OU IL EST QUESTION DE FRONTIERES ( UNCUT VERSION )

Publié le par matthiasautourdumonde

Finalement non : la machine est repartie pour un dernier petit tour stambouliote pour ce jour d'avant le d√©part ( de Taksim √† l'ob√©lisque de Th√©odose √† pieds , A/R) . L'appel de l'orient √©tait trop fort . Et les pr√©mices observ√©s ce matin depuis la fen√™tre du bus vers les 6H du mat , me faisait d√©j√† voir une ville en pleine √©bullition , avec une p√©riph√©rie √† la Duba√Įote , plant√©e de grues et d'immeubles flambants neufs de haut-standing . Contrairement √† tous les autres lieux travers√©s pendant le voyage , ici je suis d√©j√† venu, avec Soizic et Benoit , il y a un peu plus de 10 ans je crois . Mais mes souvenirs sur place demeurent finalement diffus . Sur les conseils d'une cor√©enne crois√©e √† Plovdiv , j'ai pris une auberge 4* du c√īt√© de la place Taksim et de son parc Guezi, √©vacu√© de ses manifestants . Un petit d√©j pantagru√©lique comme j'en ai encore jamais eu pour me remettre d'une nuit (?) plut√īt difficile : pour optimiser ces derni√®res heures, j'avais pris l'option voyage de nuit Burgas/Istanbul 23H30 /6H du mat . Sauf que j'avais pas pr√©vu qu'entre 1H du mat et 3H, il y aurait toutes une suite de formalit√©s de passage de fronti√®res . Au final , j'ai presque pas dormi et √† peine arriv√© au #bunk Hostel, j'ai comat√© sur les canap√©s du rooftop en attendant que ma chambre soit ok . Chouette ambiance internationale une nouvelle fois, un accueil au poil, un vieux timeout istanbul √† dispo qui me donne les r√©f√©rences pour un autre rooftop dominant tout le vieux Istanbul et la mer de Marmara au moment du soleil couchant : Le Mama Shelter Istanbul . Comme √ßa j'ai d√©j√† un orteil en France ! C'est de l√† que j' √©cris . Le sujet des fronti√®res et de l'UE: j'ai pu jouer √† Monsieur Schengen bien des fois , et c'est bien pratique. D'ailleurs concernant le chapitre europ√©en , puisque tous les pays travers√©s √† l'exception tr√®s notable de l'Ukraine, et maintenant de la Turquie , appartiennent √† l'Union Europ√©enne , j'ai pu √©galement juger par le rev√™tement bitumeux que l'Union √©tait souvent pass√©e par l√† avant moi. Derri√®re l'ex-rideau de fer, c'est √† dire √† compter de la Slovaquie , sans doute j'ai pu crois√© , √† la fin sans plus les voir , des centaines de panneaux avec le drapeau bleu aux √©toiles , expliquant dans la langue locale , le financement des travaux structurels pass√©s ou en cours . L√†, on touche du doigt , ou plut√īt le plus souvent on foule de la semelle , ce qu'on peut faire gr√Ęce √† l'UE . En pratique , l'enveloppe de l'Europe est de 80 √† 90 % du financement des travaux , le b√©n√©ficiaire ou l'Etat contribuant au reste . C'est √©norme comme contribution , et je ne sais pas si les pays type France ou Allemagne , b√©n√©ficie √©galement de ce type d'enveloppe pour leurs travaux structurels ‚Ķ Bye bye les nids de poules sur les grands axes de l'Union . Tous les monuments historiques raval√©s, les mus√©es modernis√©s, les fa√ßades des centre-ville rafra√ģchies, les ruines restaur√©es, semblent l'avoir √©t√© depuis 25 ans apr√®s la chute du Mur , par le budget europ√©en . Ce qui t√©moigne encore une fois , une continuit√© culturelle et touristique dans tous ces pays . Pour les fronti√®res, je ne me souviens m√™me plus vraiment , pour ce qui est de Allemagne /Autriche ou Autriche/Slovaquie , d'autant que j'√©tais dans un train . Pour l'entr√©e en Ukraine , j'√©tais dans un bus , donc formalit√©s un peu longue pour tout le monde en m√™me temps . Ce que j'ai pu remarqu√© par contre , et que je retrouverai pour