BOGOTA : DANS LA ZONE GRISE - 27/12- 28/12/2012

Publié le par matthias

 

Ca y est , j'ai repris du service !

Alors, après une année de disette blogueuse ( hors albums photos) , je me remets avec plaisir à la suite de mes pérégrinations/élucabrations voyageuses.

 

Le cadre : Bogota – Colombie , dehors la nuit, 5 heures du mat, tout le monde dort, mais moi , dans la cuisine commune de l'auberge Alegria's du quartier de Candelaria , je suis installé au « creux » des restes d'un canapé que l'on pourrait qualifier d'avachi pour lui être le plus sympathique, à portée de pieds du bon gros chien iouski qui tente de finir , lui, sa nuit de gardien tranquille .

Ou bien est-ce sa niche ? J'y verrai mieux avec le jour...

Car jusqu'à hier j'étais encore en pleine zone grise .

La zone grise , il faut en sortir .

Pour profiter du voyage .

Sinon , pas la peine de partir .

La zone grise , c'est celle où l'esprit et le corps n'ont pas encore réussi à s'extraire de l'orbite du quotidien hexagonal . Surtout après les 11heures de vol , le décalage horaire qui en rajoute une couche, et les « quelques » responsabilités supplémentaires qui m'accompagnent maintenant dans ledit quotidien .

Et les premiers aperçus de la capitale colombienne par une arrivée en fin de journée ( 18H heures locales mais déjà minuit pour le voyageur ) n'ont pas permis de l'éluder instantanément .

C'est donc l'histoire de cette zone grise là , que je m'en vais conter pour une fois ( car elle est présente à chaque voyage en mode globe-trotteur , plus ou moins longue, plus ou moins (dés)agréable : mais il faut en passer par là quoiqu'il en soit ) .

 

Déjà , le premier symptôme : la petite appréhension diffuse qui existe 2 ou 3 jours avant le départ . Celle causait par les « Pourquoi » . Comme un petit capitaine Haddock-Diable sur mon épaule . Pourquoi voyager ? pourquoi partir en sac à dos à l'autre bout de la terre pour dormir dans des dortoirs avec concerto de ronflements do majeur, alors que c'est si facile de rester chez soi, tranquille , se poser pour une fois , de profiter de son lit, etc , etc ? Pourquoi prendre les risques d'un voyage? Pourquoi la Colombie ( ou l'Inde, ou la Chine , ou , ou , ou …) alors que c'est si simple d'aller marcher en forêt au milieu des rochers ? Ces « pourquoi » , ils n'arrivent pas lors de la prise des billets, de la décision du voyage ( là c'est l'euphorie, la dose ) mais à la veille du départ .

Bon , les pourquoi , ils ne me paralysent pas pour autant bien longtemps, et je les évacue dès qu'ils se présentent par l'arrivée d'un autre petit capitaine Haddock-Ange qui me rappelle que ce qui compte c'est ce qui arrivera une fois parti, une fois sur la route . Et que ça , ça compense tout les doutes .

Ensuite il y a le départ physique en lui-même : sortir de chez soi . Et se concentrer .

Car à partir de là , les habitudes du quotidien , bye bye . D'autres habitudes doivent prendre le relais. Celles du voyage . Je les retrouve avec plaisir, toujours ( une fois les « pourquoi » évacués) .

Mais la transition procure toujours quelques « aventures » : par exemple , hier .

Dans la zone grise , j'ai fait confiance à mes habitudes du quotidien à mon arrivée à Charles de Gaulle . Enregistrement aerogare 2F . Compagnie nationale . Embarquement porte 53 . C'est marqué sur les écrans . Jusqu'ici rien de plus classique , j'ai mes marques , je connais bien le salon d'attente du 2F, je prends la presse . Et j'attends . Mais au bout de 20 minutes toujours pas grand monde en salle alors que le vol précédent pour hambourg est clos , et que le mien est dans une heure. Et là , je me dis : «  trop facile d'aller à Bogota, y a même plus de douane » … erreur , gross erreur , Herr Doktor ! Jeune homme, la zone grise vous aveugle ! Haddock-Ange me dit de revoir une nouvelle fois les écrans . Et là le F53 se transforme en L53 ( une sorte F à l'envers avec la barre du milieu en moins …) . C'est la révélation, l'éveil . L'embarquement se fait bien depuis l'aerogare F mais pour rejoindre ensuite le L ( un nouveau que je ne connaissais pas ! ) à 20 minutes à pieds d'où je suis , sans compter … la douane . Au final , aucune conséquence , les passagers ne seront pas encore montés dans l'avion . Mais c'est une exemple typique de ce qui arrive en zone grise , avec aussi la perte momentanée du passeport dans une poche ou l'autre, l'oubli potentiel d'un sac ou d'un objet dans l'avion …

