres et d'acier Ă©claboussĂ©s de lumière Ă  cette heure oĂą le soleil commence Ă  tomber . Je me retrouve assez rapidement Ă  errer complètement seul le long de rues rĂ©sidentielles , toujours avec le point de mire au loin . Je m'aperçois que, proche de ce « centre-ville Â», il reste encore aussi beaucoup de place pour d'autres grands projets , les terrains sablonneux sont entourĂ©s de palissades . Ensuite je reste bloquer par la complexitĂ© des chantiers en cours ( mĂ©tro , auto-ponts , buildings) après avoir vainement essayer d'en faire le tour . Le taxi s'impose , et en quelques minutes me dĂ©pose Ă  l'intĂ©rieur mĂŞme du Mall of DubaĂŻ , peut-ĂŞtre le plus grand centre-commercial au Monde ! En superficie , mais non en nombre d'enseignes , l'accent Ă©tant mis sur la qualitĂ© des espaces de promenades . Magnifique plan d'eau oĂą se reflètent les tours du quartier . Très cosmopolite et contrastĂ© : familles d'indiens aisĂ©s ( les travailleurs du bâtiment n'ont pas leur famille avec eux ) , habitants du Golfe en Djelaba blanche , femmes arabes plus ou moins couverte de noir et de brillants , avec le dernier hit-bag au coude , beaucoup d'occidentaux et d'asiatiques Ă©galement . Un monde aseptisĂ© , construit par et pour le commerce mondial et qui paraĂ®t sans heurt aucun , Ă  l'heure oĂą nombre de voisins sont toujours sujets Ă  la violence ou Ă  des vagues de terrorisme interne . Le calme dans l'oeil du cyclone ?


Le nouveau cyclone, à résonance mondiale, est définitivement à ce moment-là la grippe mexicaine . Et le visionnage journalier des brèves de BBC World , soir et matin , pour connaître l'expansion de la crise m'oblige à investir dans l'achat d'un joli masque bleu le dernier jour , et accessoirement et sans rapport aucun ( enfin j'espère …) dans de nouvelles chaussures remplaçant celles collectionnant maintenant les trous et les odeurs tenaces .

Et à l'Aéroport, foyer hautement probable de transmission d'infection selon les journalistes, je me retrouve à être dévisagé par beaucoup – qui n'ont pas dû regardé si assidûment la BBC ...- , avec ma tête moitié-bleue .

Mais je n'en ai rien à faire , et reçois même les compliments de l'hôtesse de Quatar Airways sur le look plus ergonomique de mon masque , comparé à celui très urgences que porte tous ses compagnons d'équipage de mon vol pour Doha puis les Seychelles .


Publié dans LE TOUR DU MONDE, DUBAI 2009

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