Ukraine/Roumanie , Roumanie/Bulgarie , car je les passais √† pieds , c'est que ces fronti√®res concernent tr√®s peu le passage des camions , et peu les v√©hicules particuliers . Ma conclusion , c'est que les locaux restent chez eux et que les denr√©es sont transport√©es par cargo ou train . La sortie de l'Ukraine a √©t√© m√©morable : aucun transport en commun pour aller depuis Uzhorod jusqu'√† la Roumanie . La fronti√®re √©tant mat√©rialis√©e par le fleuve Tisa qui passe √† Sighet o√Ļ je dois me poser , j'ai v√©rifi√© avant qu'un poste fronti√®re devait exister , puis j'ai pris un bus pour la ville ukrainienne sur l'autre rive . Assez difficile de se faire comprendre en Ukraine : j'ai rat√© l'arr√™t , et d√Ľ rebrousser chemin avec un second bus qui m'a d√©pos√© au milieu d'un ensemble de HLM d√©cr√©pis . D√©cr√©pi pouvant √™tre l'adjectif le plus commun pour mes 24 heures ukrainiennes : d√©cr√©pite la ville d'Uzhorod dans son ensemble, les trottoirs, les routes, panneaux , les services de la gare , que m√™me le couple de jeunes ukrainiens rencontr√©s dans le bus au passage de fronti√®re et qui voulait m'aider, n'a pas r√©ussi √† obtenir infos ou billet pour la suite de mon voyage , √©tant renvoy√© d'un guichet √† l'autre fa√ßon les 12 travaux d'Ast√©rix ( au final , je me suis d√©brouill√© seul et j'ai pris le bus , mais les deux jeunes , ils √©taient tr√®s en col√®re contre le ¬ę syst√®me ¬Ľ , et peu fiers ) . Le coup de cr√©pi ukrainien on le trouve pourtant ailleurs, dans les nombreuses nouvelles constructions d'√©glises √† bulbes , un peu partout le long de la route , et dans des dizaines maisons de la grandeur d'un petit ch√Ęteau avec son d√©corum de fer forg√© cliquant ( √† vue d'oeil notarial plus de 1000 m¬≤) , en p√©riph√©rie des villages, alors que la route est elle-m√™me d√©fonc√©e . Sur toutes ces seules nouvelles constructions , j'ai peu d'explications , mais je retrouverai cela aussi au nord de la Roumanie ( nouvelles √©glises, maisons g√©antes ) et l√† j'ai eu la r√©ponse . Les villas √©normes sont celles des tsiganes ayant fait fortune , avec un go√Ľt pour le bling-bling assouvi . Leur construction se fait au fur et √† mesure , c'est pour cela qu'elles sont toutes encore en travaux . Et pour ce qui est des √©glises , en Roumanie, c'est la course au culte . A celui qui aura la plus grosse . D'Eglise . Surtout au nord du pays o√Ļ sur la place centrale de Sighet par exemple , on peut trouver l'Eglise Orthodoxe , l'Eglise Grecque-Catholique, l'Eglise Evang√©lique ( nom donn√© au protestantisme local) . Pas loin la synagogue ( mais l√† , c'est plus pour le t√©moignage de l'histoire , j'y reviendrai ) . Mais revenons √† mon HLM ukrainien . Le fait d'avoir rat√© l'arr√™t √† l'aller m'a permis de comprendre la physionomie topologique du coin, en d√©couvrant en second plan une grande ville dans la vall√©e , qui devait √™tre Sighet la roumaine , si mon sens de l'orientation ne l√Ęche pas . GPS interne en action, je me dirige donc vers le fleuve , qui pas nature est plus bas que la ville . Ca tombe bien la rue est en descente . Mais pas grand monde nul part et presque pas de circulation , donc je doute que ce soit la route de la fronti√®re . Quelques centaines de m√®tres plus loin et plus bas , bingo , une dizaine de voitures arr√™t√©es, chauffeurs sortis, c'est le poste fronti√®re ukrainien ! Avec ma t√™te de gringo et mon sac √† dos √† roulette je fais t√Ęche , mais mon absence de v√©hicule me permet de griller toute la file et de passer la fronti√®re en 5 minutes . Le no-man-land consiste alors √† traverser le fleuve sur un pont m√©tallique du d√©but