Un des moyens de sortir rapidement de la zone grise pour rentrer dans le quotidien du voyage , c'est d'aller tout de suite vers les autres . Les aborder , grâce à ces régles non-écrites qui existent entre voyageurs , celui du tutoiement rapide et du gommage des âges . Ce qui est impossible dans le quotidien hexagonale . Pour ce cas-ci , j'ai accosté directement à l'aéroport deux jeunes parisiennes en voyage d'une quinzaine de jours comme moi , et on a partagé un taxi à trois , d'autant que nos auberges sont proches l'une de l'autre . Deux voyageuses également , avec déjà un tour de plusieurs mois en amérique du sud à leur actif .

La traversée d'une partie de la ville depuis l'aéroport ( après les premières images qui s'impriment dès la descente de l'avion , côté hublot) est super efficace pour s'y croire , déjà . Là , c'est - pour l'instant - l'aspect d'une vaste ville d'une modernité bétonnée de quelques décennies, des échangeurs intra-urbains, une capitale qui s'étend du Nord du Sud en semblant s'écraser littéralement contre la montagne infranchissable qui la borde à l'Est .

Le quartier de l'auberge , Candelaria , est l'ancienne ville coloniale , du temps où Bogota était la capitale d'un vaste royaume colonial espagnol, la Nouvelle-Grenade . Ses pavés, mes maisons peintes et basses, ses fenêtres en fer forgé. Mais pour l'instant , vu mon état de fatigue , j'y ai seulement trainé les pieds la nuit tombée à la recherche de quelques choses à manger .

Et là , je suis retombé dans la zone grise : 20H heure locale, tout paraît très calme et beaucoup de lieux fermés . Candelaria me paraît un peu désert . Tout ça pour ça … Les lieux ouverts ne m'attire pas ( encore …) , et le haddock-diable ne dit : avec le gavage de l'avion , t'as pas besoin de manger colombien , ça sert à rien , et puis tu ne connais pas, ça n'a pas l'air top …. alors le haddock-ange dit : mais non , ça a l'air chouette, regarde ces croquettes de viande, même si y a pas trop d'ambiance ; et puis ça fait quand même quelques heures que t'a rien mangé , demain matin ( ou en pleine nuit vu le décalage horaire ) tu auras la mega-dalle . Résultat : je m'attable dans un resto mexicain ( ça je connais ) qui m'a l'air nickel . C'est pas colombien , mais c'est quand même un peu « local » quand même . Match nul , balle au centre , les haddock disparaissent en même temps que mes tacos dans la salsa verde !

De retour à l'auberge , c'est la grosse ambiance entre les résidents : musique à donf , bière à volonté. Les trois argentines de mon dortoir se préparent pour sortir ( à l'auberge? ) . Bon là , il est quand même plus de 2H du mat pour moi nouvel arrivant qui me suis réveillé à 6H du jour précédent … je jette l'éponge, et gouverné par mes nouveaux réflexes de voyageur je m'installe dans mon lit superposé , à la place qui m'a été assigné, la plus mauvaise théoriquement ( celle du lit de dessus avec l'ampoule pour tout le reste de la chambre ) . Mais avec boules-quies et masque , cette place en vaut alors bien une autre . Je continue toutefois à distinguer sons et clameurs dans ma chambre de 6 , et en dehors , tout en tombant dans le sommeil et en voyant resurgir alors des souvenirs quasi-identiques d'une nuit chilienne mouvementée passée à la même place à l'auberge Bellavista de Santiago .

 

Je sors ainsi de la zone grise et je m'endors .

Publié dans COLOMBIE 2013

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Sabrina 29/12/2012 12:14

Coucou Matthias !

Je te souhaite un bon voyage et un bon réveillon 2013.
On s'appelle quand tu rentres ?

Bisous,

Sabrina.