du si√®cle pr√©c√©dent , quand la ville de Sighet n'√©tait pas enclav√©e en Roumanie , mais faisait partie de l'empire austro-hongrois qui avait sa fronti√®re plus de 300 kilom√®tres plus au nord ( j'y reviendrai aussi , car c'est ce qui m'a le plus marqu√© du voyage , les bouleversements de fronti√®res et les d√©placements de population que cela a entrain√© pour tous ces pays au XX√®me si√®cle). La rivi√®re est tr√®s belle et une fois sur le pont je peux voir enfin la ville roumaine juste √† la sortie . Le douanier roumain , un peu suspicieux √©galement √† mon √©gard de pi√©ton, change du tout au tout quand je lui pr√©sente mon passeport fran√ßais et me lance alors un ¬ę  Bienvenu en Roumanie ! ¬Ľ . Et voil√† c'est pass√© . L'autre passage compliqu√© , c'est entre la roumanie et la bulgarie via les villes de Giurgiu la roumaine de Rouss√© sa sŇďur de l'autre rive en bulgarie  . Compte tenu de l'exp√©rience positive pr√©c√©dente , et de l'absence √† nouveau d'information sur des transports en commun faisant le passage ( en fait un train tard dans l'apr√®s-midi et un bus t√īt le matin , bizarre herm√©tisme pour deux pays europ√©ens) , j'√©tudie sur googlemaps le plan de la ville de Giurgiu pour voir par o√Ļ passer . L√† ce n'est plus le petit fleuve Tisa , mais le Danube qu'il faut traverser . Le no-man-land semble faire plusieurs kilom√®tres en ce compris le Pont de l'Amiti√© construit par les camarades en 1954 . La premi√®re tentative est la ‚Ķ mauvaise ! J'ai bien pris une route ciment√©e , qui , apr√®s m'avoir fait traverser une sorte de ¬ę march√© aux voleurs ¬Ľ o√Ļ chacun d√©balle des objets de toutes sortes du coffre de sa voiture , je me dirige vers ledit Pont au loin , commence √† longer des p√©cheurs sur le fleuves pour arriver en contrebas des piliers et de la route principale . Un douanier sur le pilier me h√®le 20 m√®tres plus haut de l'escalier qui est mon graal . Petite conversation en langage des signes universels : moi : je suis √† pieds et je veux passer en Bulgarie . Lui : non , faut faire le tour par l'entr√©e principale ! D√©confit et fatigu√© par ces bonnes marches rapides ( je dois √™tre √† Rouss√© √† une heure pr√©cise pour avoir la possibilit√© de prendre un bus pour V√©liko Tarnovo o√Ļ je veux dormir) , Oops I did it again , me lance alors Britney , sur Cityradio . Sacr√© Britney Bitch, toujours l√† quand il faut pour remonter le moral . Je fais donc le chemin dans l'autre sens , apr√®s quelques kilom√®tres je trouve la douane , qui elle ne me trouve pas car en tant que pi√©ton je peux passer partout et me voil√† plus d'une heure plus tard devant le douanier du pilier de tout l'heure . Il z√©le un peu ( alors qu'il n'arr√™te aucun des cyclistes qui passent alors ) , je retiens mon souffle ( beaucoup d'affiches localement parlent de lutte contre la corruption aux fronti√®res ) , mais le passeport fran√ßais fait une fois de plus son effet , et apr√®s deux trois mots sur Paris , je suis autoris√© √† traverser le pont √† pied . Et c'est le pied : le lit du Danube est immense √† cet endroit l√† , le pont n'en fini pas , d√©cor√© de ses √©toiles toutes sovi√©tiques, les p√©cheurs en contrebas . Moi je suis coinc√© entre la balustrade et le rail de s√©curit√© des voitures . Je me dit qu'il doit pas y passer un gugus par semaine tellement c'est pas pratique et sans doute dangereux pour beaucoup . D'ailleurs ce n'est pas nettoy√© ( conclusion confirm√©e par la suite par une bulgare qui pense que c'√©tait interdit de traverser √† pied √† sa connaissance ) . Quoiqu'il en soit , au bout d'une demi-heure , arriv√© presque au bout , un taxi vide s'arr√™te √† mon niveau et pour 5‚ā¨ me propose de m'emmener √† la gare . Dobr√© ! ( ok ! ) . Bon choix , la gare se r√©v√®le √† plusieurs kilom√®tres du pont et je peux prendre le bus convoit√© tout en ayant encore 2 heures devant moi pour visiter Rouss√© avec les forces qui me restent , et qui remontent vite quand y a un programme de d√©couverte : cette fois la premi√®re ville bulgare et la derni√®re ville sur le Danube du voyage . L'Histoire : comme je le disais dans le post pr√©c√©dent , j'ai pas mal √©t√© marqu√© par les soubressauts de l'Histoire v√©cus par les diff√©rents pays . Un point commun entre tous les pays travers√©s: la lutte contre les turcs √† compter du 14√®me si√®cle ! Eh oui , c'est comme √ßa . Si les princes de Bavi√®re ont finalement stopp√© l'avanc√©e turque √† Vienne, l'empereur d'Autriche a f√™t√© √ßa dans tous ses territoires en √©rigeant des colonnes et en baroquisant ses √©glises au 18√®me ( nombreuses photos ) . La slovaquie est constell√©e d'anciennes forteresses rappelant le danger permanent aux fronti√®res . La Roumanie a pay√© un tribut jusqu'au 19√®me tout en gardant une autonomie et une libert√© de culte en Valachie et en Moldavie . Et la Bulgarie est carr√©ment sortie de l'Histoire pendant 500 ans jusqu'√† son r√©veil national vers 1876 : la Bulgarie c'√©tait la Turquie , √ßa se ressent surtout question architecture et mets culinaires ( maisons √† encorbeillement et viande grill√© ! ) . Ailleurs en fait c'est surtout dans l'influence germanique puis austro-hongroise : slovaquie , ukraine de l'ouest, roumanie du nord et du centre , tous ces coins appartenaient √† la mosa√Įque territoriale de l'empire austro-hongrois jusqu'√† son d√©mantelement en 1918 . Immeubles style chantilly aux couleurs pastels et plat de viande sauce √† la cr√®me et champignons . Au final j'ai pas mang√© beaucoup de fruits et de l√©gumes ...mais j'ai toujours mang√© local, et c'√©tait toujours bien bon !!! Apr√®s la fin de l'Empire Austro-Hongrois , les probl√®mes ont commenc√© : alors que depuis plusieurs si√®cles, Hongrois, Juifs, Roumains, Ukrainiens, Allemands pouvaient vivre dans les m√™mes villages ( aux noms changeant suivant les peuples) , c√īte √† c√īte, nazisme puis communisme ont eu pour cons√©quence des d√©placements de population √©normes, la disparition presque totale des juifs ( qui pouvaient , comme √† Sighet , repr√©senter la moiti√© de sa population en 1939) , extermin√©s √† 90% par les nazis , puis fuyant le communisme pour Isra√ęl d√®s qu'ils ont pu le faire . Des millions de personnes. Seules t√©moignages de cette histoire, de grandes synagogues en plus ou moins bon √©tat , mais cadenass√©es . D√©placements ou d√©portations d'autres peuples apr√®s 1945 , comme les allemands de la r√©gion de Sibiu, en roumanie √©galement : leur histoire est √©difiante : appel√©s depuis les r√©gions mosellanes par le Roi de la Grande Hongrie √† coloniser les marches de son royaume au 14√®me , ils ont fond√© des dizaines de villages et quelques grandes villes , tout en conservant leur langue et leur architecture pendant plus de 600 ans ! Suspect√©s par les communistes roumains apr√®s 1945, pour ceux qui seront revenus de d√©portation de sib√©rie, finalement d√®s la chute de Ceausescu , c'est pour partir trouver de meilleures conditions de vie en Allemagne d√®s 1990 . Et aujourd'hui, 25 ans plus tard , on peut croiser de tr√®s nombreux groupes d'allemands venant en p√®lerinage sur la tombe de leurs anc√™tres . Moi j'ai trouv√© tout cela triste et dommageable √† la richesse culturelle de ces pays .

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